Comme nous l’indiquons juste après l’annonce de la sélection officielle des films en compétition pour la Palme d’or, cette édition s’annonce résolument queer. Plus d’une vingtaine d’œuvres mettant de l’avant des perspectives LGBTQ+ seront présentées dans l’une ou l’autre des nombreuses sélections officielles. Tour d’horizon des films à thématique queer qui marqueront la 79e édition du Festival de Cannes et qu’on pourra éventuellement voir à Montréal (souhaitons-nous le) lors d’un prochain festival.
Chacun des films suivants pourraient se qualifier pour la Queer Palm, une distinction spécifique qui existe depuis 2010 et qui récompense les films contribuant à la visibilité et à la représentation des réalités LGBTQ+.
7 des 22 films en compétition officielles abordent des enjeux LGBTQ+

Coward de Lukas Dhont
Le cinéaste belge Lukas Dhont s’est fait connaître pour ses récits sensibles autour de la jeunesse et des identités queer. En 2018, il remportait la Queer Palm avec Girl, consacré à une adolescente trans rêvant de devenir danseuse de ballet. En 2022, il frappait de nouveau avec Close, un drame sur l’amitié entre deux garçons. Son nouveau film, Coward, nous transporte en 1916, en pleine Première Guerre mondiale. On y suit un jeune homme qui, en participant à des spectacles dans les tranchées pour remonter le moral des soldats, découvre peu à peu l’amour.

Autofiction (Amarga Navidad) de Pedro Almodóvar
Pedro Almodóvar n’est pas seulement l’un des cinéastes les plus importants d’Espagne, il est aussi l’un des plus emblématiques de la culture queer. Ses films sont reconnus à l’international pour leur inclusivité et leur diversité. Dans Amarga Navidad, une femme tente de fuir le deuil après la mort de sa mère survenue pendant les fêtes. Mais en se réfugiant dans le travail, elle se retrouve peu à peu submergée par ses émotions. Deux des personnages principaux sont homosexuels, et le film multiplie les apparitions de figures de la communauté, dont Javier Ambrossi, Javier Calvo, Amaia, Samantha Hudson et Topacio Fresh.

La bola negra de Javier Ambrossi et Javier Calvo
Les deux créateurs espagnols présentent également La bola negra, en compétition pour la Palme d’or. Inspiré de l’œuvre inachevée de Federico García Lorca, le film raconte l’histoire de trois hommes gais, issus d’époques différentes, qui vivent leur identité entre désir et répression, liés par une même blessure historique. À travers leurs parcours, le film interroge l’évolution des réalités LGBTQ+ en Espagne, tout en soulignant la persistance du traumatisme et de la mémoire collective. Très attendu, le long métrage réunit une distribution impressionnante : Guitarricadelafuente, Penélope Cruz, Miguel Bernardeau, Lola Dueñas, Carlos González, ainsi que Glenn Close, Natalia de Molina, Antonio de la Torre, Albert Pla, Yenesi et Teo Lucadamo.

The Man I Love d’Ira Sachs
Avec The Man I Love, le réalisateur Ira Sachs propose un musical porté par Rami Malek, Rebecca Hall et Ebon Moss-Bachrach. Le film, en lice pour la Palme d’or, se déroule dans le New York des années 1980 et suit le parcours d’un artiste à un moment charnière de sa vie, entre maladie et création. Peu de détails ont filtré, mais certains y voient une plongée dans les débuts de l’épidémie du sida. Une chose est sûre : le film promet d’explorer de nouvelles facettes de la vie queer new-yorkaise, entre désir, perte et expression artistique.

Garance de Jeanne Herry
Garance est une jeune actrice alcoolique. Huit ans d’un parcours fait de déménagements, de travail, de rencontres, de fêtes et d’angoisses, de joies et de coups durs… Mais aussi une révolution intime, amicale et sexuelle, un chaos aux allures de « grande récré » où se mêlent autant d’amour que de destruction. Un récit sensible sur l’éveil tardif, la liberté et la redéfinition de soi.

