Samedi, 25 juin 2022
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    Choco-Boys : cowboy envers et contre tous !

    Lucky Luke est un personnage emblématique de la bande dessinée franco-belge, né de la plume du dessinateur Morris. Depuis 1947, soit déjà 75 ans, il a fait le bonheur de plusieurs générations de jeunes Européen.ne.s et Canadien.ne.s-français.e.s avides de récits se déroulant au Far West. L’humour s’y veut relativement naïf et, en conséquence, un mariage avec l’irrévérence du bédéiste Ralf König semblait plutôt relever du délire.


    König est en effet surtout connu pour son humour décapant et pour la mise en évidence de la sexualité de ses personnages. Il n’y a qu’à penser à certains de ses titres les plus connus pour constater le gouffre vertigineux qui le sépare de l’univers de « l’Homme qui titre plus vite que son ombre » : La capote qui tue, Conrad et Paul : couilles de taureau, Porn story, Les onze mille vierges, Suck my duck, etc.


    Il ne s’agit cependant pas de la première incursion d’un autre bédéiste dans la mythologie luckylukienne. Dès 2016, pour les 70 ans du personnage, un premier album hommage, L’Homme qui tua Lucky Luke, est réalisé par Matthieu Bonhomme et reçoit un excellent accueil. Le Choco-Boys de Ralf König constitue ainsi le cinquième opus de cette série Hommage où un autre regard est porté sur le cow-boy solitaire.Bien évidemment, le personnage a évolué au fil du temps puisque certains éléments des premières années ont très mal vieilli. La cigarette fut remplacée par un brin d’herbe, en 1983, et on a également gommé une série de stéréotypes extrêmement malaisants envers les Mexicains, les Asiatiques ou les Premières Nations.


    Il n’en demeure pas moins cependant que l’univers présenté aux lecteurs demeure résolument hétérocentrique. C’est donc dans l’intention bien avouée de corriger cette situation que le bédéiste allemand s’est attelé à la tâche. Il ne s’agit toutefois pas de réinventer la sexualité du héros éponyme, mais bien plutôt d’explorer de nouvelles représentations chez d’autres personnages.Au début du récit, Lucky Luke fait la connaissance de Bud et Terry : des cow-boys gais ostracisés par la population du village de Straight Gulch (que l’on pourrait traduire par « ravin droit », « goulet d’étranglement » ou « ravin hétéro »). Bref, l’atmosphère locale est bien plantée !


    Nul travail n’est offert à ces derniers en raison de leurs inclinaisons amoureuses et Lucky Luke se fait donc un malin plaisir d’aller à l’encontre de l’intolérance locale en leur offrant de l’accompagner dans une mission : protéger des vaches helvétiques dont le lait est indispensable à la fabrication du chocolat suisse en Amérique. Le récit présente également certains personnages queers chez les Premières Nations, ainsi qu’une Calamity Jane qui clame haut et fort son amour des femmes, mais la trame fondamentale demeure avant tout articulée autour de ces deux hommes qui doivent apprivoiser leurs sentiments et faire face à l’intolérance. Assez ingénieusement, Lucky Luke y affirme même très clairement sa vision progressiste de la masculinité, à l’encontre de la « gay panic » des autres hommes, en se baignant nu avec Bud.


    Le tout n’est pas sans évoquer des parfums de Brokeback Mountains et Ralf König ne se prive d’ailleurs pas de truffer le récit de références au film, ainsi qu’à différents autres incontournables de la culture populaire. Toujours irrévérencieux dans son humour, bien qu’ici un peu plus sage dans le contexte d’un hommage, l’album se révèle un grand plaisir. Il se conclut par ailleurs avec la reproduction d’une photo du 19e siècle illustrant deux cow-boys afro-américains qui semblent partager bien plus qu’un amour du bétail.


    INFOS | Choco-Boys / Ralf König. France : Lucky Comics, 2021. 64 p.

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