Vendredi, 1 juillet 2022
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    Appartenir à la communauté gaie : la fierté et plus encore…

    Dans le cadre de Divers Cité, la parade gaie est certes l’événement le plus convaincant de l’existence d’une communauté gaie montréalaise. Si 5% des participants d’Oméga ne reconnaissent pas l’existence de cette communauté, la grande majorité adhère à cette idée et participera de façon régulière à la parade gaie, ce grand happening qu’on pourrait qualifier de coming-out collectif. Que ce soit pour célébrer son identité sexuelle et sociale, pour se rappeler les luttes passées ou signifier son engagement dans les luttes à venir, pour provoquer, pour dire qu’on existe ou tout simplement pour le plaisir d’être ensemble, de s’amuser avec les siens, même le plus discret voudra être de la fête. 

    La fébrilité et la fierté entourant cet événement contrastent avec un sentiment d’appartenance à la communauté gaie pourtant modéré chez les participants d’Oméga. Seulement le tiers diront ressentir un fort sentiment d’appartenance alors que le quart préfèrerait répondre qu’ils n’y appartiennent pas ou qu’ils y sont peu attachés. De façon plus spécifique, un participant sur dix dira que la seule chose qu’il a en commun avec les autres gais, c’est son attirance pour les hommes ou le fait d’avoir du sexe avec eux. Par contre, sept sur dix s’opposeraient fortement à cette idée et déclareraient qu’il y a davantage que la question de sexe lorsqu’il s’agit d’expliquer leur sentiment d’appartenance à la communauté gaie. Que signifie donc «appartenir à la communauté gaie»?


    Toujours dans le but de mieux comprendre l’environnement dans lequel vivent les participants d’Oméga et en lien avec ce que nous avons décrit dans deux numéros précédents (le Village gai, janvier 2000; les problèmes perçus dans le milieu gai, mars 2000), Oméga tente de mieux saisir comment ces hommes développent un lien plus ou moins étroit avec le milieu gai et comment peut s’exprimer leur attachement ou leur appartenance à la communauté gaie. Il y a peut-être, sous ces aspects, diverses à la gestion du risque d’infection par le VIH.


    Pour les participants d’Oméga, appartenir à la communauté gaie, c’est…
    D’abord de partager des valeurs, des codes et des symboles communs aux gais et distincts de ceux des hétéros. C’est du moins ce qu’environ la moitié des participants d’Oméga endossent quand il s’agit de décrire cette appartenance. On dit partager avec d’autres gais des besoins et des préoccupations semblables et avoir en commun une manière d’être et de penser qui se démarque de celle des straights. On a une façon bien particulière de se reconnaître, de se comprendre, et peu importe où l’on se retrouve, on est capable de reconnaître d’autres hommes gais. (Ce mythe du «radar gai» n’en est peut-être pas un!)


    C’est aussi, et de façon tout aussi importante, le partage d’espaces physiques, culturels et sociaux gais, ici à Montréal et ailleurs. Malgré les réserves exprimées à l’égard du Village, au moins un participant sur deux le fréquente de façon hebdomadaire tandis que le tiers ira dans les restaurants, cafés ou bars gais au moins une fois par semaine. On fréquente ces lieux parce qu’on on y a le sentiment d’être comme les autres, de pouvoir s’y exprimer en toute liberté et y socialiser avec des gais qui nous ressemblent. Partager le quotidien et la vie sociale d’un espace physique gai est donc une façon de tisser ce lien d’appartenance, qui s’élargit à travers une participation régulière à des événements culturels à thématique gaie (66,5 %) ou à des événements spéciaux comme le Black & Blue et le Wild & Wet (31,0 %). Cette quête d’espaces physiques et culturels s’exprime aussi par un besoin d’aller voir ailleurs, de visiter le milieu gai au Québec ou à l’extérieur du Québec. Le tourisme gai fait partie des habitudes d’au moins un participant sur quatre, souvent dans le but d’assister à des événements gais particuliers.

    Appartenir à la communauté gaie, c’est aussi le partage d’une cause sociale commune, puisqu’environ la moitié des participants diront ressentir le besoin de lutter pour la reconnaisssance de leurs droits et travailler contre l’intolérance et pour le respect des différences. Par contre, une très faible minorité (7,0 %) diront qu’ils se sentent personnellement opprimés et marginalisés et une proportion encore plus faible (moins de 4,0 %) diront être membres ou bénévoles dans une organisation dévouée aux intérêts gais ou à la défense de leurs droits. Ce faible engagement (du moins en apparence) contraste avec cette perception tout de même forte de l’importance de ces luttes. La saveur militante de la lutte pour la cause gaie serait-elle en train de s’étioler au profit d’autres modes de mobilisation ou de revendication?
    Dans une moindre mesure, soit pour le quart des participants, appartenir à la communauté gaie, c’est aussi ressentir une certaine obligation morale à utiliser des services spécifiques gais (s’ils existent, évidemment). On choisira d’abord une organisation gaie pour répondre à ses besoins et on se fera un devoir d’utiliser des services tenus par et pour les gais. Finalement, les participants d’Oméga semblent aussi s’entendre pour dire qu’appartenir à la communauté, c’est plus qu’une question de sexe et ce n’est surtout pas de se sentir obligé de se conformer aux règles implicites du milieu gai. La très forte majorité s’opposerait à l’idée que les normes et les valeurs du milieu les empêchent d’être eux-mêmes et que leur style de vie doit être dicté par ce qui est valorisé dans le milieu gai.


    En somme, appartenir à la communauté gaie est un sentiment complexe, d’abord ancré dans des motivations profondes de partage conscient et actif de symboles, de valeurs, de codes et d’espaces distincts et spécifiques au groupe social d’appartenance, puis dans un engagement face à la communauté plutôt d’ordre moral et individuel que politique et collectif.
    Puissent ces journées de la fierté gaie permettre à chacun de raviver son appartenance à la communauté gaie. Comme par le passé, OMÉGA sera de la fête et vous invite à son kiosque, le 5 aôut, pour partager avec vous, à sa façon, l’espace gai montréalais.

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