Scott B. Henderson, la représentation queer et des Premières Nations en BD

Depuis déjà plus de 10 ans, Scott B. Henderson illustre des récits articulés autour de personnages autochtones ou issus des communautés LGBTQ2S+. À l’occasion de son passage au Festival BD de Montréal et de la publication en français du tome 2 du Redresseur, il nous fait part de son parcours et de ses influences.

L’histoire ou la réalité des Premiers Peuples est présente dans presque toutes tes BD, que ce soit dans le super héroïque (Le Redresseur) ou le documentaire (Elle s’appelle Écho, 7 générations, Sugar Falls).

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Qu’est-ce qui motive cet intérêt ?
Scott B. Henderson : Je dois avouer que ma connaissance de l’histoire autochtone était, au départ, assez réduite. C’est seulement après avoir été approché par Highwater Press pour illustrer des récits d’auteurs issus de ces communautés, que j’ai été plongé dans un univers qui m’était largement inconnu, mais qui m’a immédiatement fasciné.

Il faut se rappeler qu’il y a 15 ans à peine, on ne retrouvait que très peu d’œuvres mettant en scène des personnages autochtones, au-delà des clichés du guerrier ou du noble sage qui communique avec les animaux. Pour ces auteurs, il était donc essentiel d’offrir des récits dans lesquels il était non seulement possible de se reconnaitre, mais également de se faire connaitre.

Plusieurs titres sont d’ailleurs utilisés en classe en raison de leur valeur pédagogique, comme Sugar Falls (sur l’histoire des pensionnats) ou 7 générations, et lorsque je participe à des conventions ou des festivals, il m’arrive souvent d’être interpellé par un participant tout emballé de tenir entre les mains un titre qui l’avait marqué.

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Comment la conception visuelle d’un personnage se réalise-t-elle ?
Scott B. Henderson : J’essaie toujours de m’écarter des clichés. Pour les Autochtones, on se tient loin des vêtements de cuir, des peintures guerrières au visage et des coiffes de plumes. Dans le même sens, les personnages n’ont pas d’alias et si ça arrive un jour, ce ne sera certainement pas un cliché du genre « Shaman ». Il y a d’ailleurs un gag à ce sujet dans le tome 1 du Redresseur.

Pour les personnages queers, j’accorde beaucoup d’importance à diversifier les expressions de genre ou à mettre de l’avant une non-binarité. Je tente également d’insuffler une diversité corporelle puisqu’il est très facile de toujours reproduire le même gabarit. Un peu comme Batman et Superman qui se ressemblent tellement que la différence se situe souvent sur le plan du costume.

Lorsque je lis un scénario, j’imagine rapidement les personnages et je m’appuie ensuite sur des références réelles pour documenter les mouvements du visage et du corps. Dans le scénario du Redresseur, par exemple, il n’y avait pas d’indications sur l’apparence de Brady, mais je l’ai immédiatement perçu comme un homme plus enveloppé, un peu « bear ». Je me suis ensuite inspiré des photos d’un activiste des Premières Nations qui correspondait à cette image mentale.

Parlant du Redresseur, n’y a-t-il pas des parallèles à tisser entre cette série et les X-Men ?
Scott B. Henderson : La comparaison est sans doute inévitable puisque dans les deux cas, on retrouve des groupes de jeunes, persécutés en raison de leur différence, sur lesquels expérimentent des conglomérats militaro-scientifiques.

Un peu comme chez Wolverine, les thèmes de l’anxiété, de l’amnésie et des symptômes post-traumatiques sont également présents tout au long de la série, plus particulièrement chez le personnage de Cole Harper. Jusqu’à un certain point, l’anxiété de Cole relativement à un passé qu’il tente de ramener à la surface est peut-être même une métaphore sur l’urgence de raconter les récits autochtones.

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Que penses-tu de la présence LGBTQ2S+ dans les films de superhéros ?
Scott B. Henderson : Les avancées sont timides : c’est légèrement supérieur à une diversité de façade, mais sans plus. Thor : amour et tonnerre est sans doute le film le plus queer du lot (Korg et ses deux pères, Valkyrie qui est bisexuelle) et, dans Docteur Strange dans le multivers de la folie, America Chavez a deux mères, mais encore une fois, c’est à peine abordé.

L’annonce, par James Gunn, de l’adaptation au cinéma de la BD The Authority m’a donc particulièrement surpris puisque les deux personnages principaux forment un couple gai. Mon enthousiasme demeure prudent puisque j’attends de voir comment Midnighter et Appolo seront représentés. Comme il s’agit d’une transposition de Batman et de Superman, si c’est bien fait, ce pourrait être une variation extrêmement intéressante. Croisons les doigts !

Que penserais-tu d’une adaptation télévisuelle du Redresseur ?
Scott B. Henderson : Ce serait fantastique puisque ça permettrait de combiner des thèmes sociaux et des éléments de l’histoire autochtone au cœur d’un récit de science-fiction et d’action, ce qui sortirait clairement des sentiers battus.

Étrangement, ce serait même un retour aux sources, puisqu’en 2013 je travaillais déjà sur une BD basée sur le même concept et un studio avait pris une option pour la télévision. C’est cependant tombé dans les limbes et lorsque les droits sont revenus au scénariste David A. Robertson, il a rédigé une trilogie des romans qui a ensuite été adaptée dans la BD qu’on connait.

Quels sont tes projets en cours ?
Scott B. Henderson : Je suis en train de finaliser les tomes 3 et 4 du Redresseur et j’ai de nombreuses idées pour mettre en place des personnages queers au cœur d’un univers de fantasy. J’aimerais également revisiter un personnage bisexuel que j’ai créé au début de ma carrière et que je n’ai alors pas suffisamment développé puisque j’étais en pleine crise identitaire. Un rendez-vous manqué qui m’agace encore et que je souhaiterais un jour corriger.

INFOS | Le Redresseur / David A. Robertson, Scott B. Henderson & Donovan Yaciuk. Montréal : Glénat, 2022 (traduction de : Recokner Rises) Sugar Falls : une histoire de pensionnat / David A. Robertson, Scott B. Henderson & Donovan Yaciuk. Montréal : Glénat, 47 p. (traduction de : Sugar Falls : A Residential School Story)

Cette entrevue a été traduite et modifiée par souci de concision.

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