Samedi, 25 juin 2022
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    Télévision queer

    Les communautés LGBTQ cherchent avidement, et depuis toujours, à se reconnaître au petit écran. Pourtant, entre invisibilisation complète, clichés agaçants ou malsains et emploi à outrance de techniques accroche-queer (queerbating), le moins qu’on puisse dire est que les relations ont souvent été quelque peu houleuses avec ce médium. Heureusement, de plus en plus de productions s’écartent de ces pièges scénaristiques. Mais justement, quelle est la nature de cette relation?


    C’est pour tenter de répondre à cette question que Joëlle Rouleau a réuni les contributions de neuf spécialistes afin de porter un regard incisif sur diverses facettes d’un médium qui, qu’on le veuille ou non, s’inscrit activement au cœur de nos vies. Dès le départ, dans le cadre d’une introduction qui campe bien les balises de l’ouvrage, elle pose le paradoxe d’une télévision dite queer. En effet, le concept même de l’objet télévisuel est de proposer un produit qui se complait dans des codes assimilables par le plus grand nombre. Bref, c’est généralement le royaume du cliché et du stéréotype où on réduit à quelques personas la diversité de l’expérience humaine.


    De son côté, les communautés LGBTQ se distinguent par une volonté de représenter la diversité de ses composantes. On peut donc aisément concevoir le mariage difficile entre un médium qui cherche à tout ramener à quelques petites boîtes très précises et des communautés qui cherchent au contraire à en représenter adéquatement la multiplicité. Évidemment, ma comparaison est ici très polarisée puisque rien n’est jamais aussi tranché, dans un sens comme dans l’autre. D’où l’intérêt, justement, d’analyser différentes productions pour évaluer comment s’est fait cette rencontre entre deux absolus.


    Florian Grandena analyse la temporalité queer dans American Horror Story; Olivier Tremblay se penche sur trois perspectives queer différentes dans 13 Reasons Why; Julie Ravary-Pilon porte, quant à elle, son regard sur la figure lesbienne comme dispositif comique hétérosexiste dans The Ellen DeGeneres Show. Les fans des téléséries espagnoles seront sans doute intéressés par l’évolution de l’imaginaire et de la représentation dans Las chicas del cable et La otra mirada, par Antonio Lérida Muñoz et Christoph Vatter; Stéfany Boisvert, de son côté, s’interroge sur Radio-Canada et CBC : une télévision publique peut-elle être queer?


    Dans la même veine, Tara Chanady se penche sur les notions de représentation lesbiennes, bisexuelles et queer dans la télévision québécoise alors que Charlotte Kaiser s’intéresse à la visibilité lesbienne dans deux séries : Féminn/Féminin et Mixed Messages. Finalement, Arnaud Windendaële analyse la présence de la télévision dans l’œuvre du cinéaste Gregg Araki alors qu’Alexis Poirier-Saumure se penche sur Brujos, une série mettant en scène quatre étudiants qui affrontent colonialisme, sociétés secrètes et vision hétérocentrique de la société. Quiconque souhaite porter un regard inquisiteur et intérieur sur l’objet télévisuel se régalera sans aucun doute de la diversité des points de vue présentés.

    INFOS | Télévision queer / sous la direction de Joëlle Rouleau. Montréal : Édition du remue-ménage, 2022. 172p.

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