Le corps d’une femme est retrouvé au bord d’une berge : ses mains ont été sectionnées et ses membres ligotés selon un rituel glaçant qui rappelle le modus operandi d’une série de meurtres commis 28 ans plus tôt. Coïncidence, hommage tordu d’un imitateur… ou une vérité encore plus sinistre ?
l n’en faut pas plus pour intriguer la médecin légiste Kay Scarpetta (Nicole Kidman dans le présent et Rosy McEwen, en 1998) qui officiait également à ce titre lors de la première vague de meurtres. L’enquête n’avait pas été de tout repos : la médecin légiste y avait affronté tensions, pressions et même trahisons internes, au point de finir par quitter son poste. L’affaire semblait classée, mais l’apparition de nouvelles victimes soulève une question particulièrement gênante : se serait-elle trompée dans son analyse initiale, laissant ainsi un tueur courir ? Mais, pourquoi aurait-il attendu tant d’années avant de reprendre son œuvre sanglante ? Et, pensée plus glaçante encore, se pourrait-il que son retour en poste ait quelque chose à voir avec la résurgence des meurtres ?
La première saison s’inspire du tout premier roman de la saga littéraire de Patricia Cornwell, Postmortem (1990), et du vingt-cinquième, Autopsie (2021). L’intrigue alterne constamment — et très efficacement — entre les deux époques, tissant un récit fascinant où le passé répond au présent dans un jeu de miroirs qui permet d’établir ce qu’étaient les personnages et ce qu’ils sont devenus, sans que l’on comprenne d’emblée ce qui a provoqué certains basculements. Kay Scarpetta semble par ailleurs dissimuler un secret dont la révélation pourrait réduire à néant sa crédibilité : quel est-il ?
Autour d’elle gravite une famille en crise permanente : sa sœur Dorothy (Jamie Lee Curtis / Amanda Righetti) est aux frontières d’un pétage de plombs continuel ; son mari Benton (Simon Baker / Hunter Parrish) est profileur au FBI et lui cache de nombreux aspects de son travail ; le détective Pete Marino (Bobby Cannavale / Jake Cannavale) est dorénavant marié à Dorothy ; et sa nièce Lucy (Ariana DeBose / Savannah Lumar) est une experte en cybersécurité, qui cherche à se remettre de la mort de sa conjointe, Janet.
Malgré la mort de son épouse, le lien entre Lucy et Janet traverse toute la saison. En effet, Lucy a « recréé » Janet sous la forme d’une intelligence artificielle avec laquelle elle continue d’échanger. Cette conjointe numérique attise évidemment les tensions entre ceux qui y voient un outil s’inscrivant dans un processus de deuil et ceux qui y voient plutôt une béquille émotionnelle destructrice. L’arrivée de la policière, Blaise Fruge (Tiya Sircar), vient par ailleurs fissurer le confort de cette « relation » numérique en éveillant des émotions que Lucy croyait mortes et enterrées. Au fil des époques, la série met par ailleurs de l’avant les enjeux queers, à travers des répliques tantôt musclées, tantôt mordantes : « N’utilise pas “tapette” devant moi ! Jamais ! », « Quand es-tu devenu aussi prude ? T’es lesbienne ! »
La série se démarque par des personnages finement écrits, complexes et ambigus : un terreau idéal pour générer des performances de haut calibre.
Jamie Lee Curtis s’y impose d’ailleurs, en équilibre constant entre une femme attachante et une autre minée par ses névroses. Il faut aussi signaler le soin porté au choix des comédiens pour les scènes du passé : les interprètes retenus s’arriment avec une justesse remarquable à ceux du présent, tant physiquement que dans les nuances du jeu. Soulignons finalement la qualité de la photographie, surtout dans les scènes de nuit, où les jeux d’ombre et de lumière sont particulièrement réussis. La tension reste à vif d’un épisode à l’autre, portée par le mystère de ce qui s’est vraiment déroulé il y a 28 ans, par l’identité du meurtrier, mais aussi par diverses manœuvres qui se jouent en coulisses, incluant de multiples trahisons. Bref, la série se dévore d’une traite, tant pour les relations à couteaux tirés entre les personnages, que pour l’enquête entourant l’identité du tueur et ses motivations. Cela dit, la révélation finale sur son identité laisse un sentiment mitigé, puisqu’elle tombe un peu à plat : j’ai levé les yeux au ciel devant un cliché particulièrement agaçant. La saison se conclut sur une chute d’une brutalité extrême qui accroche immédiatement — et, rassurez-vous, une saison 2 est déjà annoncée.
INFOS | Les huit épisodes de Scarpetta sont disponibles en anglais et dans deux doublages français, dont un excellent réalisé au Québec, sur Prime Video.

