Samedi, 4 février 2023
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    Le journaliste Luc Boulanger fait ses premiers pas en littérature

    « Il y a deux personnes en nous : celle qui tue, celle qui aime. J’ai apprivoisé les deux en même temps, en découvrant mon homosexualité avec l’arrivée du sida. » C’est avec ces propos touchants et percutants que le journaliste Luc Boulanger révèle sa plume littéraire, lui qui raconte ses premières expériences au sein du milieu homosexuel dans une forme épisodique qu’on peut lire sur la plateforme numérique Pavillon.

    Quel a été ton parcours professionnel ?
    Luc Boulanger : J’ai commencé au journal Voir en 1989 en tant que pigiste dans la section théâtre, avant de devenir chef de pupitre jusqu’en 2002. Par la suite, j’ai écrit pour plusieurs magazines à la pige (NDLR : dont pour le journal Village, que l’équipe de Fugues a produit pendant deux ans) et j’ai été rédacteur en chef du magazine Via Destinations durant quelques années. J’ai écrit deux ans au Devoir et je travaille à La Presse depuis plus d’une décennie. Comme je n’ai jamais arrêté depuis mes débuts, j’ai décidé de m’offrir une sabbatique pour retourner à l’université et toucher à la création littéraire. Après 30 ans à parler des projets des autres, j’avais besoin d’un projet à moi. En écrivant L’heure de la sortie, je veux raconter les histoires de notre communauté et parler de nos pionniers.

    À quel point est-ce vertigineux pour toi, un journaliste de 33 ans d’expérience, d’exprimer ce que tu as dans le cœur ?
    Luc Boulanger : Il y avait une peur. Quand j’écrivais certains textes, j’étais en larmes. Ça allait chercher des émotions très intenses. Je me suis demandé pourquoi je me mettais dans cet état-là. En même temps, ça fait du bien. Il y a sûrement quelque chose qui avait besoin de sortir. Comme si je m’étais refusé de faire ça durant des années. Dans ma tête, j’étais un journaliste et ce que j’avais à l’intérieur de moi, ça ne comptait pas, ce n’était pas important, je n’avais pas d’univers.

    Qu’est-ce qui t’a motivé à écrire sur tes premières expériences dans le milieu gai, l’hécatombe du sida, le church BBQ, tes premiers pas dans le militantisme et ton coming out forcé par la police auprès de tes parents ?
    Luc Boulanger : Pour essayer autre chose que le reportage que j’ai toujours fait. Je voulais explorer un côté plus intimiste et créatif, en partant de moi. Ça me permettait de sortir de ma zone de confort.

    As-tu déjà caché ton homosexualité au travail ?
    Luc Boulanger : Jamais. J’ai été vraiment chanceux. J’évoluais dans un milieu relativement ouvert. Cela dit, j’ai connu des journalistes gais qui n’en parlaient jamais à leur travail. C’est aussi une question de personnalité. Disons que je ne longe pas les murs quand j’entre dans une pièce. Il faut aussi préciser que c’était plus simple d’évoluer au Voir, un nouveau journal, avec des jeunes, en tant que journaliste culturel. C’était moins risqué. D’ailleurs, à mes débuts, Richard Martineau m’a beaucoup aidé. Il avait suggéré de faire une section spéciale pour la Fierté et j’étais le rédacteur en chef de cette section.

    Dans un de tes textes publiés sur Pavillon, tu écris que « le militantisme actuel divise et se victimise pour mieux régner ». Dans un autre texte, tu mentionnes : « À mon avis, plus on allonge l’acronyme, plus on s’enfonce dans une idéologie sectaire au nom de la reconnaissance des minorités, d’une inclusion qui rime avec division. Selon moi, chaque nouvelle lettre et symbole nous éloigne les uns des autres, et nous enferme dans des cases ». Que réponds-tu aux personnes qui, en lisant ça, vont trouver que tu fais partie des personnes de la frange dominante du mouvement arc-en-ciel, soit les hommes gais, et que tu ne veux pas reconnaitre le besoin des autres personnes de se nommer ?
    Luc Boulanger : Je crois qu’il y a une perte de repère chez les « vieux gais » comme moi face au culte des identités. Je ne comprends pas ce désir de toujours se définir par le plus petit dénominateur commun. Est-ce mon privilège de faire partie d’un groupe puissant ? Mon insensibilité face à certaines stigmatisations ? Peut-être. Or, je pense qu’une minorité, peu importe son poids, doit aussi se définir dans un projet commun. Il faut se battre pour la justice et la liberté, individuellement et collectivement. Les marginalisé.e.s et les allié.e.s ensemble. Or le militantisme, comme les civilisations, évolue. Et les acronymes aussi !

    Tu as aussi écrit que « la communauté LGBTQ+ est devenue forte, visible et extrêmement politisée. Peut-être un peu trop ». En quoi ?
    Luc Boulanger : Au début du militantisme, il y avait une folie et un sens de l’autodérision. Parfois, je trouve que certaines personnes très politisées oublient que la légèreté fait aussi partie de la vie. Ce n’est pas parce qu’une cause te tient à cœur que tu es obligé.e d’être toujours sur la défensive. Le « trop », c’est plus dans l’attitude, car on n’est jamais trop visible.

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