La FIFA a annoncé lundi 8 décembre que la rencontre Égypte–Iran, prévue en juin 2026 lors de la Coupe du monde organisée aux États-Unis, serait désignée comme « pride match », une initiative censée « promouvoir l’inclusion et la visibilité » des personnes LGBTQIA+. Si l’instance entend envoyer un message fort, le choix de deux pays parmi les plus hostiles aux minorités sexuelles soulève de vives réactions.
L’Iran et l’Égypte figurent parmi les États les plus répressifs au monde envers les personnes LGBTQIA+. En Iran, les relations entre personnes de même sexe peuvent être punies de la peine de mort. En Égypte, les autorités s’appuient sur des lois floues liées à la « moralité » ou à la « décence publique » pour arrêter, humilier et emprisonner des personnes soupçonnées d’être LGBTQIA+.
Plusieurs ONG internationales ont d’ailleurs accusé le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi pour torture et persécution en raison de l’orientation sexuelle. La procédure avait été classée sans suite, l’immunité d’un chef d’État en exercice l’emportant, mais l’action demeure un symbole de la lutte contre l’impunité.
Un geste fort… ou un exercice de communication ?
Pour certains défenseurs des droits humains, ce « pride match » ou tournoi de la fierté met aussi sous les projecteurs des régimes répressifs, forçant la communauté internationale à ne pas détourner le regard des violations commises. Dans un contexte où les Coupes du monde sont régulièrement critiquées pour leur silence sur les droits humains, l’initiative pourrait être perçue comme un changement de ton.
Mais de nombreux observateurs dénoncent déjà un risque de pinkwashing sportif. Selon eux, ériger un match en symbole d’inclusion ne protège ni les athlètes ni les supporters LGBTQIA+ issus de ces pays, et aucune mesure concrète de sécurité n’a été annoncée par la FIFA. De plus, la rencontre se joue aux États-Unis, où plusieurs États adoptent actuellement des lois restreignant les droits des personnes trans et queer — un paradoxe qui brouille encore davantage le message envoyé…
Un symbole qui doit s’accompagner d’actions
Pour STOP homophobie et d’autres ONG, cette initiative ne prendra son sens que si elle s’accompagne : de pressions diplomatiques claires sur l’Égypte et l’Iran ; de garanties de sécurité pour les participants LGBTQIA+ ; et d’un suivi réel des violations documentées dans ces pays.
Sans cela, préviennent-ils, l’opération risque de demeurer un geste esthétique sans impact tangible sur la vie des personnes concernées.
En désignant l’un des matchs les plus politiquement sensibles de la compétition comme « pride match », la FIFA ouvre un débat crucial sur la responsabilité des organisations sportives dans la défense des droits humains. Pour les communautés LGBTQIA+, au Québec comme ailleurs, l’enjeu dépasse largement le football : il s’agit de déterminer si le monde du sport peut jouer un rôle réel dans la lutte contre la répression… ou s’il se contente d’agiter des symboles.

