Hochelaga vu par Joannie Lafrenière au Musée McCord-Stewart

Joannie Lafrenière fait partie des photographes et des réalisatrices dont le regard est porté par l’humanité et la bienveillance. Pas étonnant que le Musée McCord l’ait invitée pour participer à son programme Montréal en mutation, dans le cadre duquel le Musée donne carte blanche à un.e photographe pour qu’il ou elle explore un quartier de son choix et laisse une trace de la transformation urbaine.

Pour Joannie Lafrenière, le choix était simple. Résidente depuis plus d’une quinzaine d’années dans Hochelaga-Maisonneuve, elle a arpenté le quartier dans ses moindres recoins et su en capter l’essence, mais aussi ses changements en mettant l’accent sur ceux et celles qui y vivent. Et comme Joannie Lafrenière est aussi réalisatrice, l’exposition fera donc aussi une place à ses vidéos.

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PHOTO : JOANNIE LAFRENIÈRE

« Quand je suis arrivée à Montréal, c’est le quartier où je me suis installée et j’y suis restée », se souvient l’artiste. « C’est devenu pour moi, qui venais de région, mon lieu d’appartenance. » Elle y trouve une vie de quartier et encore un lien social où l’on se préoccupe de ses voisin.e.s, ce qui lui rappelle, comme elle le dit, la vie rurale.

Et elle a marché aussi bien dans les rues que dans les parcs, voyant ainsi toutes les transformations au cours de presque deux décennies. « Bien sûr, comme dans d’autres quartiers de Montréal, il y a une gentrification et donc un changement de population, une arrivée de jeunes familles par exemple », constate Joannie Lafrenière. « Mais le quartier a gardé son ADN, il y a encore une grande mixité sociale, ce qui rend pour moi Hochelaga-Maisonneuve un vrai lieu de vie. »
 
Cet amour pour son quartier tient aussi à une rencontre particulière. « Quand je suis arrivée, près du métro Préfontaine, il y avait un homme, Renaud, dont le garage était souvent ouvert et qui réparait les bicyclettes des adultes et des enfants du quartier qui venaient le voir. C’était un lieu de rencontres, d’échanges, de convivialité. Cet homme m’a beaucoup touché et il y a un espace dans l’exposition au Musée McCord qui lui est dédié. »


Joannie Lafrenière a commencé par des études de journalisme et c’est là qu’elle a découvert la photographie. Une grande histoire d’amour, c’est elle qui le dit, venait de naitre et qui ne s’est pas tarie au fil du temps. « Je pouvais avec la photo raconter une histoire, entrer en relation avec les sujets, continue la photographe, et arrêter dans le temps des moments précieux qui ne se reproduiront peut-être jamais. J’ai fait ainsi, aussi bien au cours de mes différents voyages que dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, d’extraordinaires rencontres. » On retrouve alors dans son travail une théâtralisation, surtout pour les portraits, qui rend compte aussi de l’univers dans lequel vivent ses personnages, sans tentation d’édulcorer la réalité, bien au contraire, tout en percevant l’humanité de chacun de ses sujets à travers les regards qui fixent très souvent l’objectif. Et à travers des scènes qui représentent parfois la dureté de la vie de ces hommes et de ces femmes se révèle une beauté liée au jeu de lumière et de couleurs, et nait une douceur ou une tendresse qui donne au quotidien toute la poésie qui parfois nous échappe.

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L’exposition se présente comme une promenade que l’on ferait dans une partie d’une ville. Une déambulation à travers huit espaces fermés dans lesquels on retrouvera bien évidemment des photos et des vidéos qui font déjà partie du corpus de Joannie Lafrenière et aussi des œuvres conçues pour cet événement. Des photographies, des vidéos, mais également des mots puisque les œuvres seront accompagnées de textes signés par Benoit Bordeleau. Cet artiste, qui s’intéresse plus particulièrement aux relations entre l’écriture et le numérique, connait particulièrement bien Hochelaga-Maisonneuve puisque dans le cadre de sa maitrise il s’est intéressé « à la flanerie » par des notes prises en marchant dans ce quartier et en publiant un carnet numérique intitulé Hoche’élague, où l’écriture et la photographie se répondaient. Joannie Lafrenière aime cette circularité qui existe ainsi entre l’image et le mot. Pour la photographe qui a déjà une longue carrière derrière elle, il s’agit de sa première exposition d’envergure et pour mettre en valeur ce travail — une soixantaine de photos et une trentaine de vidéos — la mise en valeur a été confiée au scénographe Pierre-Étienne Locas. Quelque temps avant l’entrevue, Joannie Lafrenière revenait d’une marche au Jardin botanique, où elle avait aperçu son premier renard de l’année. Nous plaisantons autour d’un titre. Celui de « La Femme qui a vu le renard », en référence à l’un de ses documentaires, « La Femme qui a vu l’ours ».

Un tour sur le site de Joannie Lafrenière et bien sûr le détour par l’exposition au Musée McCord vous donneront une idée de l’extrême richesse du travail artistique de cette femme dont le regard ne cesse de nous étonner, de nous questionner, de nous éblouir. Et peut-être qu’après l’exposition on ressentira le goût d’aller soi-même dans Hochelaga-Maisonneuve, toute affaire cessante, et porté.e par les images de Joannie Lafrenière, pour se faire son propre film, ses propres photos.


INFOS | Hochelaga — Montréal en mutation | Musée McCord
Exposition de Joannie Lafrenière jlafreniere.ca
Du 31 mars au 10 septembre 2023
musee-mccord-stewart.ca

 

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