Une vidéo générée par intelligence artificielle, devenue virale sur X (anciennement Twitter), a réussi à semer la confusion chez certain·e·s internautes en laissant croire que l’actrice Jennifer Coolidge serait une femme trans. Un exemple frappant des dérives actuelles de la désinformation numérique — et de la facilité avec laquelle elle peut circuler.
Publiée le 16 avril par un compte anonyme, la vidéo s’intitule « 7 Trans Celebrities Who Embraced Their Authentic Selves » (« 7 célébrités trans qui ont embrassé leur véritable identité »). Elle prétend montrer des personnalités avant et après leur transition. Mais rapidement, le montage vire à l’absurde, mélangeant informations véridiques et erreurs flagrantes.
Un montage trompeur et incohérent
La vidéo s’ouvre sur Chaz Bono, fils de Cher, qui est effectivement un homme trans. Mais elle enchaîne ensuite avec une séquence censée représenter Jennifer Coolidge « avant » sa transition — en utilisant une image d’un homme qui n’a aucun lien avec l’actrice. L’image se transforme ensuite… en Trace Lysette, actrice trans connue pour la série Transparent, qui ne ressemble en rien à Coolidge.
Le reste de la vidéo oscille entre faits réels et manipulations grossières. Les parcours de Caitlyn Jenner et Elliot Page y sont correctement présentés, mais une autre séquence utilise une photo de l’acteur Eddie Redmayne comme prétendue image « avant » de Hunter Schafer, star trans de Euphoria.
Malgré ces incohérences évidentes, la vidéo a dépassé le million de vues, entraînant une hausse notable des recherches Google pour « Jennifer Coolidge trans » et « Jennifer Coolidge jeune ».
Une rumeur infondée… mais largement relayée
Rappelons-le clairement : Jennifer Coolidge n’est pas une femme trans. Actrice cisgenre, elle s’est fait connaître à la fin des années 1990 dans American Pie, où elle incarnait la célèbre « mère de Stifler ».
Plus récemment, elle a connu un regain de popularité grâce à son rôle de Tanya McQuoid dans la série The White Lotus. Son personnage, excentrique et vulnérable, est devenu culte, notamment auprès du public LGBTQ+, en partie grâce à la réplique devenue virale : « These gays are trying to murder me ».
Entre crédulité et dénonciation
Sous la vidéo, les réactions sont partagées. Certain·e·s internautes, visiblement dupés, ont relayé des propos transphobes, associant les transitions de genre à des problèmes de santé mentale ou à une forme de manipulation.
D’autres, au contraire, ont rapidement dénoncé les erreurs du montage. « La deuxième personne, c’est Trace Lysette, pas Jennifer Coolidge », a corrigé un utilisateur. Un autre s’est moqué de l’image attribuée à Hunter Schafer : « Le “avant” avec Eddie Redmayne me tue », accompagné d’émojis rieurs.
Le phénomène du « transvestigating »
Si cette rumeur a pu prendre autant d’ampleur, c’est aussi parce qu’elle s’inscrit dans une tendance plus large : celle du « transvestigating ». Ce terme — contraction de trans et investigating — désigne des théories complotistes qui prétendent « révéler » que certaines célébrités, souvent des femmes, seraient secrètement trans.
Sans aucune preuve, des figures publiques comme Taylor Swift, Serena Williams ou Michelle Obama ont ainsi été ciblées par ces spéculations infondées. Les athlètes féminines, en particulier, sont régulièrement accusées d’être trans après des performances jugées « suspectes » par certains internautes.
Une désinformation aux conséquences bien réelles
Au-delà du caractère absurde de cette vidéo, sa viralité soulève des enjeux préoccupants. Elle illustre à la fois les dérives de l’intelligence artificielle dans la création de contenus trompeurs et la persistance de discours transphobes en ligne.
Dans un contexte où les personnes trans sont déjà largement ciblées par la désinformation, ces contenus contribuent à entretenir la confusion, voire à alimenter la stigmatisation.
Un rappel s’impose néanmoins : si Hunter Schafer est bien une femme trans, elle n’a évidemment jamais été Eddie Redmayne — preuve, s’il en fallait une, que l’intelligence artificielle peut parfois produire des récits aussi viraux qu’absurdes.

