Mercredi, 22 avril 2026
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    Le 17 mai, une journée essentielle dans un climat de recul des droits LGBTQ+

    À l’approche du 17 mai, Journée internationale de lutte contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, le constat est sans équivoque : dans un contexte de montée du conservatisme et de multiplication des attaques contre les droits des personnes LGBTQ+ dans le monde, cette journée de mobilisation apparaît plus essentielle que jamais.

    Rappelons que cette journée, aujourd’hui reconnue à l’échelle internationale, est née ici même, au Québec. Lancée en 2004 par la Fondation Émergence, elle constitue depuis plus de vingt ans le fer de lance d’une stratégie concertée visant à sensibiliser, éduquer et mobiliser la société face aux réalités LGBTQ+. Plus qu’un symbole, elle est un outil politique et social, pensé pour provoquer des changements durables.

    Une initiative québécoise devenue levier de sensibilisation et de transformation
    Dès ses débuts, la Fondation Émergence ne s’est pas contentée de créer une journée commémorative. Elle a structuré une véritable approche de transformation sociale, en misant sur des campagnes annuelles, des outils pédagogiques et des partenariats avec les milieux scolaires, professionnels et institutionnels. On sait que le travail de la Fondation permet à la Journée du 17 mai de s’imposer dans des dizaines de pays. Mais au-delà du rayonnement de cette journée, c’est sa capacité à créer un espace de réflexion et d’action qui demeure au cœur de sa pertinence. Si cette journée reste indispensable, c’est que les droits des personnes LGBTQ+ sont loin d’être acquis. Les dernières années ont été marquées par une recrudescence des discours haineux et des reculs législatifs dans plusieurs pays.

    « Lorsqu’il y a recul des droits LGBTQ+, c’est toute la société qui recule. » Cette idée, maintes fois répétée dans les milieux militants, prend aujourd’hui une résonance particulière. Car au-delà des communautés directement visées, c’est l’ensemble du tissu social qui est fragilisé lorsque l’égalité est remise en question. La montée des discours haineux se traduit concrètement sur le terrain ici même au Québec. Les organismes communautaires constatent une augmentation des agressions, du harcèlement et des actes de violence et d’incivilité visant les personnes LGBTQ+, en particulier les personnes trans et non binaires. Dans ce contexte, « il faut continuer à nommer ces violences, à les dénoncer, à les documenter », insiste une intervenante du GRIS Montréal qui nous disait constater comme la parole homophobe s’exprimait chez certains jeunes. « Et l’impact des violences dépasse largement les victimes directes : c’est toute la société qui en porte les conséquences. »

    De la sensibilisation à l’action
    Face à cette réalité, la sensibilisation seule ne suffit plus. Elle doit s’accompagner d’actions concrètes, à la fois individuelles et collectives. Dans les milieux de travail, cela passe par la mise en place de politiques inclusives, de formations sur les biais et de mécanismes clairs pour dénoncer les discriminations. Mais plus largement, il devient essentiel de défendre activement les politiques d’ÉDI (équité, diversité et inclusion), aujourd’hui prises pour cible dans plusieurs États américains. La remise en question de ces programmes — qu’il s’agisse de leur financement, de leur légitimité ou de leur application — envoie un signal préoccupant, en banalisant l’idée que l’inclusion serait accessoire. Dans ce contexte, le Canada — et le Québec — ne sont pas à l’abri. Assurer la pérennité de ces politiques implique de continuer de les soutenir publiquement et de les ancrer durablement dans les pratiques organisationnelles.

    Cela peut se traduire par des engagements concrets : adopter des chartes d’inclusion, instaurer des comités internes sur la diversité, intégrer des critères ÉDI dans les processus d’embauche et de promotion, ou encore rendre obligatoires des formations sur les réalités LGBTQ+. Dans les écoles, cette vigilance est tout aussi cruciale. Alors que certains programmes d’éducation à la diversité sont contestés ailleurs, il importe de maintenir — et de renforcer — les initiatives qui permettent aux jeunes de comprendre et de respecter les réalités sexuelles et de genre. Soutenir les alliances étudiantes LGBTQ+, offrir des ressources adaptées et former le personnel scolaire sont autant de moyens de prévenir la discrimination dès le plus jeune âge. À l’échelle citoyenne, les gestes peuvent sembler simples, mais demeurent essentiels : intervenir face à des propos homophobes, soutenir les commerces et initiatives LGBTQ+, participer aux événements communautaires, ou encore s’informer et relayer des contenus éducatifs. S’y ajoute aujourd’hui une autre responsabilité : défendre activement les valeurs d’inclusion dans l’espace public, notamment en appuyant les organisations et les politiques qui protègent les droits des personnes marginalisées. Car au-delà des intentions, ce sont les actions concrètes et les choix collectifs qui permettront d’éviter que les reculs observés ailleurs ne s’installent ici.

    L’engagement communautaire comme rempart
    Ces actions s’inscrivent dans une réalité plus large : celle de l’engagement communautaire et du militantisme, qui demeurent des leviers fondamentaux pour contrer les LGBTphobies. Au Québec, les organismes communautaires jouent un rôle crucial, souvent en première ligne pour soutenir les personnes touchées, documenter les enjeux et faire pression sur les décideurs. Leur travail, parfois invisible, constitue pourtant un pilier de la résistance face aux reculs.

    Dans ce sens, l’engagement — qu’il soit ponctuel ou à long terme — devient une manière concrète de lutter contre l’homophobie. Bénévolat, implication dans des campagnes, participation à des mobilisations : autant de gestes qui contribuent à renforcer les solidarités et à faire avancer les droits. Le dossier «Engagement + militantisme» que vous trouverez dans la présente édition de Fugues offre une diversité de portraits de personnes engagé.e.s chacune à leur manière dans le mieux-être de la communauté. Ce lien entre militantisme et transformation sociale est d’ailleurs au cœur de nombreux débats actuels, notamment dans les dossiers consacrés à l’engagement communautaire. Car face à la montée des discours conservateurs, l’action collective apparaît comme un contrepoids indispensable.

    Une responsabilité partagée
    Si la Fondation Émergence a su initier et porter cette journée ici et ailleurs, sa portée dépend aujourd’hui de l’implication de l’ensemble de la société. Institutions, entreprises, médias, citoyens : tous ont un rôle à jouer pour faire reculer les préjugés et promouvoir une culture d’inclusion. Car la lutte contre l’homophobie et la transphobie ne concerne pas uniquement les personnes LGBTQ+ — elle touche aux valeurs fondamentales d’égalité, de dignité et de justice de toustes. Plus de vingt ans après sa création, la Journée internationale de lutte contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie demeure un rappel nécessaire : les droits ne sont jamais acquis, et les luttes doivent se poursuivre. Dans un contexte où les attaques se multiplient, elle agit comme un point d’ancrage, un moment pour se rassembler, réfléchir et agir. Et surtout, elle rappelle qu’une initiative née au Québec peut, à force de persévérance et d’engagement, devenir un moteur de changement à l’échelle mondiale. Face à la haine, une chose demeure certaine : l’engagement n’est pas une option, c’est une nécessité.

    INFOS | https://www.fondationemergence.org
    https://www.effetallie.ca

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