Après le vol d’une babiole, un pasteur et sa sœur sont forcés de rendre un « petit service » au crime organisé local. Après tout, qu’est-ce qui pourrait mal tourner ? Mais, tant du côté des criminels que des victimes innocentes, tout le monde s’acharne à prendre la pire décision possible… Les voilà donc bientôt happés dans les méandres des cartels de la drogue.
Une série Netflix très attendue, puisque Dan Levy n’y incarne pas seulement l’un des rôles principaux, mais il en est aussi le cocréateur, le showrunner et le producteur exécutif. Après le succès retentissant de Schitt’s Creek, la barre était haute, mais le pari est remporté de main de maître. Les deux œuvres partent par ailleurs d’une même prémisse : une famille dysfonctionnelle où le malaise social règne en maître. Toutefois, Big Mistakes propose un cocktail plus nerveux, où suspense, chantage et criminalité s’entremêlent allègrement.
La série s’ouvre sur Nicky (Dan Levy), un pasteur gai profondément enfoncé dans le placard, et sa sœur Morgan (Taylor Ortega), qui font un arrêt dans un dépanneur turc miteux pour acheter un petit cadeau. Morgan est sidérée lorsque Yusuf (Boran Kuzum) — le commis un brin désorganisé — refuse de lui vendre un colifichet exposé dans la vitrine. Frustrée, elle le vole et l’offre à leur grand-mère… qui sera enterrée avec.
Petit détail : l’objet vaut en fait une fortune et était littéralement « caché à la vue de tous ». Nicky et Morgan n’ont alors que deux options : déterrer leur grand-mère pour récupérer le collier (ce qui donne lieu à des scènes complètement hystériques) ou accepter de rendre un « petit service » à la mafia turque/brésilienne/italienne (cochez au choix). Évidemment, rien ne se déroulera comme prévu. Pendant ce temps, leur mère, Linda (Laurie Metcalf complètement survoltée), vise la position de maire de la localité et doit affronter un adversaire misogyne qui ne voit en elle qu’une « femme au foyer » dont il fera une bouchée, du moins jusqu’au moment où des photos compromettantes referont surface. Nicky doit composer avec les attentes de Tareq (Jacob Gutierrez), son chum activiste, qui fait
(paradoxalement) partie d’Out and Loud, un organisme de défense et d’affirmation des droits des communautés LGBTQ+. De son côté, Morgan essaie de composer avec Max (Jack Innanen), un conjoint en éternel cheminement personnel, qui est doté d’autant de colonne vertébrale qu’un macaroni trop cuit.
Il ne s’agit là que de quelques-uns des personnages de cette série loufoque qui entrelace avec adresse l’absurdité et le drame au cœur de situations complètement rocambolesques (je pense notamment à la magouille hilarante pour faire traverser la cocaïne à la frontière). Chaque personnage est profondément incompétent dans ce qu’il fait et tente de se dépatouiller de son lot de problèmes, mais, dès qu’une crise semble réglée, la solution ne fait que l’empirer.
« C’est pas un peu bizarre de manger du poulet la bite à l’air ? » L’une des grandes forces de la série, c’est la qualité de son écriture, truffée de traits d’esprit irrésistibles : « Je suis certain d’avoir vu des gens brûler un paquet de bouquins. Donc, y’a pas de doute, on est en Floride » ; « Il est trop tôt pour les sarcasmes. C’est rarement charmant et jamais avant l’heure du déjeuner » ; « Comment les gens de ta génération pourraient être offensés par quoi que ce soit dans la mesure où ils sont offensés par absolument tout » ; « C’que tu mérites, c’est une grosse queue callée au fond de ta gorge ».
Impossible de ne pas glousser devant ces répliques qui frappent toujours dans le mille, alors même qu’on assiste à l’inexorable descente aux enfers des membres de la famille : une dérive qui, paradoxalement, va de pair avec l’affirmation et le cheminement des personnages. L’échec, l’improvisation et la panique deviennent ainsi les moteurs comiques d’un accident au ralenti, où chaque « fond du baril » qu’on pense avoir atteint cache une série de doubles fonds. La saison se termine sur des révélations étonnantes laissant entrevoir une seconde saison, que l’on ne peut qu’espérer ardemment. En terminant, il faut rendre justice au doublage français : rien n’est plus complexe que de transposer l’humour, et on ne peut que saluer ici la qualité de celui-ci, qui est franchement remarquable.
INFOS | Les huit épisodes de Big Mistakes (Grosses erreurs) sont disponibles, en français et en anglais, sur Netflix.

