Dimanche, 10 mai 2026
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    Heartthrob Robb assume une sexualité gaie affirmée sur son nouvel album

    To Know Me More, Is to Love Me Less n’est pas un simple titre accrocheur : c’est une mise en garde, presque un aveu. Quinze ans après avoir fait irruption dans les espaces queer avec un remix freestyle explicite de « Cake » de Rihanna, Heartthrob Robb revient avec un album profondément introspectif où héritage, orgueil et chagrin amoureux se percutent sans filtre.

    Le rappeur, mannequin et « être sexuel » autoproclamé d’origine mexicaine et italienne puise l’inspiration du titre dans un moment étonnamment touchant de la série animée BoJack Horseman. Dans l’épisode « The Judge », le personnage d’Hollyhock lance à BoJack : « Est-ce que ça t’arrive de te dire que plus on te connaît, moins on t’aime ? » Une phrase qui a résonné chez Robb comme une vérité intime.

    « Mon père m’a toujours appris que la présentation dicte la perception. C’était un artiste, comme moi, et j’ai grandi en croyant que tout ce qu’on touche doit être rendu beau », confie-t-il. Mais cette fois, précise-t-il, la démarche est différente : « Je n’ai pas fait cet album pour plaire ou pour être aimé. Je l’ai fait parce que j’en avais besoin. »

    Un « retour au jeu » assumé
    L’album est paru pendant le week-end du Super Bowl, un choix symbolique que l’artiste décrit comme un « retour au jeu ». Dans le vidéoclip de « I’m Good », il porte le maillot América du designer Willy Chavarria, affirmant ainsi son identité mexicaine « avec audace ».

    « Je suis un mélange d’héritage mexicain et italien, même si mon identité mexicaine a été plus présente dans mon éducation », explique-t-il. Voir un artiste comme Bad Bunny s’imposer « sans s’excuser » en tant que Portoricain lors du spectacle de la mi-temps du Super Bowl l’a marqué. « Ça renforce ma détermination à continuer d’avancer, que je sois pleinement compris ou non. »

    Robb a tout fait lui-même : écriture, collaboration aux rythmes, direction artistique, stylisme, repérage des lieux, montage vidéo — et financement. Une indépendance totale pour un projet qui dissèque la trajectoire d’un amour qui s’éteint, glissant vers la colère, le deuil et la lucidité.

    « Quand je tombe amoureux, je tombe fort », dit-il en riant, se décrivant comme « un Taureau : loyal, têtu et lent à lâcher prise ».

    Sexualité gaie et zone de confort
    Au cœur de l’album se trouve une réflexion sur la sexualité gaie assumée — et sur les malaises qu’elle suscite encore.

    « Toute expression d’autonomie sexuelle, surtout quand il s’agit d’une sexualité gaie masculine confiante, déclenche encore de l’inconfort dans une société hétéronormative », affirme-t-il. Selon lui, les musiciens gais évoluent souvent dans « une zone de confort qui ne menace pas le public hétéro. Le sexe gai, présenté sans excuses, fait encore peur. »

    Mais les résistances ne viennent pas uniquement de l’extérieur. « Dans certains cas, des hommes gais ne soutiennent pas d’autres hommes gais qui incarnent des archétypes qui les confrontent. On est réduit à un ornement : fait pour être vu, mais pas entendu. »

    Cette tension entre image et substance traverse tout le disque.

    Le poids — et la réappropriation — du « heartthrob »
    Le surnom « Heartthrob » (idole qui fait battre les cœurs) lui a d’abord été lancé comme une insulte par un camarade homophobe. « Mais les filles à l’école adoraient ça », se souvient-il. Le terme est resté, impossible à secouer.

    « L’aspect “heartthrob” n’a jamais disparu, peu importe mes efforts. À moins de me cacher ou de me rapetisser volontairement — et ça, je n’étais pas prêt à le faire. »

    Adolescent, élevé sous des standards de beauté occidentaux et eurocentriques, Robb se voyait comme « un geek artistique maladroit et dégingandé ». Sa perception bascule lorsqu’il signe un contrat de mannequinat au secondaire. « Le changement dans la façon dont les gens me traitaient était déstabilisant… soudainement, l’attention ne portait plus sur ce que je créais. »

    Il admet avoir « évolué physiquement plus vite que [sa] confiance en [lui] ». Une assurance qui, insiste-t-il, « s’acquiert » et ne tombe pas du ciel — un détail souvent occulté lorsqu’on parle des icônes queer hypersexualisées.

    Entre Lil’ Kim et Moira Rose
    Artistiquement, Robb revendique l’influence de Lil’ Kim pour son « audace effrontée et son contrôle sans excuses de sa sexualité ». Il cite aussi Moira Rose, le personnage excentrique de Schitt’s Creek, qui encourage dans un monologue devenu culte à se prendre « autant de photos nues que possible » tant qu’on se sent « assez béni pour le faire ».

    Oui, confirme-t-il en riant, il compte bien suivre ce conseil.

    Un album à fleur de peau
    L’écriture demeure sa partie préférée du processus créatif. C’est là qu’il a l’impression de « toucher à quelque chose au-delà » de lui-même. Sur To Know Me More, Is to Love Me Less, cette passion lyrique atteint un sommet.

    La pièce d’ouverture, « Tipsy », la plus douce et vulnérable du disque, est celle dont il est le plus fier. Elle « capture l’intensité de l’amour à ce moment précis ». Sa voix, moins axée sur la performance technique que sur l’intensité, atteint une « émotion luxuriante et brute » qui l’a lui-même surpris.

    « Somebody », qu’il décrit comme une équation lyrique sur l’amour conditionnel, entremêle résilience, acceptation et retenue. L’interpréter, dit-il, c’est « comme traverser le feu sans brûler ».

    Dans « Whiskey Blues », il met en scène un couple incapable de se disputer sans ajouter un « featuring » émotionnel — et une dose d’alcool ou de mélancolie. « La phrase a été écrite pour être légèrement indéchiffrable à la première écoute. C’est à la fois “booze” (alcool) et “blues”. Chacun de nous amenait l’un de ces éléments dans chaque dispute, et cette dynamique nous a menés à la rupture. »

    Se voir dans la musique
    « Cet album, je l’ai fait pour moi, à un moment où je ne savais sincèrement pas ce qui m’attendait », résume-t-il.

    Espère-t-il que le public en retire quelque chose ? « J’espère que les gens trouveront des échos d’eux-mêmes dans mon travail : l’audace, l’introspection, la résilience, l’intimité. Si quelqu’un se sent vu, compris ou libéré grâce à ma musique, alors j’ai exactement accompli ce que je voulais. »

    Avec To Know Me More, Is to Love Me Less, Heartthrob Robb ne cherche plus à plaire à tout prix. Il choisit plutôt de se dévoiler — quitte à déranger. Et dans une industrie où l’image précède souvent la parole, ce geste tient presque du manifeste.

    To Know Me More, Is To Love Me Less est disponible sur les plateforme de streaming comme Spotify en Apple Music.

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