Référence fondamentale de la bande dessinée homoérotique sadomasochiste, la publication d’un nouveau titre de Gengoroh Tagame constitue toujours un événement en soi, particulièrement lorsqu’il s’agit de l’une de ses œuvres maîtresses.
La notion de nouveauté est bien évidemment relative, puisque la bande dessinée fut publiée au Japon en 2001, où elle rencontra un immense succès. Il s’agit cependant d’une toute première publication en langue française, qui, à l’instar de House of Brutes (gagnant du prix Sade BD, 2023), s’inscrit au cœur d’une trilogie.
Fidèle aux thèmes de prédilection de l’auteur, la BD nous entraîne dans le sillage d’un homme condamné à perdre de sa superbe dans le Tokyo de la fin du 19e siècle. Ginjiro est héritier d’une petite fortune familiale qu’il dilapide à tout vent, en particulier auprès de prostituées qu’il « honore » de sa présence. Arrogant, il n’hésite pas à insulter celles qu’il juge indignes de partager son braquemart, les qualifiant de « guenons à grosses vulves ».
Mais le destin, qui fait toujours bien les choses, le réduit à la faillite et à devoir quémander un arrangement financier afin de rembourser ses dettes. Son créancier lui propose de tirer parti de son corps baraqué et d’œuvrer à titre de garde du corps dans un bordel bas de gamme. Soulagé, Ginjiro s’empresse de signer un contrat sans porter grande attention à son libellé.
Dès son arrivée, il se retrouve garrotté et fait office de « pute à rabais » pour les hommes de la ville. Son corps est progressivement entraîné à accepter les gabarits les plus démesurés, mais les tortures infligées ne visent pas tant à le punir qu’à le briser, à l’humilier et à lui faire accepter son nouveau rôle. Rongé par la rage, Ginjiro se surprend éventuellement à éprouver du plaisir : un avilissement qu’il se refuse à admettre et qui alimente ses désirs d’évasion. Mais pourra-t-il échapper à ce qui l’habite désormais?
Un premier tome où l’auteur instaure un climat où tension et sensualité s’entrelacent habilement, alors qu’arrogance et suffisance fondent comme neige au soleil. La combativité de Ginjiro n’en demeure pas moins intacte, et ce premier opus se conclut alors qu’il pense avoir échappé à son calvaire, mais en embrasse un autre. La suite s’annonce donc tout aussi passionnante.
Comme à son habitude, Gengoroh Tagame distille un érotisme à fleur de peau au cœur d’un environnement ultra machiste, où les émotions transparaissent tant dans les corps en sueur que dans les regards lascifs ou effarouchés. Il faut souligner la toujours excellente traduction française offerte par les éditions Dynamite. L’ouvrage comporte par ailleurs plusieurs planches grand format ainsi que quatre pages en couleur.
INFOS | Fleur d’argent (vol. 1/3) / Gengoroh Tagame. Paris : Dynamite, 2025. 270 p.

