Connor Storrie vient d’inscrire un but décisif dans la culture pop américaine. La vedette de Heated Rivalry a animé pour la première fois Saturday Night Live (SNL) cette fin de semaine, livrant une performance aussi assurée que ludique — et solidement ancrée dans l’univers du hockey qui l’a propulsé au rang de nouvelle icône queer.
L’épisode arrivait dans un contexte particulier. Quelques jours plus tôt, l’équipe masculine américaine de hockey remportait l’or aux Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina. Mais la célébration s’est vite teintée de controverse : certains joueurs ont été critiqués pour avoir fait la fête avec le directeur du FBI, Kash Patel, puis pour avoir ri lors d’un appel avec Donald Trump, qui a blagué qu’il serait « destitué » pour ne pas avoir invité l’équipe féminine — elle aussi médaillée d’or — à la Maison-Blanche.
L’équipe féminine a par la suite décliné une invitation à assister au discours sur l’état de l’Union, évoquant des conflits d’horaire, tandis que l’équipe masculine s’y est rendue. Un climat délicat que SNL a choisi d’aborder… par l’humour.
Hockey, autodérision et clin d’œil queer
Pour son monologue d’ouverture, Storrie a d’abord accueilli sur scène les frères Jack et Quinn Hughes, arborant leurs médailles d’or et quelques dents manquantes — marque de commerce involontaire du sport.
« On a été tellement occupés à jouer qu’on n’a pas encore eu le temps de voir ton émission », a lancé Jack Hughes. « C’est une série sur le hockey, c’est ça? », a renchéri son frère.
La blague faisait évidemment référence à Heated Rivalry, la série romantique gai campée dans l’univers du hockey professionnel, qui a transformé Connor Storrie et son partenaire de jeu Hudson Williams en véritables phénomènes culturels.
Puis, retournement savoureux : les hockeyeuses Megan Keller et Hilary Knight — elles aussi médaillées d’or — sont entrées en scène. « T’inquiète, on l’a regardée, ton émission », a lancé Keller, déclenchant les applaudissements.
Il faut dire que Knight, figure emblématique du hockey féminin américain et ouvertement queer, vivait déjà un moment charnière : elle s’est fiancée à une autre athlète olympique — la patineuse de vitesse Brittany Bowe — quelques jours à peine avant de remporter l’or. Une double célébration, personnelle et sportive, qui a été largement saluée par les fans et qui ajoute une dimension symbolique forte à sa présence sur le plateau de SNL.
Les deux joueuses ont gentiment taquiné les frères Hughes, rappelant que l’équipe féminine avait remporté l’or « il y a deux Jeux au complet », alors que les hommes soulignaient que leur dernière médaille d’or remontait à plus de 40 ans. Une façon habile de recentrer la conversation — sans jamais mentionner directement la controverse politique.
En conclusion de son monologue, Storrie a résumé l’esprit de la soirée : « Ma série parle à des gens qui ne sont pas toujours représentés dans le hockey. Alors c’est vraiment spécial d’avoir de vraies légendes du hockey ici ce soir. » Une phrase lourde de sens, quand on sait à quel point le hockey demeure un bastion traditionnellement conservateur et hétéronormatif — y compris ici au Québec, où le hockey sur glace moderne est né en 1875 (en effet, si des jeux similaires existaient ailleurs, c’est au Québec que le sport s’est structuré avec des règles, des bâtons et une rondelle).
Du restaurant de Los Angeles au Rockefeller Center
Si sa présence à SNL ressemblait à un tir frappé parfaitement logé dans la lucarne, elle marque surtout l’ascension fulgurante d’un acteur encore inconnu il y a moins d’un an.
Il y a neuf mois à peine, Connor Storrie travaillait comme serveur dans un restaurant de Culver City, à Los Angeles. Il a même failli perdre son emploi le jour où il a appris qu’il décrochait l’un des rôles principaux de Heated Rivalry.
« Je suis techniquement un acteur professionnel depuis six mois seulement », a-t-il confié dans son monologue. « D’un côté, je suis totalement surpris et humble face à tout ça. De l’autre… c’était mon destin », a-t-il ajouté, théâtral.
Dans un sketch se déroulant à la patinoire du Rockefeller Center, son complice Hudson Williams a fait une apparition surprise, déclenchant l’hystérie du public — preuve que la chimie entre les deux acteurs dépasse largement l’écran.
Une masculinité repensée
Dans Heated Rivalry, Storrie incarne Ilya Rozanov, capitaine russe au tempérament bougon, rôle qu’il joue avec un accent impeccable appris en seulement trois semaines — un détail qui impressionne même les locuteurs russophones. L’acteur n’a pourtant aucune origine russe.
Au-delà de la performance linguistique, c’est l’impact culturel de la série qui retient l’attention. En mettant en scène une relation amoureuse explicite entre deux joueurs de hockey professionnels, Heated Rivalry a repoussé les limites de ce que la télévision grand public jugeait « montrable » en matière de sexualité gaie. Mais surtout, la série a contribué à transformer les discussions autour de la masculinité, du consentement et de la place de la romance queer dans l’ère du streaming.
Dans une industrie — et un sport — où l’homosexualité masculine demeure largement invisibilisée, la série agit comme un électrochoc. Pour un lectorat québécois, où le hockey occupe une place quasi identitaire, la portée symbolique est d’autant plus forte.
Avant Heated Rivalry, Storrie était surtout connu pour un rôle secondaire remarqué dans Joker: Folie à Deux (2024). Depuis, il enchaîne tapis rouges et événements prestigieux aux côtés de Hudson Williams et de leur collègue François Arnaud : des Grammy Awards à la Semaine de la mode de Paris, en passant par l’annonce des nominations aux prix d’interprétation à Hollywood.
Et l’engouement ne faiblit pas.
L’épisode était porté musicalement par Mumford & Sons, avec une apparition spéciale de Hozier — ajoutant à l’aura événementielle d’une soirée déjà riche en symboles.
En animant SNL, Connor Storrie n’a pas seulement franchi une étape importante de sa carrière. Il a confirmé que le hockey — sport fétiche des imaginaires nord-américains — peut aussi devenir un terrain de jeu pour les récits queer, les identités plurielles et les masculinités réinventées.
Un but spectaculaire. Et visiblement, ce n’est que le début de la prolongation.

