Jeudi, 29 septembre 2022
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    Pour les asexuel.le.s, il y a d’autres manières de dire “je t’aime” que d’enlever ses vêtements

    Le sexe est omniprésent, des publicités aux films, jusque dans nos conversations entre ami.e.s. Pourtant, certain.e.s n’y voient… aucun intérêt.

    «Ce que je trouve étrange, c’est qu’on arrive à concevoir le sexe sans amour, mais pas l’amour sans sexe». Beau garçon, Francis assis devant moi sourit. «Pourtant, c’est tout à fait possible.»  Ça te surprend?  

    Le nombre de personnes qui, comme lui, ne ressentent pas d’attirance sexuelle est plus important qu’on pourrait le croire. Selon une étude britannique publiée en 2004, 1 % de la population serait asexuelle. Depuis, d’autres écrits montrent que ces chiffres oscilleraient jusqu’à 3 ou 4 %. Pourtant, le tabou, lui, est loin d’être brisé… Ne pas baiser, dans notre société hyper-sexualisée, c’est compliqué et surtout incompris.

    À 29 ans, Francis en parle sereinement. «Personnellement, je préfère manger des gâteaux. C’est une blague dans la communauté asexuelle, mais en ce qui me concerne, c’est vraiment vrai!» Le jeune homme est polyamoureux et queer. Il entretient plusieurs relations, sans sexualité avec des hommes et des femmes. Il s’est aperçu de son désintérêt pour cette affaire il y a déjà un bout de temps. Ses premières relations à l’université lui confirment qu’il n’a pas envie d’être «déshabillé» devant une autre personne, comme il dit. «Aujourd’hui l’étiquette asexuelle me permet de mettre des limites. Je ne comprends pas les codes érotiques, tout simplement.» 

    Pour exprimer son désir aux personnes qu’il aime, il cuisine par exemple des bons plats. «Il y a d’autres manières de dire “je t’aime” que d’enlever ses vêtements.» Si dans sa tête c’est clair, ce n’est pas pour ça que, dans son entourage, les questions s’arrêtent.

    Encore ado, Francis se voit vivement conseiller d’aller rendre visite à un.e sexologue. «L’asexualité c’est un sujet peu abor­dable car en règle générale, on pense que ce qui dévie de la sexualité est automatiquement lié à un traumatisme. Très souvent, on se retrouve avec des psys qui nous disent “mais tu verras, ça va se débloquer”. Je ne suis pas cru quand je dis que j’en ai rien à faire de baiser ou non.»

    Même sentiment de lassitude chez Karol, 66 ans. Ce dernier, qui a longtemps évolué dans le milieu gai, a arrêté d’avoir des relations sexuelles il y a une quinzaine d’années. «On dirait que pour les gens, l’asexualité c’est devenu pire que l’homosexualité: ça les effraie, ça les dépasse complètement. Je ne comprends pas les raisons.»

    Dans les films et la société en général, on a l’impression que pour être heureux en couple, il faut qu’il y ait une sexualité. C’est d’ailleurs un critère de bonne santé selon l’Organisation mondiale de la santé. Mais beaucoup de témoignages de personnes asexuelles démontrent qu’il n’y a pas de traumatisme derrière. L’important, c’est de considérer si cette absence de sexualité est une souffrance ou non: si la personne est heureuse comme ça, il n’y a pas lieu de faire quelque chose. 

    C’est surtout compliqué, pour les personnes asexuelles, de vivre sereinement leur absence de libido dans une relation de couple. À 45 ans, ­Charles estime d’ailleurs que ça lui a coûté sa relation avec son ex. «Notre séparation n’est sûrement pas due qu’à ça, mais en grosse partie.» Avec le désintérêt pour le sexe viennent souvent la culpabilité, les éternelles remises en question. 

    Le quarantenaire a pris conscience de son asexualité en même temps qu’il a découvert le terme, en arrêtant il y a 4 ans devant un kiosque lors de la journée communautaire de la Fierté. «Depuis toujours cela ne m’intéresse pas, mais avant ça, je pensais juste que je n’étais pas “normal”.» Même à son psychologue, à l’époque, il n’en avait pas parlé. Résultat, le sentiment de solitude peut être très dur à vivre. D’ailleurs, le taux de suicide chez les per­sonnes asexuelles serait à un niveau similaire à celui des personnes trans qui est très élevé”.

    Quand le sigle LGBT est allongé d’un «A», pour les personnes asexuelles, cela aide à rendre cette orientation visible. Aujourd’hui, Karol dit le vivre très bien. “Je vais à la marche de la fierté (quand elle a lieu…) avec mon petit drapeau asexuel (NDLR : noir-gris-blanc-violet). Même dans cette communauté les gens ne savent pas encore vraiment ce que c’est… Je suis un peu militant à ce niveau, pour faire comprendre aux gens qu’il ne faut pas avoir honte.» 

    Il est utile de se mettre une étiquette si cela permet de se rassurer et de se déculpabiliser, mais rien n’est figé. Il est normal tout au long de sa vie, de ressentir des variations de désirs sexuels. La sexualité, ce n’est pas soit on la pratique, soit on ne la pratique pas. Entre les deux il y a tout un tas de nuances.” C’est O.K. de se sentir asexuel.le une période de sa vie, et l’autre non. La sexualité est quelque chose de fluide, rappelons-nous-le.

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