Jeudi, 23 avril 2026
• • •
    Publicité

    Les 20 ans du FTA, plein feu sur lecontinent américain

    Le Festival TransAmérique (FTA) fête ses vingt ans. Les co-directrices, Jessie Mill et Martine Dennewald, ont donc choisi des spectacles et des artistes venus de tout le continent américain. Et comme d’habitude, la diversité sera au rendez-vous, écho à nos préoccupations et à nos inquiétudes, à travers la création et l’expression artistique. Un baume en quelque sorte.

    Petit rappel : le festival existe depuis 1985, mais s’appelait alors Festival de théâtre des Amériques. En 2007, le festival s’ouvre à la danse et change son nom pour celui que nous connaissons actuellement.
    Impossible de présenter en quelques lignes les 25 spectacles de théâtre et de danse qui seront présentés, ni la quarantaine d’activités entourant le festival. D’autant que la grande majorité touche les communautés 2SLGBTQ+, autochtones et racisées, et bien entendu les femmes. Le choix a donc été difficile, bien subjectif et certainement pas exhaustif.

    Dans cette programmation spéciale Amériques, il y a un intrus, faisons-lui donc honneur : Уя (Nid) de Chagaldak Zamirbekov, qui nous transporte à Bichkek, au Kirghizistan. Le public se retrouve devant un couloir d’appartement où les habitant·es se croisent sans vraiment communiquer. Une plongée dans le quotidien et les réflexions d’une population dont on entend peu parler.

    Le Québec n’est pas en reste dans la programmation. Outre Bottommost d’Émile Pineault (voir article en page 86), on retrouvera, pour le théâtre, le remarquable solo écrit par Éric Noël, Ces regards amoureux des garçons altérés, dans la mise en scène de Philippe Cyr. Ne pas manquer non plus Querelle de Roberval, créé à Québec en début d’année et présenté pour la première fois à Montréal dans l’adaptation et la mise en scène d’Olivier Artaud, d’après le roman de Kev Lambert. Et l’on pourra aussi retrouver Marie Brassard, autrice, metteuse en scène et interprète de Éther, un 8e opus de la créatrice dans sa quête de ce qui nous construit et de ce qui nous échappe. Côté danse, un détour obligé pour Braids & Heritage de Stacey Désilier et Jossua Satinée, deux interprètes racisées qui s’approprient la danse en ligne et bousculent l’image virile du cowboy.

    PHOTO : BRAIDS HERITAGE / CRÉDIT : Vladim Vilain

    De quelques coups de cœur
    História do olho – A Porn-Noir Fairy Tale de Janaina Leite. L’artiste brésilienne ose la transgression en adaptant et revisitant à sa manière l’œuvre de l’écrivain français Georges Bataille. Quinze interprètes sont emportées dans une folie jouissive et sexuelle où nos pulsions les plus noires et les plus intimes pourraient s’avérer sublimes. Monga de Jéssica Teixeira, qui oscille entre le cabaret, le concert et les récits. Peut-on inventer sa vie lorsqu’on est différent, rester dans l’ombre ou choisir la lumière ? Jéssica Teixeira a choisi la lumière parce que, comme elle le dit, « On n’a qu’une vie ! ». Déroutant, transgressif, mais surtout porté par la joie et l’espoir, dans une expérience totale pour le public.

    On le sait, il existe dans beaucoup de cultures différentes expressions de genre qui remettent en question la binarité. Avec la colonisation et l’imposition de deux genres figés, ces expressions ont souvent disparu. L’artiste Lukas Avendaño tient à leur redonner vie.

    Avec Bardaje, qui vient du persan « barah », de l’arabe « bardaj » et de l’italien « bardascia », l’artiste a créé une danse imaginaire, se demandant quelle forme pourraient prendre aujourd’hui ces cultures disparues. Lukas Avendaño est un artiste zapotèque muxe de l’État de Oaxaca. Les muxes sont des personnes de sexe masculin qui adoptent dès l’enfance des vêtements et des comportements féminins. Pour célébrer à sa façon cette identité muxe, Lukas Avendaño propose aussi une cérémonie flamboyante avec Réquiem para un alcaraván. Deux spectacles qui bousculent nos représentations figées des identités.

    Il est des œuvres qui sont des coups de foudre. Ainsi en est-il pour moi, qui ai eu la chance de voir Baldwin and Buckley at Cambridge au Festival d’Avignon. Une page d’histoire, mais aussi de théâtre. En 1965, l’auteur afro-américain James Baldwin rencontre l’intellectuel conservateur William F. Buckley Jr. autour d’un micro. L’opposition entre deux visions du monde est à son comble. Cette rencontre a été filmée et, bien évidemment, ce sont les dialogues entre les deux hommes que s’approprient John Collins et Greig Sargeant. Pour celles et ceux qui ne connaissent que vaguement James Baldwin, sa pensée est résumée dans ce dialogue historique.

    Coup de cœur pour le chorégraphe franco-haïtien Mackenzy Bergile et son Autothérapie. Issu de la diaspora haïtienne, conservant la mémoire de sa famille, au carrefour d’identités différentes dans lequel il a dû grandir, Mackenzy Bergilejoue dans sa création avec ce carrefour dans lequel il se retrouve, inspiré par l’œuvre de l’artiste multidisciplinaire haïtien Frankétienne.

    Finissons ce rapide tour d’horizon par deux performances de danse. La première vient de Vancouver. La chorégraphe d’ascendance nêhiyaw/métisse, Jeanette Kotowich, propose Bolt, une recherche éclatée qui célèbre aussi bien la prise de risque que l’improvisation. La seconde arrive d’Argentine : A Dentro ! de la chorégraphe Diana Szeinblum, où un trio enchevêtre la danse contemporaine avec les danses folkloriques. Deux créations qui convoquent le passé et l’inscrivent dans le présent.

    INFOS | La 20e édition du FTA – Festival TransAmériques, festival international de danse + théâtre, du 28 mai au 10 juin 2026 à Montréal. https://fta.ca

    Abonnez-vous à notre INFOLETTRE!

    Du même auteur

    SUR LE MÊME SUJET

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Publicité

    Actualités

    Les plus consultés cette semaine

    Publicité