Le 30 mai prochain, le classique de Claude Fournier, réalisé en 1970, reprendra vie sur grand écran dans une adaptation libre signée Chloé Robichaud, avec un scénario de Catherine Léger. D’hier à aujourd’hui, retour sur deux œuvres séparées par plus de cinq décennies.
Sans conteste, les visions de Claude Fournier et de Chloé Robichaud diffèrent à bien des égards, tout comme les mœurs représentées dans ces films. Néanmoins, tous deux abordent un sujet toujours d’actualité : l’émancipation des femmes, qui emprunte bien évidemment des avenues différentes selon les époques. Parlons d’abord du casting des deux femmes. En 1970, Louise Turcot (Violette) et Monique Mercure (Fernande) tiennent leurs premiers rôles au cinéma dans un film érotique (Louise joue également dans L’initiation, un autre « film de fesses » sorti la même année) : elles s’assument pleinement et crèvent l’écran. Dans la version de 2025, la chimie et le charisme des deux actrices principales, Laurence Leboeuf (Violette) et Karine Gonthier-Hyndman (Florence), sont remarquables.
En 1970, on retrouvait une brochette d’acteurs de renom dans les rôles des maris, des rôles secondaires et des hommes de passage à la maison (Gilles Latulippe, Donald Pilon, Marcel Sabourin, Yvon Deschamps). Le film de Robichaud n’y fait pas exception : mentionnons Sophie Nélisse dans le rôle de Jessica, sans oublier le caméo de Donald Pilon et de Louise Turcot dans la scène de l’assemblée des copropriétaires. Sur le plan du scénario, la version contemporaine fait référence à certaines scènes iconiques du film original — notamment celle où Florence/Fernande se dénude devant l’électricien. On pense aussi au caméo de Katherine Levac, laveuse de vitres, qui aperçoit Florence en train de faire des étirements de yoga suggestifs… Certains éléments de l’intrigue du film original sont transposés (match de hockey/football), tandis que d’autres sont complètement évincés. Pensons à la mort d’un amant et au tribunal en fin de film, qui poussent la diégèse vers une adaptation musicale de l’histoire des deux femmes à Broadway. La fin de la version contemporaine souligne quant à elle deux visions de la femme moderne : l’une part, l’autre reste. Les deux s’émancipent à leur façon. On revient d’ailleurs souvent au visuel des deux femmes à la fenêtre, très symbolique : elles passent de femmes-objets à sujets (de leurs désirs), et ce visuel les isole dans leurs envies, au même titre que cet hiver québécois.
Le film de 2025 contient de la nudité, mais pas autant que le film original, qui s’inscrivait dans la vague des films de fesses avec plusieurs scènes de nudité frontale assumée, à une époque où le Québec de la Révolution tranquille dénudait la petite Québécoise — pour ne pas citer Valérie (Denis Héroux, 1969). Si l’émancipation, dans la version des années 70, passe avant tout par la nudité, celle de 2025 passe aussi par les dialogues : drôles, féministes, parfois brutaux, soulignant la condition des femmes. « C’est à cause que j’allaite que les voisins se servent de moi dans leur jeu de cul poche », lance Violette dans une réplique qui souligne certains clichés liés à la maternité.
Les décors de 2025, sans être aussi flamboyants que ceux du film original, sont colorés et empreints d’une sensibilité qui fait écho à l’œuvre des années 70. Dans le film de Fournier, Robert Charlebois signait sa première musique de film, notamment avec Mouffe sur Miss Pepsi. Dans le film de Robichaud, la musique est signée Philippe Brault. On sent l’hommage à la trame originale dans le choix de certaines chansons (Pourquoi chanter de Louise Forestier, Un nouveau jour va se lever de Jacques Michel), sans oublier des classiques de France D’Amour, Mitsou et Marjo, pour rendre hommage aux femmes dans l’histoire de la musique, comme l’a souligné Chloé Robichaud en entrevue. Bref, à l’image de Mommy de Xavier Dolan, le film réussit un mélange d’hommage à l’époque et d’audace contemporaine pour soutenir la narration et l’action des personnages.
Le film « mythique » de Claude Fournier, réalisé en 1970 et coscénarisé avec Marie-Josée Raymond, fut un immense succès, restant à l’affiche pendant près d’un an. L’adaptation théâtrale du film par Catherine Léger a été présentée au théâtre La Licorne en 2023. Le film de Chloé Robichaud, qui sera à l’affiche dès le 30 mai, est quant à lui le premier film québécois à remporter les honneurs au prestigieux Festival de Sundance. Sans conteste, l’histoire de Deux femmes en or continue de rallier le public, d’hier à aujourd’hui.
Aviez-vous des appréhensions au début du projet, que ce soit pour l’adaptation théâtrale ou cinématographique ?
Catherine Léger : En fait, non. Je pense que les gens étaient simplement étonnés qu’on revisite cette œuvre… Quand on revoit le film aujourd’hui, même visuellement, c’est d’une grande beauté… L’humour, la liberté dans la structure, c’est encore très intéressant, mais ce n’est pas ce que les gens ont retenu… Sinon, j’ai l’impression que les gens sont curieux. On s’attaque à quelque chose de très présent dans l’imaginaire collectif.
Chloé Robichaud : Je ne suis pas inquiète non plus, car notre film a sa propre identité. C’est une adaptation dans le sens où Catherine est partie de l’idée originale, mais il y a quelque chose d’extrêmement moderne qui, je pense, va parler aux couples, aux femmes et aux hommes d’aujourd’hui. Est-ce que j’ai ressenti de la pression pendant le processus ? Oui. Mais je suis très fière du film. J’aime le regarder. Il me fait du bien. Je sens qu’il va avoir sa vie, faire son chemin. J’ai hâte qu’il rejoigne le public.
INFOS | 2 femmes en or, à l’affiche dès le 30 mai 2025.