Quelques jours à Nagi de Kōji Fukada
Le cinéaste japonais Kōji Fukada signe un drame contemplatif sur l’identité et les désirs refoulés. Yuri, architecte divorcée, rend visite à son ancienne belle-sœur Yoriko, sculptrice installée dans le village de Nagi. Ce séjour, d’abord envisagé comme une simple parenthèse, prend une tournure inattendue lorsque Yuri accepte de poser pour elle. Au fil des séances, les silences se peuplent de souvenirs, et un lien profond, longtemps enfoui, ressurgit entre les deux femmes. Loin de l’agitation de Tokyo, Yuri se laisse gagner par la douceur du quotidien rural et la vie des habitants. Les jours passent, comme si quelque chose, ici, l’invitait à rester. Le film interroge la fluidité des désirs et les choix qui façonnent une vie.

La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet
Gabrielle a 55 ans. Elle n’a pas d’enfant. Elle est cheffe de service en chirurgie à Paris. Elle aime son mari. Elle se lasse de son amant. L’Alzheimer de sa mère s’aggrave. L’hôpital public s’effondre. Son ami le plus précieux vacille. La romancière venue la regarder travailler pour les besoins d’un livre prend de plus en plus de place dans sa vie. Rien ne va de soi, mais Gabrielle n’est pas du genre à se laisser abattre. Gabrielle a décidé d’être heureuse. Le film explore le désir, le vieillissement et l’amour en milieu hospitalier
Une présence queer aussi dans les sections parallèles
La section Un Certain Regard, créée en 1978, met en avant des œuvres audacieuses, des propositions formelles originales et de nouveaux talents. Elle accueille elle aussi plusieurs films à thématique queer cette année. Parmi eux:

Club Kid de Jordan Firstman
Plongée dans la scène nocturne queer, Club Kid suit un jeune homme aspirant à la célébrité dans un univers de fêtes, d’excès et de performances identitaires. Une satire vibrante de la culture queer contemporaine. Jordan Firstman qui signe également le scénario et tient le rôle principal, partage l’affiche avec Miss Benny, Cara Delevingne et Diego Calva.

Autre proposition : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, de Jane Schoenbrun, une comédie d’horreur suivant une réalisatrice queer piégée dans le tournage d’une franchise. Au casting : Hannah Einbinder et Gillian Anderson.
Séances de minuit

Les Éléphants dans la brume de Abinash Bikram Shah
Dans un village népalais en bordure d’une forêt d’éléphants, Pirati dirige une famille de femmes transgenres. Déchirée entre un amour interdit avec le maître des tambours et ses responsabilités, elle est mise à l’épreuve lorsque la plus jeune disparaît lors d’une veille des éléphants. Le film aborde les tensions entre tradition et désir dans une société conservatrice.
Films plus radicaux, de genre ou expérimentaux :

Enfin, Jim Queen, film d’animation de Nicolas Athane et Marco Nguyen, propose une vision camp et surréaliste d’un Paris dystopique où un virus transforme les hommes gais en hétérosexuels. Une prémisse provocante qui promet une satire acérée.

Roma Elastica de Bertrand Mandico
Dans Roma Elastica, Marion Cotillard incarne une star de cinéma à bout de souffle épaulée par sa fidèle maquilleuse campée par Noémie Merlant devant la caméra de Bertrand Mandico pour un hommage ébouriffant au Cinecitta des années 80.
Cannes Première
Section pour cinéastes reconnus hors compétition :

Marie Madeleine de Gessica Généus
Réinterprétation audacieuse de la figure biblique, ce film imagine Marie-Madeleine comme une femme queer en rupture avec les normes patriarcales. À Jacmel, en Haïti, la mer, les églises et les esprits façonnent la vie. Marie Madeleine est une femme libre. Elle vit de la prostitution et traverse les nuits sans se soumettre aux règles de ceux qui sauvent les âmes. Sa route croise celle de Joseph, un jeune évangéliste. Une relation se noue entre ces deux êtres que tout oppose. Alors que Joseph vacille dans sa foi, Marie Madeleine l’entraîne vers un monde dans lequel désir et quête de liberté ouvrent un espace où tout peut être réinventé. Une œuvre politique et poétique.
Séances spéciales
Projections hors compétition souvent plus hybrides ou documentaires :

