Icône pop, MIKA a explosé sur la scène mondiale avec son premier simple, « Grace Kelly », numéro un au Royaume-Uni en 2007. Son album Life in Cartoon Motion a accumulé des chiffres vertigineux : 2,8 milliards d’écoutes en continu, 8,3 millions d’albums vendus et 12,8 millions de titres numériques écoulés, en plus d’atteindre le sommet des palmarès dans 12 pays.
Je l’ai rencontré pour la première fois quelques années plus tard à Montréal — une ville qu’il adore — lors du lancement de son album The Boy Who Knew Too Much en 2009. Son équipe m’avait alors prévenu d’éviter les questions personnelles et de m’en tenir à la musique. Évidemment, à la surprise de personne, MIKA a fait son coming out publiquement en 2012, et son bonheur comme son écriture s’en sont trouvés enrichis.
Né Michael Holbrook Penniman Jr., MIKA adore aussi la téléréalité : il a été juge à X Factor Italia, coach à The Voice France, et au Royaume-Uni il s’apprête à tourner la quatrième saison de The Piano, où il accompagne des musiciens amateurs qui performent spontanément sur les pianos installés dans les halls de gares. Hyperlove, qui vient de paraître, est son premier album studio en anglais depuis 2019. L’album marque à la fois une réinvention et un retour aux sources : ses nouvelles chansons ont été composées sur le piano blanc en aggloméré qu’il a récupéré d’une compagnie de location en faillite le jour même où il a été expulsé de son école à Paris, alors qu’il était enfant.
Lors de notre entretien à cœur ouvert, MIKA s’est installé à ce même piano pour me jouer quelques mesures de son magnifique nouveau simple « Immortal Love » — “It’s just immortal love / There’s just immortal love / We are immortal love” — écrit pour sa chienne adorée, Melachi, un golden retriever de 16 ans décédée quatre jours avant notre rencontre.
Mais ce jour-là, MIKA était de bonne humeur et impatient de monter sur scène à la Place Bell, à Laval, le 4 mai, dans le cadre de sa tournée mondiale Spinning Out Tour.

Pourquoi es-tu retourné au piano pour créer ce nouvel album ?
MIKA : J’en avais besoin. Il fallait que je trouve une façon d’écrire avec le moins de filtres possible. Tu sais, je suis très reconnaissant pour les filtres dans ma vie — ça rend certainement mes selfies plus regardables ! Mais tu ne veux pas de ça dans ton écriture. J’avais 40 ans quand j’ai commencé cet album. Je fais de la pop. J’ai une structure alternative depuis le début de ma foutue carrière. J’ai des conversations dans différentes langues, dans différents pays. Je tourne partout dans le monde. J’écris dans plusieurs langues. J’aime l’art, les livres, la cuisine, la téléréalité. Je dois me permettre d’évoluer comme artiste de la bonne façon, et pour ça, mon compas artistique doit être le plus clair possible. La seule manière d’orienter ce compas et d’écrire sans filtre, c’était de revenir au piano.
La genèse de l’album n’a pas commencé dans un studio pop, mais dans une salle symphonique.
MIKA : J’écrivais de la musique symphonique, sans paroles, sans chanter, avec des musiciens de l’Opéra de Paris. Ce sont des interprètes phénoménaux ! Le plaisir d’écrire sans la destination traditionnelle des DSP (processeurs de signal numérique) était libérateur. Je me suis reconnecté à la version de moi qui étudiait au Royal College of Music, qui écoutait des CD de Kurt Weill à Cole Porter. C’était joyeux et totalement libre. Il n’y avait que des idées, des idéologies et de la musique. Je me suis demandé : « Comment je fais pour retrouver cette sensation ? » Assume ta responsabilité artistique. Sois fidèle et honore l’esprit de celui que tu étais à 18 ans. J’aime particulièrement la pièce de clôture, « Immortal Love ». MIKA : Sur l’album, je parle de sexe, de sexe violent, de rêves et de cauchemars, en essayant de me reconnecter à cette idée d’âme libre, d’esprit libre. J’arrive à la fin, j’ai cette mélodie sublime, mais pas de paroles. Et là, ma chienne Melachi entre et me regarde. Je me dis : « Je suis idiot, la réponse était devant moi depuis le début ! » Melachi est aussi poétique et importante que toutes les autres personnes ou situations dont j’ai parlé dans mes chansons.
Elle me regardait avec une telle simplicité. C’est pour ça que c’est important : cette énergie, ce sentiment, c’est immortel. Et dans cette immortalité, il y a le sublime. Je voulais simplement capturer ça. Je suis tellement heureux qu’un chien m’ait fait réaliser quelque chose d’aussi important.
En décembre dernier, tu as écrit sur Instagram : « De Madrid à l’un de mes pôles créatifs préférés, Montréal — où nous construisons l’univers visuel de la nouvelle tournée ! Ce n’était qu’une visite de 24 heures, mais ça en valait tellement la peine ! » Que faisais-tu à Montréal ?
MIKA : Les deux tiers de l’album ont été enregistrés à Montréal, et les animateurs avec qui je travaille pour cette tournée sont tous basés ici. Il y a tellement de créativité et de talent à Montréal. En décembre, je suis venu tourner ici. Je suis resté environ 19 heures et on a fait un tournage de 11 heures. C’était épuisant, mais ça valait le coup. Il y a quelque chose que j’adore à Montréal. J’aime la double langue. Je m’y reconnais personnellement : il y a le côté franco, puis le côté nord-américain. C’est une ville qu’il faut défendre, dont il faut protéger les valeurs fondamentales, parce qu’elle est vraiment unique au monde. Et parfois, je ne pense pas que les gens réalisent à quel point elle l’est.

Quand j’ai fait mon coming out, j’ai vite compris que c’était un parcours qui dure toute la vie. Avec la célébrité, est-ce que cet aspect de ton cheminement a été différent ? Dois-tu encore faire ton coming out auprès des gens ?
MIKA : Je pense que tout le monde se retrouve à faire son coming out encore et encore. Il y a aussi cette chose : quand tu es en couple depuis longtemps, même ta famille ou tes amis peuvent tomber dans le piège de ne pas te considérer comme un « vrai » couple, comme un couple hétérosexuel. Certaines choses accordées aux couples hétéros ne sont pas automatiquement offertes aux couples non hétéros. Quelqu’un peut dire : « Ce n’est pas grave si vous êtes séparés. Ça ne le dérangera pas que tu ne sois pas là vendredi soir. »
Dirais-tu ça si j’étais marié à une femme ? C’est comme si un homme gai n’était « activement » gai que lorsqu’il sort, qu’il fait la fête, qu’il couche avec plein de gens. Mais ça, c’est autre chose. Ça fait partie de la réalité, mais la vie gaie ne se résume pas à ça. Quand les gens l’oublient, c’est assez blessant.
Es-tu un artiste gai, ou un artiste qui se trouve à être gai ?
MIKA : Parfois l’un, parfois davantage l’autre. Ne te définis pas. Suis ton esprit. Et à certains moments, c’est beaucoup plus amusant d’être simplement un artiste qui se trouve à être gai, parce que ce que tu traverses ne découle pas nécessairement de motivations politiques ou sexuelles. Et quand c’est le cas, c’est putain de génial aussi ! Nous sommes une communauté définie par la non-définition — c’est la seule chose qui nous unit — et il ne faut jamais l’oublier.
INFOS | Billets du Spinning Out Tour de MIKA à la Place Bell le 4 mai. https://evenko.ca
Le nouvel album de Mika, Hyperlove, est sorti le 23 janvier 2026.

