Lundi, 25 octobre 2021
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    Former les intervenants en sport pour favoriser l’inclusion des athlètes LGBT — Guylaine Demers de l’Université Laval

    Guylaine Demers, professeure au Département d’activité physique de l’Université Laval, consacre une partie de ses activités de recherche au phénomène de l’homophobie dans le sport. De plus, cette ex-athlète de l’équipe féminine de basketball du Rouge et Or dans les années 80 contribue à la formation des gestionnaires en sport et des entraîneurs sur cette problématique.

    « Durant les années où j’ai joué au niveau collégial et universitaire, j’ai vécu dans le placard. Dans mon équipe universitaire, il y avait deux joueuses qui le savaient. À un moment donné, je l’ai dit à mon entraîneur et ç’a été un soulagement incroyable », raconte-t-elle.

    Très peu d’athlètes parlent ouvertement de leur homosexualité
    En 2011, elle a réalisé une étude pilote où elle a interviewé une dizaine d’athlètes d’orientation homosexuelle qui étudiaient à l’Université Laval, majoritairement des lesbiennes (un seul gai).

    « Dans le milieu universitaire, je m’attendais à plus d’ouverture. Aucun des athlètes de niveau universitaire ou civil n’avait encore révélé publiquement son homosexualité. Quelques-uns d’entre eux m’ont dit que les autres membres de l’équipe savaient qu’ils étaient homosexuels, mais qu’ils n’en parlaient pas entre eux. Deux athlètes avaient néanmoins informé leurs coéquipières, mais cette confidence ne sortait pas de l’équipe. »

    En septembre 2013, elle a publié en ligne dans le Journal canadien des entraîneurs une autre étude où elle avait interviewé douze entraîneurs de l’Université Laval qui totalisaient ensemble 191 années d’expérience auprès d’environ 4000 athlètes de niveau universitaire ou civil.

    « Entre 1985 et 2012, les entraîneurs ont su qu’ils avaient entraîné un homme ouvertement gai, un transgenre et 23 lesbiennes. Ils m’ont admis qu’ils ne savaient pas comment aborder la diversité sexuelle et de genre à l’intérieur de leur équipe et que ça leur prendrait de la formation. Certains d’entre eux m’ont aussi dit que l’orientation sexuelle d’un athlète ne les regardait pas, puisque cet aspect relevait de leur vie privée. »

    À son avis, les entraîneurs doivent au contraire aborder rapidement la problématique de l’homophobie avec les membres de l’équipe. « Si d’entrée de jeu, l’entraîneur met les règles très claires en parlant de l’homophobie et de la possibilité que certains membres de l’équipe soient gais ou lesbiennes, peut-être que si l’un d’entre eux est homosexuel, il ira lui en parler et peut-être qu’ensuite, il ira en discuter avec les autres membres de l’équipe pour trouver une façon de gérer cette situation afin que tout le monde soit confor-table. »

    Elle souligne toutefois que l’homosexualité demeure un tabou dans les équipes masculines. « Le vestiaire des hommes est le seul endroit où les gars peuvent se démontrer de l’affection sans avoir la crainte d’être étiquetés comme gais. Un joueur peut sauter dans les bras d’un coéquipier, même l’embrasser et lui donner une tape sur les fesses, personne ne va penser qu’il est gai. À partir du moment où un joueur gai est plus explicite sur son orientation sexuelle, il risque de perdre l’affection des autres joueurs qui vont hésiter, par exemple, à le prendre dans leurs bras, car ils voient dans ce geste un côté sexuel qu’affectif ».

    Formation pour les gestionnaires en sport et les entraîneurs
    Guylaine Dermers souligne que l’Association canadienne pour l’avancement des femmes, du sport et de l’activité physique (ACAFS) a été le premier organisme au Canada en 2007 à offrir un atelier à l’intention des gestionnaires en sport et des entraîneurs sur l’homophobie dans le sport (voir caaws.ca – onglet Ateliers).

    Ayant contribué à l’élaboration de cet atelier, elle a travaillé récemment avec le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur sur une version adaptée au contexte québécois. Cet atelier est accessible sur le site de l’organisme Égale Action (voir egaleaction.com – section Clientèle, sous-section Intervenants/décideurs).

    Elle précise qu’Égale Action fera la promotion cet automne de cet atelier auprès des fédérations sportives québécoises. « Avec le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, nous avons aussi comme objectif que tous les entraîneurs des programmes sport-études au Québec soient obligatoirement formés sur l’homophobie dans le sport. »

    Nouvelle étude en cours
    Ses deux études réalisées avec un petit nombre de participants lui ont permis d’obtenir une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines pour documenter l’expérience à plus grande échelle des athlètes canadiens LGB et hétérosexuels qui s’entraînent entre eux, qu’ils soient de niveau collégial ou universitaire (18 ans et plus).

    Elle entend se servir des résultats de son étude pour intervenir auprès des fédérations sportives canadiennes, notamment pour que ses gestionnaires en sport et ses entraîneurs suivent l’atelier sur l’homophobie dans le sport. «À partir du moment où des chiffres viennent appuyer que l’homophobie est bien présente dans leur sport, elles n’auront pas le choix de prendre des actions pour créer un environnement sportif inclusif et accueillant face à la diversité sexuelle ».

    Elle invite donc les athlètes canadiens, peu importe leur orientation sexuelle, des niveaux collégial et universitaire (18 ans et plus), qui pratiquent leur sport à l’intérieur d’une organisation scolaire ou civile, à répondre à son sondage en ligne. Certains d’entre eux seront ensuite invités à participer à une entrevue individuelle.

    SONDAGE http://fluidsurveys.com/s/LGB-Sport

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