En 2022, Peacemaker avait marqué le petit écran grâce à un ton impertinent, des personnages torturés hauts en couleur, dont le titulaire qui, fait rarissime dans le genre super héroïque, affichait sa bisexualité. La saison 2 replonge goulûment dans le même univers déjanté !
Les épisodes sont à nouveau tous écrits par James Gunn (la trilogie des Gardiens de la galaxie, le film Superman de 2025) qui en réalise également trois : humour mordant, personnages imparfaits, scènes d’action spectaculaires et émotion à fleur de peau sont donc au rendez-vous. D’entrée de jeu, le réalisateur évacue par ailleurs l’encombrant éléphant dans la pièce : le problème de continuité entre l’ancien univers DCEU et le nouvel univers DCU.
Pour ceux et celles qui l’ignoreraient, le film Superman de 2025 (le DC Universe) fait table rase de la quasi-totalité des éléments issus des films précédents (le DC Extented Universe). Comment concilier cette fracture, alors même que la Justice League du DCEU fait une apparition éclair dans le dernier épisode de la saison 1 de Peacemaker ? La solution est aussi simple que rigolote ! Dans le résumé introductif du premier épisode de la saison 2, une nouvelle version du passage éclair est présentée où la Justice League est remplacée par la Justice Gang introduite dans Superman. Tout se règle donc en deux coups de cuillère à pot, avec un petit clin d’œil complice au public.
La saison 2 reprend quelques années après la conclusion de la précédente. Après avoir sauvé la planète d’une invasion de papillons extraterrestres, Peacemaker (John Cena, toujours aussi charismatique) et son équipe espèrent enfin être reconnus comme des héros ! Que nenni, puisque l’agence pour laquelle ils travaillaient est désormais sous le contrôle de Rick Flagg Sr. (Frank Grillo) qui souhaite venger la mort de son fils, Rick Flagg Jr. (Joel Kinnaman).
Leota Adebayo (Danielle Brooks) est au chômage après s’être fait larguer par sa copine, Vigilante (Freddie Stroma) vivote dans un resto bas de gamme, Emilia Harcourt (Jennifer Holland) est renvoyée après avoir été accusée de masculinité toxique et John Economos (Steve Agee) est réduit à l’état de pousseux de crayon. Bref, ils sont au fond du double fond du baril existentiel. Par ailleurs, malgré une torride histoire d’un soir, Harcourt refuse d’admettre qu’elle puisse éprouver des sentiments pour Peacemaker.
C’est alors que ce dernier découvre qu’il peut accéder à une dimension où il est non seulement adulé, mais où Emilia Harcourt est sa copine, où son père et son frère sont toujours vivants, et, cerise sur le gâteau, où Rick Flagg Jr. est vivant, mais à l’état de larve sans envergure. Bref, pourquoi chercher à devenir meilleur dans son propre univers, alors qu’on peut faire semblant de l’être dans un autre où tout semble nous être servi sur un plateau d’argent ? Mais cette réalité tout sucre tout miel ne cacherait-elle pas une face plus sombre?
Le point central de cette nouvelle saison tient donc en l’incapacité de ses protagonistes à confronter leurs insécurités. Le concept du multivers y est, pour une des rares fois au petit ou au grand écran, brillamment utilisé afin d’illustrer les dangers d’une solution en apparence très séduisante, mais qui se révèle soit très superficielle ou carrément sinistre! Les différences, subtiles ou titanesques, entre les divers univers sont d’ailleurs particulièrement truculentes.
Au-delà de Rick Flagg Sr., la série propose plusieurs nouveaux personnages, dont Sasha Bordeaux (Sol Rodríguez), une cyborg assoiffée de sang et de sexe, Langston Fleury (Tim Meadows), un mercenaire souffrant de cécité aviaire (il ne peut différencier une autruche d’un moineau) et Red St. Wild (Michael Rooker), un chasseur qui souhaite éviscérer Aiglounet (l’aigle apprivoisé de Peacemaker). La série peut, par ailleurs, se targuer d’offrir plusieurs scènes de combat épiques, que ce soit par le biais de Peacemaker, lors d’une prise d’otages, ou encore avec Harcourt qui cherche la bagarre dans des bars, ou avec Aiglounet qui défend bec et ongle son territoire et se révélera détenir de surprenants pouvoirs.
Et la bisexualité de Peacemaker dans tout ça ? À l’instar de la saison précédente, cet élément est ponctuellement évoqué sans devenir central. Par exemple, lorsqu’on l’accuse de n’être bon qu’à sucer des queues, il rétorque que c’est « un putain de compliment » et lorsqu’il organise une orgie dans son bungalow, il se laisse caresser par une armada d’hommes et de femmes.
Au moment d’écrire ces lignes, seulement cinq des huit épisodes étaient disponibles. Fidèle à son habitude, James Gunn y développe soigneusement ses personnages et navigue avec adresse entre humour, action et scènes déchirantes. Les trois derniers épisodes promettent d’être encore plus extravagants, puis Adebayo et Vigilante se lanceront à leur tour dans l’exploration du multivers. S’il y a un bémol à apporter aux cinq premiers épisodes, c’est la présence relativement réduite de Vigilante, alors qu’il constituait pourtant un énorme coup de cœur de la première saison en raison de sa personnalité hurluberluesque. Souhaitons donc qu’il soit mieux représenté dans les trois derniers.
James Gunn y promet également des apparitions remarquées de certains personnages issus du film Superman, ce qui ne fait qu’attiser la curiosité. Tout comme pour la première saison, ce nouvel opus procure un plaisir constant qui ne fait que croître à chaque nouvelle écoute.
INFOS | Les huit épisodes de la saison 2 de Peacemaker sont disponibles, en anglais et dans un excellent doublage français, sur Crave et Super Écran.