Les Matins merveilleux d’Avril Besson
Une chronique lumineuse d’une relation naissante entre deux femmes, captée dans les gestes du quotidien. De vieux vinyles disco dans le coffre de sa Twingo, à peine remise de la mort de sa grand-mère, Charlie roule. Elle ne sait pas encore que ces disques ressusciteront les pas de danse de sa mère dans les yeux humides de Titou, caviste rêveur, ni qu’une plage méditerranéenne désertée sera le théâtre de sa rencontre avec Marina, qui rêve son idéal de liberté dans la pizzeria du village. Pour l’instant, elle roule. Un film délicat sur l’amour, la douceur et les débuts fragiles.

Tangles de Leah Nelson
Le film d’animation Tangles, de la Vancouvéroise Leah Nelson, fera l’objet d’une projection spéciale pendant le festival. Il s’agit d’une adaptation de la bande dessinée Tangles : A Story About Alzheimer’s, My Mother, and Me, de Sarah Leavitt. Cette bédéiste vancouvéroise raconte toutes les émotions que traverse sa famille alors que la maladie d’Alzheimer s’empare de sa mère.
Et ailleurs dans la programmation…

Du fioul dans les artères de Pierre Le Gall
À bord de son 44 tonnes, Étienne sillonne la France avec une obsession : charger, décharger, en temps et en heure. Quand il croise Józef, un routier polonais, sa routine se dérègle. Le compteur s’emballe, les kilomètres défilent et loin des regards, les deux solitaires se désirent jusqu’à épuisement. Le film, présenté dans le cadre de la Semaine de la critique, capte une énergie viscérale et contestataire.

La Gradiva de Marine Atlan
Un groupe d’étudiants français part en voyage scolaire à Naples pour découvrir les ruines de Pompéi et ses corps pétrifiés par le Vésuve. C’est là que le vertige les saisit brutalement. L’un après l’autre, ils se laissent submerger par le désir et la colère jusqu’à s’y abandonner complètement.Une œuvre sensorielle et mystérieuse.

Seis Meses en el Edificio Rosa con Azul de Bruno Santamaría Razo
Mexico, début des années 90. Le jour de ses onze ans, les premiers émois de Bruno pour son meilleur ami Vladimir se heurtent à l’annonce brutale de la séropositivité de son père. Comme dans les chansons de salsa, sa famille tente de chanter et de danser pour conjurer leur douleur. Trente ans plus tard, Bruno filme et réinvente les souvenirs qu’il ne pouvait tout à fait percevoir enfant.
Cœur secret de Tom Fontenille

En l’espace de 4 ans, Lilou est sortie du secret. Elle est devenue une femme de 64 ans qui aime bricoler, jardiner, faire du vélo et s’occuper de ses petits-enfants. En accompagnant sa transformation, Tom Fontenille a filmé une famille qui panse ses plaies et réinvente une place pour chacun·e. Cette famille est sa mienne, Lilou est son «père».

Virages de Céline Carridroit & Aline Suter
C’est l’été à Genève et Johanna ne part pas en vacances. Elle assemble des montres de luxe à la chaîne dans une manufacture. Alors qu’elle envisage de se débarrasser de sa vieille Coccinelle, elle décide de la faire revivre pour affronter le milieu de la mécanique qui l’a rejetée.

Clarissa de Chuko Esiri & Arie Esiri
Clarissa, femme du monde, prépare une réception dans sa maison de Lagos, au Nigeria, où elle retrouve de manière inattendue des amis de jeunesse. Au fil de cette nuit, leurs souvenirs communs refont surface : relations complexes, amours passionnées, désirs enfouis et aspirations perdues nourrissent une confrontation douce-amère avec le passé. Le film, présenté dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, met en lumière les réalités LGBTQ+ au Nigeria, entre répression et résilience.
Par ailleurs, lauréat l’an dernier du prix de la Révélation à la Semaine de la critique pour sa prestation dans le film Nino, l’acteur québécois Théodore Pellerin intégrera, cette année, le jury de cette sélection parallèle au Festival de Cannes.

