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Mardi 19 octobre 2021
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    Renaissance du musée « vivant », le Biodôme de Montréal

    La nouvelle conception du Biodôme de Montréal par KANVA établit un équilibre immersif entre l’homme et la nature. Le concept de cette firme montréalaise, réputée pour ses projets significatifs dépassant les limites de la forme architecturale, est de dévoiler la délicate majestuosité de l’édifice du Biodôme de Montréal, un musée des sciences qui plonge les visiteurs dans le cadre authentique et immersif d’une série d’écosystèmes.


    Construit dans l’ancien Vélodrome bâti pour les Jeux Olympiques de Montréal de 1976, le Biodôme ouvre ses portes en 1992. Il fait partie d’un consortium d’installations qui représentent collectivement les espaces muséaux les plus visités au Canada. En 2014, la firme KANVA, co-fondée par Rami Bebawi et Tudor Radulescu, remporte le volet « Biodôme renouvelé » du concours international d’architecture organisé par Espace pour la vie, l’organisme en charge des opérations du Biodôme, du Planétarium, de l’Insectarium et du Jardin botanique de Montréal, afin de mener à bien le projet de 25 millions de dollars.


    « Notre mandat consistait à amplifier l’expérience immersive liant les visiteurs et les différents écosystèmes du musée, ainsi qu’à transformer les espaces publics du bâtiment », note Rami Bebawi, architecte responsable du projet. « À travers ce projet, nous avons pleinement assumé le rôle que le Biodôme joue dans la sensibilisation des humains à la complexité des environnements naturels, en particulier dans le contexte actuel des changements climatiques. »
     
    Une histoire complexe
    Dès le départ, KANVA étudie la formidable complexité du bâtiment existant, se présentant comme une entité vivante composée d’écosystèmes et d’un ensemble complexe d’équipements, essentiels au soutien de la vie animale et végétale. L’équipe réalise rapidement que toute intervention se doit d’être très délicate, et qu’une démarche globale à l’échelle du projet nécessite une coordination et une gestion minutieuses de plusieurs micro-interventions. Chaque décision nécessite une consultation entre les différentes disciplines, devenant un véritable tour de force collectif, reflétant la vision conceptuelle de KANVA.
     
    « Tout le monde a saisi la vision globale, et cette compréhension a été portée par chacun tout au long du projet, dans un esprit de collaboration », dit M. Bebawi. « Ce fut une expérience très inspirante qui servira de modèle pour mieux aborder les questions environnementales dans nos projets futurs. »

    D’un point de vue programmatique, KANVA commence par cibler les espaces qui pourraient être transformés afin de maximiser la mise en valeur du patrimoine architectural du bâtiment. Le positionnement d’un nouveau noyau au centre de l’édifice, combiné à la démolition du plafond particulièrement bas du hall d’entrée permet d’apprécier l’échelle monumentale du bâtiment.
    Le vaste espace s’ouvre vers le ciel jusqu’à l’impressionnante toiture de l’édifice, composée de puits de lumière massifs inondant le Biodôme d’une abondante lumière naturelle.
      
    Un noyau apaisant
    Afin de structurer ce grand espace ouvert qui constitue aujourd’hui le cœur du bâtiment, KANVA conçoit de façon paramétrique une paroi vivante qui enveloppe les écosystèmes, accompagnant les visiteurs à travers l’espace. Nécessitant une ingénierie structurale particulièrement complexe et conçue sur mesure, l’installation de la paroi préfabriquée aux formes biophiliques se présente comme une tâche titanesque. Ne laissant aucune marge d’erreur, la paroi textile est tendue sur une structure en aluminium courbée, elle-même supportée par la structure primaire en acier, qui présente de nombreux porte-à-faux et s’adapte aux formes existantes du bâtiment. Des assemblages mécaniques ont également été incorporés pour permettre tous les ajustements que la forme organique impose.


    La paroi translucide interagit harmonieusement avec les nombreux puits de lumière, ses limites imperceptibles se fondant dans l’espace, procurant une sensation de calme et d’infini. L’expérience sensorielle des visiteurs est également amplifiée par le nouveau noyau, qui met de l’avant le contraste entre sa neutralité chromatique et les environnements stimulants des
    écosystèmes adjacents.
     
