Marqué dès l’enfance par les violences d’un père qui l’ont laissé défiguré, un narrateur sans nom décide de réaliser un film inspiré de sa propre histoire. À travers ce projet, il se trouve cependant confronté aux réminiscences d’un passé traumatique.
Il erre bientôt à travers les corps d’autres hommes avec lesquels il tente de se redéfinir à l’extérieur de ce trauma originel. Encagoulé, c’est à travers des pratiques BDSM qu’il renoue avec des dynamiques de pouvoir, de domination et de vulnérabilité. Ce processus l’amène paradoxalement à une forme d’intimité qui lui permet d’aller au-delà de la mémoire du passé.
Loin d’une représentation édulcorée du BDSM, le roman aborde de manière très frontale une violence, symbolique et réelle, où le plaisir se mêle à la douleur. Le récit présente une relecture inhabituelle du mythe d’Œdipe : il ne s’agit plus tant de supprimer la figure paternelle que de tenter de la reconquérir par des scénarios de domination visant à transformer la violence subie en acte de jouissance.
Le roman alterne entre les temporalités où l’empreinte d’hier se manifeste dans le présent et où certains acteurs clés du passé s’immiscent. Jusqu’au surnom de son partenaire BDSM — Valentin —, un nom chargé d’une symbolique amoureuse, qui souligne avec une touche d’ironie la tension au cœur du récit : d’un côté, un désir qui se construit dans l’épreuve et la blessure; de l’autre, un cœur en quête d’élan et d’apaisement.
« Le sous-sol absorbait mes gémissements étouffés, désespérés. Je peinais à tenir debout. J’ignorais ce qui allait suivre. Puis Valentin m’avait décroché et je m’étais effondré sur le plancher. Il s’était approché et m’avait pris dans ses bras. Une tendresse inouïe. »
Le roman de Maxime Mongeon ne verse pas dans la dentelle. La narration, parfois abrupte et crue, demeure cependant toujours fascinante : à l’image du corps meurtri de son narrateur, elle nourrit un rapport ambivalent à la souffrance, à la fois redoutée et recherchée.
INFOS | On ne peut pas mentir à sa propre chair / Maxime Mongeon. Montréal : Éditions Ventricule gauche, 2026. 152 p.

