Mercredi, 19 janvier 2022
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    La fin d’un cycle pour Éric Mathieu

    Après avoir publié son premier roman Les suicidés d’Eau-Claire, finaliste au Prix littéraire Trillium en 2017, et le roman Le Goupil, le professeur de linguistique à l’Université d’Ottawa Éric Mathieu conclut un cycle en offrant aux lecteurs Dans la solitude du Terminal 3 (La Mèche). Il s’agit d’un roman noir et onirique dont le jeune personnage, Nathan, développe une obsession pour un homme qu’il a aperçu après avoir été témoin d’un accident et qui, lentement mais surement, se laisse aspirer dans un vortex fait de drogues et de soirées débridées. Fugues a discuté avec l’écrivain.


    Qu’est-ce qui est apparu en premier dans ton esprit : le personnage principal, la prémisse ou un autre élément?
    Quand les gens lisent mes livres, ils retiennent souvent le côté surréaliste et proche des rêves, alors que mes histoires sont souvent basées sur des trucs réels et très personnels. Comme je ne suis pas vraiment bon pour écrire de l’autofiction en parlant directement de moi, je cherche des moyens indirects pour parler de choses qui me sont arrivées. Peu avant mes 19 ans, j’ai quitté la maison familiale en France pour habiter à Londres. J’avais abandonné mes études. Je me cherchais beaucoup, tant dans mon identité que dans ma sexualité.

    Dans la solitude du terminal / Éric Mathieu


    Londres m’a ouvert l’esprit. Je sortais beaucoup. Je ne faisais que ça durant cinq ans. C’est le point de départ du roman. J’ai essayé de me mettre dans la peau de Nathan qui multiplie les sorties et les expériences un peu sordides.


    Pourquoi l’onirisme te fait vibrer en tant qu’écrivain?
    Dans la vie de tous les jours, notre imagination est importante. On rêve beaucoup. On est beaucoup dans notre tête. On réfléchit énormément. On essaie parfois de répéter nos conversations avec nos amis. Bref, on est souvent tourné vers l’intérieur. Moi-même, je rêvasse énormément. Et mes personnages sont à la frontière entre la réalité et le rêve. À cause de leur consommation d’alcool et de drogues, ils vont basculer de l’autre côté, ce qui n’est pas forcément une bonne chose.


    Malgré un tempérament obsessif dans plusieurs sphères de sa vie, Nathan semble assez normal comme individu avant d’être plongé dans cette descente aux enfers. Pourquoi y persiste-t-il?
    Il est très influencé par sa relation toxique avec Antoine Dulys, un écrivain plus âgé. C’est assez semblable à une expérience que j’ai vécue à 22 ans avec quelqu’un de dix ans de plus que moi. Je voulais parler d’une relation toxique et un peu violente, ce dont on parle peu chez les gais. Fort heureusement, Nathan essaie de s’en éloigner et de revenir vers lui dans une sorte de va-et-vient. À cause de ses antécédents familiaux, il va facilement vers ce genre de situations. Moi-même, après cinq ans de sorties à Londres, je me suis réveillé. J’ai senti que je devais faire quelque chose de ma vie et reprendre mes études.


    L’histoire est campée dans les années 1980, mais on ne sent pas de non-acceptation
    sociale dans le roman. Pourquoi?

    Quand j’étais plus jeune, l’homosexualité n’était pas acceptée et j’ai beaucoup souffert de harcèlement à l’école. Par la suite, Londres m’a ouvert sur l’univers des discothèques, un milieu où le monde extérieur était moins important. On se sentait un peu invincibles et protégés par cette communauté.


    Tu joues avec la mémoire, la temporalité et les lieux. Dirais-tu que tu aimes berner tes lecteurs?
    Oui, pas mal. Les lieux sont importants dans mes romans. Ils sont presque un personnage à part entière. En ce qui concerne la temporalité, on se rend compte en lisant que le présent, le passé et l’avenir sont un peu mélangés. En fait, j’aime beaucoup travailler la structure du roman, faire avancer la lecture assez rapidement et travailler sur l’anticipation. Un peu comme dans les films de David Lynch ou de David Cronenberg. Ça illustre bien l’état psychologique de Nathan : il n’est pas bien dans sa tête.

    Lisez aussi l’article de Benoit Migneault sur le livre du Fugues de Novembre 2021

    INFOS| DANS LA SOLITUDE DU TERMINAL 3 d’Éric Mathieu, La Mèche, 2021

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