Jeudi, 11 août 2022
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    L’icône la plus forte de la Fierté est évolutive

    Les origines du drapeau arc-en-ciel de la Fierté remontent à la fin des années 1970. Gilbert Baker, qui a servi dans l’armée, s’installe à San Francisco après sa libération honorable et se lie d’amitié avec Harvey Milk, le célèbre élu municipal de la ville de San Francisco. Ce dernier lance l’idée d’un symbole pour incarner la lutte pour les droits de ce qui était alors plus communément appelé la communauté gaie.


    À ce moment-là, Baker travaillait pour la Paramount Flag Compagny de San Francisco et fabriquait artisanalement des drapeaux sur mesure et suggère que ce symbole soit un drapeau. « Harvey était très encourageant, mais il comprenait plus ou moins cette idée d’un drapeau. Il revenait toujours avec son idée d’un logo », se remémorait Gilbert Baker en entrevue avec Fugues, en 2013. « Les années 70 c’était l’époque, il faut se le rappeler, d’une révolution graphique. C’est sans doute une déformation professionnelle de ma part, mais je crois que l’impact des drapeaux va bien au-delà de celui des logos. Les drapeaux représentent le pouvoir. Ils sont nécessaires. Et notre communauté avait besoin d’un drapeau, d’un symbole d’une fierté collective. Être visible est une façon de prendre le pouvoir. »

    Aucun copyright n’est appliqué sur le drapeau arc-en-ciel puisque, comme tout drapeau, il appartient au domaine public. Et Gilbert d’ajouter : « C’est aussi pourquoi le drapeau est si puissant, parce qu’il appartient à tout le monde ! Au départ, j’ai joué avec le concept du triangle rose qui était mis sur nous [homosexuel.le.s] par les nazis, dans les camps de concentration. Mais rapidement, j’ai mis cette idée de côté — trop déprimante —, pour aller vers quelque chose de plus joyeux et j’ai pensé à l’arc-en-ciel ».

    À l’aide de deux amis (Lynn Segerblom et James McNamara, qui ont respectivement équilibré le processus de teinture et cousu le drapeau), Baker a développé une version arc-en-ciel qui avait huit couleurs, pour représenter différents aspects spirituels et émotionnels de la psyché, avec une bande rose vif et une bande turquoise toutes deux disparues de la version standard du drapeau pour des raisons techniques (le rose était difficile à reproduire de manière stable). Pour Baker, le rose vif, avant son retrait, représentait le sexe ; le rouge signifiait la vie ; l’orange signifiait la guérison ; le jaune signifiait la lumière du soleil ; le vert signifiait la nature ; le turquoise signifiait la magie et l’art ; l’indigo (le turquoise et l’indigo ont été par la suite remplacés par le bleu royal) signifiait la sérénité ; et le violet représentait l’esprit.

    Bien qu’il ait souvent été appelé le « drapeau de la fierté gaie » à ses débuts, le drapeau arc-en-ciel a très rapidement été adopté par une communauté beaucoup plus large que les hommes gais et il a assez rapidement été perçu comme inclusif par les lesbiennes, les personnes bisexuelles et les personnes trans ou poly, asexuées ou queers. D’ailleurs, au fil des ans, les termes « gai » ou « gay », souvent utilisés comme termes parapluie ou fourre-tout pour tout ce qui n’est pas conforme au genre, disparaissent peu à peu pour laisser place à l’expression « gais et lesbiennes », puis à l’acronyme LGBT, qui devient successivement LGBTQ ou LGBTQ+… et même plus selon les régions du globe où l’on ajoute parfois un « i » pour intersexe ou un « 2 S » — au début ou à la fin — pour inclure le concept de bispiritualité chez les Premières Nations et un « A » pour les allié.e.s.

    Encore aujourd’hui, bien que la version standard soit la plus globalement acceptée, le drapeau aux rayures arc-en-ciel reste un symbole évolutif. À ses côtés, la version originale arc-en-ciel à huit couleurs, créée en 1978, connait un certain retour en force, surtout lors de grands rassemblements. Et, de plus en plus, on voit une version conçue par Daniel Quasar, qui ajoute un chevron triangulaire sur un côté, avec des couleurs honorant la communauté trans, ainsi que les personnes de couleur. Cette version est communément appelée le « drapeau progressif de la Fierté » ou le « drapeau de la Fierté inclusive ». Vous pouvez également voir une version modifiée de ce concept d’inclusivité, lancée à Philadelphie et Chicago, qui met des rayures noire et brune au sommet avant le rouge, mais sans les couleurs trans, soit le bleu poudre, le blanc et le rose. Et une autre, qui met les 11 rayures de couleurs, en incluant au bas les couleurs du drapeau trans.

