Jeudi, 13 juin 2024
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    Cœur maraîcher

    Aujourd’hui âgée de 34 ans, Émilie œuvre dans le domaine de l’agriculture depuis près d’une décennie. Après un parcours en communications, elle quitte le milieu de la publicité et découvre sa voie, qui la mène aux terres maraîchères. Elle obtient alors son diplôme de l’Institut national de l’agriculture bio à Victoriaville, seule école du genre au Québec qui soit exclusivement axée sur l’agriculture bio.

    « À 25 ans, j’avais déjà ça en moi. Je me suis dit : si je le fais, ce n’est pas pour aller appliquer des pesticides ! », explique celle qui avoue probablement avoir hérité de la passion de ses grands-parents, pionniers des Tables fermières au Québec, avec une ferme d’agneaux : « J’ai baigné, finalement, dans ce que je comprends, aujourd’hui, comme étant une agriculture de proximité ». Celle qui semait des carottes à 4 ans sera codirectrice de production aux Jardins de la Grelinette, avant d’acquérir sa propre ferme à Bedford, dans les Cantons-de-l’Est : « Ma conjointe et moi avons acquis une ferme maraîchère qui fermait ses portes, Les Jardins du chat noir, où j’ai été associée pendant près deux ans. Comme tout est dans tout, lorsque cette ferme a été mise en vente, nous l’avons achetée. Pour notre première année, nous faisons de la location d’équipements et de parcelles de terrain, notamment à une amie floricultrice : Les Jardins de la renarde. »

    Si Émilie prévoit, bien sûr, revenir à sa terre maraîchère pour la cultiver, elle désire néanmoins s’épanouir avec un présent défi, celui de « sa vie », comme elle l’explique. Depuis septembre dernier, Émilie occupe le poste de directrice générale au Réseau des fermier.ère.s de famille, un regroupement d’agriculteurs.trices locaux bios du Québec. « Pour moi, la COOP c’était une opportunité que je ne pouvais laisser passer. Ça fait 10 ans que nous sommes en fonction. À mon arrivée, nous étions 9 employés et sommes présentement 28 ! On a ouvert 2 épiceries de producteurs agricoles, une première au Québec! Ce qui est intéressant avec le Réseau c’est qu’on coordonne des outils, on offre des formations, on fait de la communication, mais les entreprises restent indépendantes. Nous avons plus de 150 offres à travers nos producteurs de légumes, ainsi que de viandes, œufs, pains, etc. »
    Sans conteste, le Réseau propose une variété de produits bios d’ici et directement aux consommateurs, que ce soit via leur site Web ou par un système d’abonnement mensuel. « C’est hyper personnalisé à la ferme. Le principe de ce modèle, c’est que le citoyen va retrouver son panier de famille le plus proche de chez lui, de son travail, de sa garderie, etc.

    C’est le citoyen qui choisit son point de cueillette et qui a rendez-vous, chaque semaine, avec son fermier ou sa fermière. Le Réseau assure aussi une stabilité des prix, entre les entreprises. Bien sûr, chaque ferme présente son offre de produits sur son site Web avec un exemple du panier du mois. » Ainsi, le Réseau rassemble un type de production agricole, où chaque ferme possède sa couleur et est indépendante, en s’engageant sur le fait qu’il n’y aura jamais moins de 8 espèces de légumes dans chacun des paniers, assurant ainsi une offre variée pour les consommateurs et consommatrices.

    On se rappelle que les fermiers et fermières du Québec, comme celles et ceux en France, on fait l’actualité il y a quelques mois, lors de manifestations, en demandant notamment au gouvernement d’être davantage considérés, en lien avec les difficultés liées aux changements climatiques. Les valeurs du Réseau prônent l’agriculture soutenue par la communauté, l’autonomie alimentaire et l’agriculture biologique de proximité, une façon nécessairement de pallier certains problèmes socioéconomiques. « Depuis 25 ans, c’est exactement ce qu’on répond. La responsabilité ne peut pas revenir qu’au consommateur ou qu’à l’entreprise privée. En fait, on vit dans un monde qui nous a démontré la débandade totale de ce que ça fait que de laisser ça dans les mains du privé et que l’État a son rôle à jouer. On dit toujours : devant l’inaction, sachez que quand vous adhérez à l’agriculture soutenue par la communauté, au moins, vous êtes persuadé que vous allez dans le sens de la solidarité, de l’économie locale et de l’environnement », appuie Émilie, en donnant l’exemple que personne n’a le temps de lire les étiquettes en épicerie, ou encore que la provenance de certains aliments n’est même pas indiquée.

    « En adhérant à notre Réseau, qui n’est pas le seul, mais bien le plus grand réseau d’agriculture soutenue par la communauté au monde, c’est une façon d’être assuré de la provenance des aliments et de la certification bio. » Qui plus est, chaque livraison de panier est une occasion d’éducation, précise Émilie. « Par exemple, quand j’ai 150 familles qui viennent chercher des paniers de légumes au lieu de cueillette, les gens sont curieux, ils veulent savoir. Ils posent des questions sur ce qu’ils mangent, les légumes de saison, l’agriculture en serres, etc. Ce sont d’ailleurs ces mêmes personnes qui ne remettent pas en question les prix de nos légumes, car ils comprennent leur provenance et le travail derrière. » Bien sûr, on ne peut guère défendre ou protéger ce qu’on ne connaît pas, d’où l’importance de l’éducation en ce sens.

    Si le monde de l’agriculture nous paraît d’emblée très hétéronormé, Émilie y va d’un constat : « Plus je travaille dans le milieu et plus je rencontre de gens, plus j’ai envie de dire que l’agriculture est vraiment un milieu queer. La relève est vraiment alternative. Dans ma classe à Victo, ce n’était pas 10 %, mais plutôt au-dessus de 30 % qui s’identifiaient comme étant de la diversité. Et la moitié de mon équipe à la COOP est officiellement ou non officiellement issue de la diversité. Le président du CA est gai. Donc, on est vraiment en famille ! » Si Émilie a acquis une ferme avec sa conjointe, L’amour est dans le pré nous a appris qu’il n’est pas toujours facile de trouver l’amour sur la terre, surtout lorsqu’on est une femme lesbienne. Or, si la copine d’Émilie n’évolue pas du tout dans le même milieu, la fermière avoue cependant avoir une facilité à concilier travail-famille : « Je suis extrêmement privilégiée, car ma blonde travaille en cinéma, comme chef maquilleuse-coiffeuse (CCM). On a réalisé que les farmers pis le monde en cinéma se rejoignent à plein de niveaux : en plus du fait que toute la gang porte des Blundstone, on fait tous des journées de 12 à 14 heures, avec des horaires variables et atypiques. Ça fait un peu plus de deux ans que nous sommes en relation et c’est frappant de voir comment on est chanceuses à ce niveau-là ! »

    INFOS | Réseau des fermier.ère.s de famille https://www.fermierdefamille.org

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