Dimanche, 29 mars 2026
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    Puelo Deir, témoin et acteur des manifestations entourant la descente au Sex Garage

    Beaucoup connaissent Puelo Deir, même s’il ne fait plus partie du paysage communautaire aujourd’hui. La descente de police dans la nuit du 14 au 15 juillet 1990 au Sex Garage, il s’en souvient, car elle signe d’une certaine façon son engagement militant. En 1993, pour souligner le 3e anniversaire de l’événement, il crée, avec Suzanne Girard et Suzanne Downs, Divers Cité (ancêtre de Fierté Montréal), qui pendant plus d’une quinzaine d’années organisera la marche des fiertés à Montréal.

    Étais-tu présent au moment de la descente policière ?
    Puelo Deir : J’étais pas présent cette nuit-là, mais j’avais quitté l’endroit avant l’arrivée des policiers. Je fréquentais le Sex Garage et donc je connaissais beaucoup de monde. C’était un partt dans un loft commercial de la rue De La Gauchetière, un espace mixte. Il y avait des bars pour les lesbiennes, des bars pour les gais, le Sex Garage comme événement de party ne faisait pas de distinction.

    C’est vers 7 h du matin que le téléphone a sonné chez moi pour m’avertir de la descente de police. À l’époque, il n’y avait ni cellulaires ni réseaux sociaux, mais l’information a circulé très vite par téléphone, ce qui a permis que, le soir même du 15 juillet, plusieurs centaines de personnes bloquent la rue Sainte-Catherine au coin de la rue Amherst (Atateken aujourd’hui) pour protester contre la brutalité policière et les arrestations des personnes qui étaient au Sex Garage. Cette mobilisation s’est faite de façon informelle et spontanée, chacun.e appelait un.e ami.e pour le ou la prévenir. Cela ne provenait pas d’un groupe ou d’une organisation précise.

    PHOTO : ANDRÉ QUERY

    Étais-tu un activiste à l’époque ?
    Puelo Deir : Pas du tout. J’étais ouvertement gai, je suivais ce qui se passait dans le mouvement, entre autres, pour tout ce qui touchait au sida, mais je n’étais pas à proprement parler un activiste. Je suis allé à la manifestation du 15 juillet [dans le Village] et là j’ai vu des personnes prendre la parole, [des personnes] qui prenaient en quelque sorte le rôle de porte-parole, dont Douglas Buckley Couvrette, qui demandait à rencontrer les autorités policières. Tout comme je suis allé le lendemain [16 juillet] au sit-in/kiss-in devant le poste de police 25 [situé alors sur De Maisonneuve, Ouest, coin St-Mathieu]. Le chef de police devait rencontrer des représentant.e.s des manifestant.e.s, mais il ne s’est jamais présenté. Le plus impressionnant, pour moi, c’était de voir le déploiement des forces
    policières autour de la manifestation, ou encore d’apercevoir des policiers avec des mitraillettes sur le toit du poste de police. Et puis aussi la brutalité de l’intervention des policiers contre nous. C’était inimaginable de vivre quelque chose comme cela.

    Comment en es-tu venu à organiser un événement au parc Lafontaine ?
    Puelo Deir : C’est pendant une rencontre d’organisation pour la Manif que David Shannon pis d’autres se sont tournés vers moi pour organiser l’événement dans le parc [qui a eu lieu le 29 juillet]. J’avais déjà fait une levée de fonds pour le sida au Lézard avant ça et d’autres petits événements, mais pas de cette envergure-là. Plusieurs artistes se sont montré.e.s solidaires à l’époque. On était bien contents de voit sur scène La La La Human Steps, avec Édouard Lock.
     
    C’est à la suite du Sex Garage que vous décidez de créer Divers Cité avec Suzanne Girard et Suzanne Downs ?
    Puelo Deir : À l’époque, j’étais plutôt un party boy. J’ai assisté à des rencontres de la Table de concertation des gais et des lesbiennes du Grand-Montréal. Je crois que j’ai aussi assisté à des rencontres qui ont mené à la création de « Dire enfin la violence », mais le Sex Garage a changé ma vie d’une certaine façon, j’ai compris l’importance de l’engagement, de l’implication.

    En 1993, pour souligner le 3e anniversaire de la descente de Sex Garage, Suzanne Downs, Suzanne Girard et moi, on a décidé de créer une marche sur Saint-Denis, suivie d’une grande fête au parc Lafontaine. Divers Cité a duré jusqu’en 2014, mais Fierté Montréal a pris la relève en 2007 quand Divers/Cité s’est plutôt concentré sur la production d’un festival.

    INFOS | Pour en connaître plus sur le SexGarage et les manifestations qui ont suivies, visiter l’exposition des Archives Gaies du Québec qui se tiendra du 15 juillet au 14 septembre 2025 dans le local des AGQ rue Atateken.

    Cette version est une version corrigée de l’entrevue parue dans Fugues qui incluaient quelques erreurs factuelles.

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