    Les autres drapeaux de Fiertés communautaires

    Cela dit, des groupes au sein de la communauté queer ont ressenti le besoin d’affirmer spécifiquement leur présence également. Les groupes lesbiens, bisexuels, transgenres et même les adeptes de cuir ou de latex ont créé des symboles sous forme de drapeaux, pour leurs communautés respectives et avec le temps, ils sont devenus plus répandus.

    Il existe facilement plusieurs dizaines de drapeaux de Fierté, chacun légèrement différent, parce que les drapeaux représentent diverses communautés homosexuelles. Ils sont dynamiques et flexibles, et de nouvelles versions peuvent apparaitre lorsque les anciennes tombent en
    désuétude.

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    Le drapeau de la Fierté bisexuelle est utilisé depuis de nombreuses années. Il a un bloc rose en haut, une bande violette plus mince, puis un bloc bleu en bas. Tel que conçu, le rose représente une attraction pour le même sexe, le bleu représente une attraction pour un autre sexe et la fine bande violette représente l’étendue du spectre des sexes.

    Le drapeau de la communauté transgenre créé par Monica Helms se compose de cinq bandes horizontales : deux en bleu clair, deux en rose et une en blanc au centre.

    Le drapeau de la Fierté pansexuelle est composé de trois rayures : rose (représentant l’attraction pour les femmes), jaune (attraction pour les personnes non binaires) et bleue (attraction pour les personnes masculines).

    Le drapeau de la Fierté polyamoureuse, moins largement adopté, présente une bande bleue (ouverture de représentation), une bande rouge (passion) et une bande noire (solidarité) avec un symbole pi de couleur doré (attachement émotionnel) au milieu. Une variation du drapeau poly transforme la bande noire en triangle et remplace le symbole pi par une bande jaune.

    Le drapeau de la Fierté asexuelle, créé en 2010, est constitué de quatre bandes : une en noir pour représenter l’asexualité, une en gris pour la demisexualité, une autre en blanc pour les allié.e.s et une en violet pour la communauté.

    Les autres variantes de drapeaux de Fierté comprennent ceux de la Fluidité du genre, des communautés Cuir, Puppy ou Bear/Ours, de la Fierté polysexuelle, des Fiertés agenrée et aromantique et il existe même un drapeau de la Fierté alliée, qu’on voit assez rarement en dehors des marches de la Fierté et qui compte un grand triangle arc-en-ciel au milieu de rayures noire et blanche.

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    Fierté et entreprise

    Publicités ciblées, produits dérivés et logos d’entreprises aux couleurs de l’arc-en-ciel. Parfois critiquée, la « commercialisation » entourant les revendications de la communauté LGBTQ+ a néanmoins également contribué à faire avancer la cause.

    Ce phénomène dure déjà depuis plusieurs années, mais il semble s’être amplifié récemment. Dès les années 1990, les entreprises privées ont commencé à s’allier au milieu LGBTQ+. Au même moment naissait le concept de pinkwashing, qui dénonçait la commercialisation de la campagne contre le cancer du sein. L’étiquette colle maintenant à certaines entreprises accusées de se rapprocher de la communauté LGBTQ+ pour en tirer profit, monétairement ou socialement.

    Il n’en demeure pas moins que cette association de longue date entre entreprises et communautaire a bénéficié aux deux parties. Cela dit, c’est à partir du moment où l’entreprise n’est pas authentique dans sa démarche que l’on peut commencer à parler de washing et ceci peut, bien évidemment, nuire aux marques qui en abusent. Si une compagnie joue la carte de l’inclusivité pour de mauvaises raisons, à long terme, elle risque d’en payer le prix, parce qu’on vit dans un monde de plus en plus transparent.

    Cela étant, il ne faut pas diaboliser les intentions des entreprises privées, même si leur modèle d’affaires demeure basé sur le capitalisme, car il y a somme toute peu d’entreprises qui ont une approche mensongère à l’égard de leur engagement auprès de la communauté LGBT. Si on s’attarde aux impacts sociaux de manière globale, notamment en matière d’acceptabilité et de normalisation, si on regarde également l’apport économique direct de ce genre d’initiative, on se trouve devant un portrait assez positif.

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