Samedi, 28 mars 2026
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    L’album manifeste de Calamine

    Plus queer, plus engagée, plus baveuse, plus audacieuse et… plus rassembleuse que jamais, Calamine revient à l’avant-plan avec Rétrograde. Décrit par la rappeuse comme un album manifeste, son quatrième opus met en valeur son habileté avec l’écriture punchée et son désir de contrôler sa destinée musicale.

    À quoi ressemblait ta vie quand tu as créé cet album?
    CALAMINE : Avant de sortir le dernier album, il y a deux ans, j’étais déjà en train d’écrire les
    nouvelles tunes et je n’ai jamais arrêté. On sent cette chronologie sur Rétrograde. La chanson 
    No drama raconte quand j’ai ouvert le couple avec ma copine à l’époque : tout va bien, on était dans l’abondance. Plus tard, dans la chanson Lesbiville, c’est plus compliqué. On a l’impression que toutes les lesbiennes couchent ensemble et c’est l’enfer.

    On sent aussi le climat politique.
    CALAMINE : Oui, j’attrape des bouts de ce qui se passe au fur et à mesure. Au début, l’album était quand même sombre. La colère me vient assez facilement, mais j’ai aussi envie d’envoyer de la
    lumière dans le monde. Je veux garder l’équilibre entre la critique et l’utopie. Je veux que le monde vive avec ma musique, sans que ça les assomme.

    En réfléchissant à la trajectoire de l’humanité à petite et à grande échelle, quel effet veux-tu produire?
    CALAMINE : J’espère que les gens qui vont m’écouter vont ressentir la même chose que moi quand j’écris : le sentiment d’être vue dans tout ce que je suis — mon impuissance, mon cynisme, mon espoir. C’est une ultime tentative de faire communauté autour de l’indignation et de la joie queer. C’est une espèce de main tendue pour essayer de briser la compartimentation de la société et l’isolement.
    Est-ce la première fois que tu composes entièrement l’instrumentation (à l’exception des
    saxophones de Valérie Lachance-Guillemette et des trompettes de Daniella Carbert)?
    CALAMINE : Oui, c’est un rêve que j’ai réalisé. La composition a toujours été une passion. J’ai appris moi-même la guitare, le piano et le drum. Je taponne un peu tout, mais je ne suis pas une virtuose techniquement. Par contre, avec un logiciel, je suis capable de mener à bien ce que je veux
    composer. Ça faisait longtemps que je voulais réaliser toutes mes idées en composition, mais je n’étais pas game de le faire.

    Pourquoi?
    CALAMINE : Dans les dernières années, je voulais surtout consacrer mon énergie à devenir la meilleure rappeuse possible, en mettant toute mon énergie dans mes textes, mes flots, ma rythmique, mon delivery et ma performance vocale. On entend ma progression dans les premiers albums. Un jour, je me suis sentie prête. Et puis, j’ai toujours besoin de nouveaux défis. Je souhaitais créer un album 100 % intentionnel et prendre le volant musicalement.

    Qu’est-ce qui t’a poussée à inclure des extraits de paroles publiques et politiques?
    CALAMINE : Je trouve que les grands courants politiques et les grands mouvements sociaux
    commencent souvent par la musique ou les films. Je voulais illustrer ce qu’on est en train de vivre. Tu sais, ça a l’air évident parce qu’on baigne dedans, mais dans vingt ans, on va se dire « what the fuck » : Elon Musk, Donald Trump et François Legault sont des personnes surréalistes. Il y a une volonté de garder des traces et de faire un portrait d’époque.

    Est-ce que je me trompe ou tu embrasses davantage les enjeux queers?
    CALAMINE : Tu as absolument raison! Dans le dernier album, je me concentrais sur d’autres enjeux de justice sociale, la mobilité durable et la crise du logement, mais j’avais peu abordé la question queer. Finalement, je me suis sentie mûre pour un album manifeste. Surtout avec ce qui s’est passé dans les deux dernières années, avec les reculs pour les personnes trans. C’est vraiment alarmant. Je me sentais investie de faire quelque chose de concret. Puisque je vais tourner mes chansons en salles et que je vais rencontrer beaucoup de gens dans plusieurs villes, je cherchais un moyen de me rendre utile politiquement en parlant de ma communauté.

    Tu parles du « lobby » trans, des codes de genre, des critiques envers Fierté Montréal, etc. Il y a plusieurs références intra-communautaires. Est-ce une force de connaître ça de l’intérieur et de les mettre en lumière, ou plutôt un risque de rejoindre moins de gens?
    CALAMINE : C’est un vrai risque, mais mon corpus de chansons ratisse très large. J’ai aussi beaucoup de références pour les geeks de politique et d’autres références propres au hip-hop. C’est ce qui fait la force rassembleuse de ma musique, car les foules se mélangent à mes spectacles. Quelques amis queers m’ont dit à mon dernier lancement que c’était surprenant de voir autant de gars hétéros. Au fond, certaines personnes viennent à mes spectacles parce qu’elles trouvent que c’est du rap bien fait. Il y a des militant·es féministes et des membres de la communauté queer. Je trouve ça très important de faire digérer des tunes full queers à du monde qui ne sont pas de la communauté. Ça aide à rassembler les personnes autour de notre cause et à dédramatiser nos enjeux.

    Tu te décris comme « le genre de gouine qui suce personne » et tu dis que « ça les
    fait chier de me trouver pas mal bonne ». Être une artiste queer dans le milieu musical québécois, en 2026, est-ce un atout pour se démarquer ou ça ferme plus de portes que ça en ouvre?

    CALAMINE : Je ne sais pas à quel point ça m’empêche de faire des affaires, mais ça me permet de me démarquer : il n’y a pas des dizaines de rappeuses au Québec, et encore moins queers. On pourrait penser que ça fait une niche, mais je pense que ça me démarque. Surtout qu’il y a beaucoup d’homogénéité dans le rap. Parmi les nouveaux rappeurs, il y a parfois des sons nouveaux, mais au niveau des paroles, c’est très uniforme en général.

    Te sens-tu parfois tokenisée par les festivals qui t’invitent?
    CALAMINE : L’intention derrière l’invitation ne me dérange pas. Je me trouve privilégiée
    d’avoir ces occasions-là. Je n’ai pas envie de gaspiller de l’énergie à essayer d’analyser les
    intentions des gens. Le résultat, pour les personnes queers dans la foule, c’est qu’elles ont de la représentation sur scène. Beaucoup de gens sont sceptiques face aux politiques d’inclusivité et de discrimination positive. Moi, je me dis que peu importe le motif, si le résultat est là,
    ça me convient.

    En écoutant ton album, je t’ai trouvée baveuse, drôle, engagée et audacieuse. Quel mot te rejoint le plus?
    CALAMINE : Audacieuse! Il y a une partie importante de mon travail qui consiste à faire de l’innovation. J’ai vraiment la rage de créer du nouveau, d’absorber tout ce qui se fait, d’écouter des nouvelles musiques, de lire, de savoir ce que les gens pensent et de comprendre ce qui se passe politiquement pour ensuite faire une proposition nouvelle. Il y avait un peu de ça dans le fait de vouloir composer la musique de mon album. Au fond, le fait d’avoir ma proposition musicale singulière, de pouvoir innover en musique et en paroles, ça me rend fière.

    INFOS | Retrograde de Calamine sera lancé offciellement à Montréal lors d’un concert
    à L’Esco, le mercredi 15 avril. Il s’agit d’un double lancement avec celui de l’album
    Thunder Child du groupe Q052.

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