Samedi, 25 juin 2022
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    Dominick Juneau, pourquoi j’ai abandonné la porno ?

    Dans une autre vie, Dominick Juneau portait le « nom d’artiste » de Brandon Jones, acteur porno. Il a débuté dans l’industrie à 25 ans, un âge où l’on découvre le monde et toutes ses possibilités. De 2010 à 2018, année où il a quitté la porno, Brandon Jones/Dominick Juneau a tourné au-delà de 300 scènes au Canada et à l’étranger. Pour Fugues, il revient sur les raisons pour lesquelles il a quitté la porno.


    Tour à tour agent de bord, serveur, modèle, barman et maintenant décorateur d’intérieur, il mène dorénavant une vie plus rangée aux côtés de son fiancé, Pascal Lefebvre, propriétaire du bar Le Normandie et organisateur des Partys District.

    On a pu le voir, l’automne dernier, dans un épisode de la série de docu-réalité Boy Boy Montréal sur OUTtv, où l’on suit les acteurs Skyy Knox, Teddy Torres, River Wilson ou encore Edward Terrant. « Réalisée par Isabelle Hamond et Raphaël Massicotte, cette série braque les projecteurs sur les coulisses de la porno gaie à Montréal », indique Dominick Juneau dont les yeux d’un bleu vert profond attirent immédiatement l’attention. 

    Le visionnement de la série a suscité chez lui un déclic. « C’est en visionnant Boy Boy Montréal que certains souvenirs de ma carrière me sont revenus », explique Dominick. « De bons souvenirs évidemment, mais aussi des mauvais car, oui, dans la vie d’un acteur porno il y a les voyages, le glamour, le sexe, l’adulation des fans, mais il y a aussi la consommation [ndlr : d’alcool et de drogues] et un côté sombre dont on parle rarement, celui des viols et du sexe non consenti… », précise celui qui a fait la couverture de Fugues à deux reprises déjà (en octobre 2010 et en janvier 2013). 

    Brandon Jones a tourné des scènes pour certains des plus grands studios de l’industrie dont Falcon, Lucas Entertainment, COLT ou encore Cocky Boys. « J’ai été producteur pendant deux ans, j’ai aidé à amener les studios Cocky Boys et Lucas à Montréal pour y introduire des vedettes québécoises », dit l’ex-acteur. « La porno gaie était en effervescence à ce moment-là à Montréal. J’étais content que moi, un petit québécois, arrive dans le top de la porno ainsi. C’était incroyable et cela arrivait à un moment où je découvrais mon corps, ma sexualité, etc. »

    Mais un peu comme dans Star Wars, il y a le côté obscur et sombre de la porno gaie. « Je rêvais de travailler avec les trois photographes les plus prisés de l’industrie. Je vais donc à New York et je prends des rendez-vous », ajoute Dominick Juneau. « Et ça s’est très bien déroulé avec deux d’entre eux. Mais lorsque j’arrive chez le troisième — dont je ne dirai pas le nom — à peine le photo shoot venait de commencer qu’il me saute dessus, et me viole carrément. Je suis resté paralysé et je ne savais pas trop quoi faire. Je me suis rendu chez un ami et je lui ai tout raconté. J’étais traumatisé, mais il m’a dit qu’il fallait plutôt que je pense à ma carrière, à toute la visibilité que le photographe allait me procurer. À ce moment-là, le mouvement #MeToo n’existait pas encore et on subissait ça en silence ! »

    Et malheureusement, cet incident n’est pas le seul qu’a vécu Dominique. L’acteur et son ancien amant se rendent au HustlaBall de Las Vegas, le fameux événement où se rencontrent fans, gens de l’industrie, danseurs/escortes, acteurs pornos, etc., pour un week-end de partys et de performances en live.

    Il est prévu que Dominick et son ex-petit ami — également acteur porno — doivent
    performer une scène devant public.

    « Normalement, il y a des cordons et des barrières pour nous séparer du public, mais cette fois-ci il n’y a rien, pas de condoms ni de lubrifiant non plus », rajoute-t-il. « On commence la scène et, à un certain moment, une vingtaine de gars entrent dans la salle, s’approchent et nous sautent dessus littéralement et nous violent. On a réussi à s’en sortir de peine et de misère. Cela a mis à mal notre couple aussi. »

    À la suite de cet incident, « nous en avons parlé aux organisateurs. Mais, au lieu de nous soutenir, ils ont minimisé la situation et trouvaient que c’était plutôt normal que cela se passe ainsi dans l’industrie porno. […] Inconsciemment, j’avais tout mis cela dans une boite et j’avais oublié. […] Mais maintenant, cela ressort… »

    Malgré le fait qu’il a été agent de bord durant un bon bout de sa carrière porno et qu’il a été barman et serveur dans de chics restaurants de Montréal, les remarques désobligeantes quand certains le reconnaissaient, les réprimandes, la discrimination n’étaient jamais loin. « Je devais travailler deux fois plus fort que les autres pour prouver que j’avais du talent et des qualités. À un moment donné, il fallait que ça cesse », estime-t-il. 

    Dominick Juneau est plus qu’heureux d’être sorti de la porno. Et, il y a quelques années, il rencontre l’amour de sa vie, Pascal Lefebvre.

    « Pascal m’appuie, me comprend, sait d’où je viens. Il n’est pas jaloux. Je crois qu’on s’est trouvé tous les deux au bon moment de nos vies. On évolue ensemble et ma vie est beaucoup plus stable. Pendant la pandémie, j’ai suivi des études en design d’intérieur. J’ai donc aidé Pascal à redécorer le Normandie. Je lui donne aussi un coup de main pour les partys District. Je suis plus heureux que je ne l’ai jamais été dans ma vie », de conclure Dominick Juneau.

    INFOS | instagram : @dominickjuneau

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