À Montréal, peu d’ensembles peuvent se targuer d’allier une rigueur implacable à une capacité constante de se renouveler. Depuis plus de 35 ans, le Chœur classique de Montréal impose sa signature dans notre paysage culturel. Sous la direction exigeante du chef Louis Lavigueur, C.Q., l’ensemble prouve que le chant choral n’est pas une relique du passé, mais une expérience viscérale et un formidable espace d’inclusion.
Le 8 mai prochain, à la Maison symphonique, les 70 choristes de l’ensemble délaisseront temporairement leur répertoire sacré habituel pour s’offrir une incursion spectaculaire dans l’univers théâtral avec leur concert Grands chœurs d’opéra. Si la musique classique de concert et l’opéra sont deux mondes distincts, le Chœur jette ici un pont majestueux entre les deux. De Verdi à Wagner, de Bizet à Mozart, cette traversée du répertoire lyrique s’annonce comme un feu roulant d’émotions. Sur scène, la partition cesse d’être un simple document historique pour devenir un récit vivant. Dans ces pages célèbres, le chœur n’est plus un simple tapis harmonique en arrière-plan : il incarne le peuple, la révolte ou l’exultation. Il devient le véritable moteur dramatique de l’œuvre.
Le sacré au prisme de l’humain
Mais au-delà de cette parenthèse lyrique, que signifie être choriste aujourd’hui ? Pourquoi, dans une société québécoise profondément laïque, soixante-dix personnes de tous horizons se réunissent-elles chaque semaine pour s’époumoner sur des requiems et des messes latines ? La réponse dépasse largement la question de la croyance. «Il n’est nul besoin d’être dévot pour être foudroyé par l’architecture d’un motet de Bach ou la puissance d’une messe de Brahms », explique Jean Arnold. « Chanter ou écouter ces œuvres aujourd’hui, c’est explorer la condition humaine dans ce qu’elle a de plus brut. La peur de la mort, l’espoir d’une consolation, la jubilation, la quête de sens : ces émotions, autrefois codifiées par le langage religieux, sont d’une universalité absolue. Le chœur offre ainsi une expérience de communion laïque. C’est l’un des rares espaces modernes où l’individu accepte de fondre sa propre voix dans un « nous » monumental, créant une onde sonore capable de faire vibrer les corps autant que les âmes.» Fondé en 1989, le chœur réunit des interprètes chevronné·es animé·es par une même exigence artistique. Sous la direction du chef Louis Lavigueur, figure majeure du milieu musical québécois, l’ensemble s’attaque aux grandes fresques du répertoire — requiems, messes, passions — avec une ferveur qui ne se dément pas. Ici, pas de demi-mesure : chaque concert est conçu comme une expérience immersive, où la force du collectif prend toute sa dimension.
Le chœur au centre de l’émotion
Le 8 mai prochain, à la Maison symphonique, le Chœur classique de Montréal propose une soirée entièrement consacrée aux Grands chœurs d’opéra. Un programme ambitieux qui remet le chœur au cœur du spectacle — non plus simple toile de fond, mais véritable moteur dramatique. Le public pourra entendre, entre autres, le célèbre Va, pensiero de Nabucco, le martèlement du « chœur des enclumes » du Trouvère, la ferveur du Tannhäuser ou encore la célèbre marche des toréadors de Carmen. Autant de moments où la voix collective devient personnage, témoin et catalyseur des passions humaines. Dans l’acoustique enveloppante de la Maison symphonique, ces pages grandioses prendront une dimension physique alors q’une centaine de voix seront réunies pour créer une onde sonore capable de faire vibrer autant les corps que les émotions.
Une tradition vivante
L’ensemble du Chœur classique de Montréal multiplie les collaborations avec orchestres et solistes, tout en offrant une tribune essentielle à la relève. Cette rencontre entre expérience et nouvelles voix nourrit une énergie scénique unique, où rigueur et spontanéité se côtoient. La programmation actuelle témoigne de cette volonté d’ouverture. Après une Passion selon Saint-Jean de Bach marquante en début d’année, la saison se poursuit avec ce programme lyrique accessible et spectaculaire, pensé pour rejoindre autant les mélomanes aguerri·es que les curieux·ses. Parmi les solistes invité·es, on retrouve la soprano Catherine St-Arnaud, reconnue pour son timbre lumineux et sa présence scénique, la mezzo-soprano Stéphanie Pothier, à la fois intense et expressive, ainsi que le ténor Joseph Visseaux et le baryton Pierre Rancourt, deux artistes aux parcours atypiques et complémentaires.
Un nouveau cycle ambitieux
Au-delà de cette saison, le Chœur classique de Montréal amorce un nouveau cycle artistique qui s’étendra jusqu’en 2029. Une programmation ambitieuse qui promet de revisiter les grandes œuvres du répertoire tout en mettant en lumière des voix et des compositrices trop souvent absentes des scènes traditionnelles. Trois axes se dessinent déjà : Lumières romantiques, Cathédrales sonores et Destinée et passions. Au programme : Mendelssohn, Brahms, Rossini, Bach, mais aussi Ethel Smyth ou Lili Boulanger. Une manière de conjuguer tradition et redécouverte, dans une approche à la fois exigeante et inclusive. Notez que durant la saison 2027-2028, deux compositrices seront au programme : Lili Boulanger (première femme à remporter le prix de Rome en composition) et Ethel Smyth, une suffragette et figure lesbienne ouvertement queer de l’époque victorienne et édouardienne. On vous en reparle évidemment à cette saison.
Une expérience à vivre
Assister à un concert du Chœur classique de Montréal, c’est faire l’expérience d’un souffle collectif. Celui d’un groupe qui, au-delà des individualités, devient un corps sonore unique, capable de porter la joie, la douleur, la colère et l’espoir. À une époque où les projecteurs sont souvent braqués sur les solistes, ce concert rappelle une évidence : dans l’opéra comme dans la vie, la force du groupe reste l’une des plus grandes sources d’émotion.
INFOS | https://www.choeurclassiquedemontreal.qc.ca
Billets pour Grands chœurs d’opéra, le 8 mai 2026, à la Maison symphonique : https://www.placedesarts.com