    « Avec une longueur d’un demi kilomètre et une hauteur s’élevant jusqu’à près de quatre étages, la paroi constitue un outil très puissant », explique Rami Bebawi. « Elle est extrêmement emblématique de l’espace, et sa simplicité et son unité soulignent et magnifient la structure de béton d’origine. »
     
    Design sensoriel
    KANVA se concentre ensuite sur le parcours lui-même et conçoit de nouveaux tracés transformant le cheminement linéaire existant en une expérience plus dynamique. Les visiteurs peuvent à présent prendre en charge leur propre itinéraire à travers les cinq écosystèmes du Biodôme, qui abritent plus de 250 000 animaux et 500 espèces végétales. Dans sa conception d’une expérience immersive, KANVA oriente son attention sur la sollicitation des sens, reléguant la vue au dernier rang derrière le son, l’odorat et le toucher. Depuis le hall d’entrée apaisant, l’ondulation de la paroi vivante guide les visiteurs vers un tunnel d’une longueur de 10 mètres menant au noyau central, où commence leur exploration des cinq écosystèmes, soit la Forêt tropicale humide, l’Érablière des Laurentides, le Golfe du Saint-Laurent, les Côtes du Labrador et les Îles Subantarctiques.
     
    Le tunnel d’entrée se distingue par une très subtile inclinaison du plancher, destinée à ralentir le rythme des visiteurs dans cette section compressée du hall d’accueil, et les invite à faire le vide pour faciliter l’appropriation de nouvelles expériences sensorielles. Une fois le noyau central atteint, de petites fentes creusées dans la paroi vivante, nommées éco-transits, conduisent les visiteurs vers les écosystèmes. Des portes automatiques s’ouvrent alors sur l’environnement naturel, qui demeure cependant toujours visuellement obstrué par un rideau de billes. Avant même que les visiteurs traversent cet écran, ils ont déjà été exposés au climat, aux odeurs et aux sons du milieu. À l’entrée des Régions subpolaires, un tunnel de glace permet l’acclimatation des visiteurs. Les sons et les odeurs des alcidés et des manchots leur parviennent avant qu’ils puissent observer ces animaux, apportant ainsi une stimulation sensorielle additionnelle.
     
    Au-dessus des écosystèmes, un étage supplémentaire est ajouté par les architectes. Des passerelles présentes dans la Forêt tropicale humide et dans le Golfe du Saint-Laurent permettent aux visiteurs de se déplacer à travers le feuillage des arbres majestueux. Ces deux escaliers mènent à une nouvelle mezzanine, offrant des vues aériennes inédites sur les différents écosystèmes et sur le noyau central, se distinguant par son blanc pur et ses courbes
    impressionnantes. La mezzanine sert également de niveau technique, présentant des expositions éducatives interactives qui donnent un aperçu des mécanismes complexes nécessaires à la préservation des délicats écosystèmes du musée.


    Un processus d’apprentissage
    Avant de concevoir un nouveau bassin pour les manchots de l’établissement, l’équipe de KANVA passe plusieurs semaines en compagnie de biologistes et de vétérinaires afin de mieux comprendre les habitudes de nage de l’espèce. Un travail de recherche similaire a été effectué afin de donner une impression d’authenticité à la hutte de castor, plateforme d’observation de l’animal dans son habitat naturel. En étudiant les prouesses architecturales de l’animal, l’idée est née de laisser les castors sculpter eux-mêmes le bois, qui a ensuite été séché et utilisé pour tapisser l’intérieur de la hutte.
     
    « Avant même de pouvoir commencer à concevoir dans un environnement habité par une multitude d’espèces vivantes, l’éducation et une notion d’humilité sont nécessaires », explique M. Bebawi. « Les hypothèses de base sur nous-mêmes vont de soi lorsque nous concevons pour d’autres êtres humains, mais concevoir pour une loutre ou un paresseux exige que nous nous rééduquions. »
     
    Cette expérience a enrichi le parcours de KANVA en tant que firme d’architecture. Ce processus éducatif a fait progresser leur exploration des procédés par lesquels les bâtiments peuvent devenir plus perméables et permettre une cohabitation harmonieuse entre humains et nature, plutôt que de composer des barrières contre les forces extérieures.
     
    « Nous devons reconnecter les gens avec l’environnement, et le Biodôme le fait d’une manière rafraîchissante à laquelle nous sommes fiers d’avoir contribué », ajoute M. Bebawi. « Ce projet nous a apporté six années de connaissances inestimables, nous préparant à des approches nouvelles et innovantes pour de futurs projets où l’architecture devient un outil pour
    promouvoir et faciliter le changement environnemental. »


    INFOS : www.kanva.ca

    Biodôme


    PHOTOS : MARC CRAMER

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