Mercredi, 22 avril 2026
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    Découvrez les dessous des Jeux olympiques de 1976 au musée McCord-Stewart

    Les amateurs de l’histoire olympique se souviendront qu’il y a presque toujours un incident juste avant le début des Jeux qui sème le doute – la ville hôte est-elle prête ? À Rio, les stades sont incomplets ; à Pyeongchang, la menace nucléaire nord-coréenne plane ; à Paris, la qualité de l’eau de la Seine soulève des doutes. Mais une fois la flamme allumée, on oublie tout devant la brillance des athlètes.

    Les Jeux de 1976 à Montréal ne faisaient pas exception. Aujourd’hui, on se souvient des exploits de Nadia Comaneci et de la future Caitlyn Jenner, et du stade qui allait accueillir les Expos. On se souvient moins du fait que les Jeux ont failli ne pas avoir lieu.

    Dans Montréal 1976 : Une épreuve olympique, une exposition colorée lancée pour marquer le 50e anniversaire des Jeux, le musée McCord-Stewart raconte l’histoire des deux semaines où les yeux du monde ont été braqués sur la métropole, les scandales et les embûches qui les ont précédées, et la marque laissée sur l’architecture, le sport, l’économie et même la mode.

    Elle explore également le contexte politique, avec le maire Jean Drapeau qui voulait raviver l’effervescence d’Expo 67 et les tensions entre les différents niveaux de gouvernement – le fédéral refuse de financer les Jeux, le gouvernement de Robert Bourassa écarte Drapeau de l’organisation à quelques semaines de l’ouverture et les organisateurs doivent supplier le président du Comité international olympique pour garder les Jeux. Mais le 17 juillet 1976, dans un stade olympique comblé mais pas tout à fait complété, le coup d’envoi a bel et bien été donné par la Reine Élisabeth II. Place au sport !

    « Ce fut toute une aventure », résume Christian Vachon, directeur de la gestion des collections et conservateur en art documentaire du McCord-Stewart et commissaire de l’exposition. « Mais on devait la vivre. »

    L’exposition a été inaugurée le 25 mars dernier par Anne Eschapasse, présidente et cheffe de la direction du musée, en présence de Christian Vachon, de la journaliste sportive, ex-athlète et porte-parole Marie-Josée Turcotte et du caricaturiste Aislin de The Gazette, à qui l’on doit plusieurs images mémorables du maire Drapeau et d’autres puissants acteurs des Jeux.

    Elle puise dans les collections du musée avec 150 photos des archives de La Presse – dont une étonnante image du squelette de béton du Stade olympique construit à moitié à moins de trois mois du début des Jeux, une autre de travailleurs de la construction en grève bloquant l’accès au stade et une autre des athlètes kényans dépités quittant les Jeux sans compétitionner après un boycott de dernière minute par plusieurs pays africains.

    Elle met aussi en valeur la vaste collection de caricatures du musée, dont celle d’Aislin inspirée par la fameuse citation du maire Drapeau : « Il est tout aussi impossible pour les Jeux olympiques de Montréal de produire un déficit que pour un homme de devenir enceinte. » (En fin de compte, la dette post-olympique s’élevait à 1,6 milliard de dollars).

    Il est aussi question de scandales moins discutés à l’époque – les descentes dans les bars gais, la censure de l’art public et l’emprisonnement de masse des personnes sans-abri, par une administration déterminée à présenter une ville « propre » au monde.

    Sans camoufler les scandales, l’exposition a pour but de « donne[r] la parole aux personnes qui ont façonné l’expérience et l’image des Jeux de 1976 », selon Christian Vachon. Cela passe par une salle consacrée aux uniformes portés par les employés des Jeux. Avec une thématique de l’arc-en-ciel – « deux ans avant que l’arc-en-ciel soit récupéré par la communauté homosexuelle et devienne le symbole de la fierté », souligne le commissaire – les hôtes portaient du rouge ; les agents de protocole, du mauve ; les employés du Village olympique, du vert ; et les journalistes, du bleu. Les habits distinctifs des équipes de CBC et Radio-Canada sont aussi impressionnants.

    On peut entendre les témoignages de plusieurs personnes ayant travaillé aux Jeux ou sur leur aspect visuel, dont Michel Dallaire, concepteur de la torche. Un volet de l’exposition est consacré aux athlètes. Les esprits ont été marqués par Comaneci et Jenner, mais plusieurs Canadiens ont livré des performances mémorables malgré le sous-financement chronique du sport à l’époque. Le sauteur en hauteur britanno-colombien Greg Joy a électrisé les foules en route vers une médaille d’argent, et les nageuses canadiennes ont fait rêver des jeunes femmes dans une ville où la conscience du sport « se limitait… au Canadien de Montréal », observe Marie-Josée Turcotte. « Pour nous, Québécoises, Canadiennes, voir tout à coup des femmes athlétiques, fortes, musclées, exceller à ce niveau-là, ça a créé un petit début de Révolution tranquille pour faire une place aux femmes. » Les athlètes canadiens n’ont gagné aucune médaille d’or à Montréal, mais huit ans plus tard, à Los Angeles, ils en ont gagné 10, et 44 médailles au total – quatre fois plus qu’en 1976.

    Le legs des Jeux pour le paysage urbain de Montréal est immense. Le stade où les athlètes ont rayonné abrite aujourd’hui un vaste aréna, un centre aquatique, le Biodôme et le Planétarium, qui attirent des foules du monde entier. « