Samedi, 26 novembre 2022
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    La fin de Mashrou’ Leila signe la fin d’une ère pour les LGBTQ+ arabes 

    Dimanche 11 septembre, le leader du groupe de musique Mashrou’ Leila, Hamed Sinno, a annoncé dans un podcast qu’ils ne collaboreraient plus «pour le moment.» Retour sur ce phénomène pop-rock, porteur de revendications politiques et voix de toute une génération LGBTQ+ dans le monde arabe.

    «Nous ne pensons pas retravailler ensemble pour le moment.« Ces mots prononcés par Hamed Sinno, chanteur du groupe libanais Mashrou’ Leila, au cours d’une interview pour le podcast Sarde After Dinner, publiée ce 11 septembre, ont fait l’effet d’une bombe auprès des fans de la formation qui avait franchi les frontières de la scène internationale à une vitesse grand V depuis sa création en 2008.

    On comprend, lors de cette entrevue avec Hamed Sinno, que les membres du groupe vivaient dans le stress constant et recevaient plusieurs centaines de menaces de mort par jour. Il devenait, en outre, très difficile pour eux de se produire en concert, et ce, pour divers motifs dans différents pays arabes.

    Sarde After Dinner

    Au fil des ans, le groupe a su bousculer les codes de la pop arabe et séduire un public jeune avec son franc-parler pendant plus de dix ans. Cinq albums et plusieurs dizaines de concerts à l’international plus tard, la bande d’amis est devenue l’emblème d’une génération.

    Les membres du groupe, Hamed Sinno (le chanteur et auteur des textes), Haig Papazian, Carl Gerges et Firas Abu-Fakhr (d’autres membres s’ajouteront à certains moments au groupe), se sont rencontrés alors qu’ils étaient étudiants au département de design et d’architecture de la prestigieuse université américaine de Beyrouth.


    Ces passionnés de musique ses sont réuni dans un atelier et ont créé les Mashrou’ Leila, ou «projet d’une nuit» en arabe. Un nom de groupe à l’image des attentes qu’ils avaient au début du «projet» : ils n’avaient aucune formation en musique, et n’imaginaient alors même pas avoir un public. Pour eux, la musique répond d’abord à un besoin d’exulter, d’exprimer une rage.

     «Dans le monde arabe, il n’y a pas cet héritage de musique que tu écoutes quand tu es adolescent et que tu es en colère, que tu as envie de tout briser», confiait Hamed Sino à Mouna Anajjar, dans le documentaire A Conversation With Mashrou’ Leila. “«On avait 20 ans et nous voulions simplement faire de la musique arabe qui nous procurait ce sentiment, qui nous ressemblait.»

    De ce besoin expressif, ils accouchent une musique aux sonorités électro-mélodiques — à mi-chemin entre une musique «underground» et la musique pop-arabe — assez pop d’une certaine façon, sans être commercial et mainstream

    Les membres de Mashrou’ Leila bousculent les codes aussi dans leur discours. Tout en popularisant la musique orientale en lui apportant un nouveau regard sur cette musique, ils s’engagent dans des causes et prennent des risques.

    Ils ont été parmi les premiers au Libam à initier la culture de band, de groupe de musique, alors que d‘habitude, c’est plutôt vers une carrière solo que les artistes aspirent.  Très vite, le groupe séduit au-delà des frontières et commence à se produire à l’étranger. En Tunisie, au Canada, en Suisse… là où vivent plusieurs expatriés. À l’automne 2014, ils sont en tournée en Europe et leur succès dépasse tous leurs espoirs. 

    Rapidement le chanteur Hamed Sinno aborde ouvertement son homosexualité, faisant de lui un symbole LGBTQ+ pour de nombreux fans. Mais l’engagement du groupe ne saurait réduire la cause queer, comme le rappelait le chanteur dans un reportage pour TV5MONDE. «Le groupe s’intéresse à toutes les questions de genre, mais pas seulement à l’homosexualité, aux droits des femmes également. Je ne sais pas pourquoi la question homosexuelle est toujours sensationnelle.»

    Le guitariste Firas Abou Fakher explique qu’ils ne cherchaient pas «à provoquer», dans son entretien avec Mouna Anajjar dans le documentaire A Conversation With Mashrou’ Leila. «En réalité on ne pensait même pas que lo question de l’homosexualité puisse être un problème».

    Mais les textes disséquant des questions sociales ne sont pas au goût de tous. En 2015 puis en 2016, le groupe est interdit en Jordanie. Et l’année suivante, l’impertinence du groupe a de nouvelles conséquences. 

    Un soir de septembre 2017, le groupe se produit au Caire dans le plus important concert jamais organisé dans la ville, avec 35 000 personnes présentes. Durant le spectacle, la militante LGBTQ+ Sarah Hegazi brandit le drapeau arc-en-ciel dans la foule. Une photo suffit au gouvernement pour la retrouver. Elle est arrêtée, torturée pendant plusieurs jours, puis contrainte à l’exil au Canada, où elle décidera finalement de mettre fin à ses jours deux ans plus tard. 

    Un souvenir particulièrement douloureux pour le groupe, qui nous avait envoyé une lettre ouverte que Fugues a publié en aout 2020, suite au suicide de Sarah Hegazi.

    Les annulations officielles s’enchaînent jusqu’à celle du concert chez eux, au Liban, en août 2019. Les autorités estiment que des chansons de Mashrou’ Leila portent atteinte aux chrétiens. En guise de réponse, plus de 1 500 personnes se réunissent alors dans la capitale libanaise pour participer à un concert de substitution, baptisé «La musique est toujours plus forte» (“Music is Always Louder”)

    On a vu pour la dernière fois à Montréal ce groupe, en octobre 2019, lors d’un concert dans la cadre de leur dernière tournée nord-américaine.

    À Montréal en 2012

    À Montréal en 2013

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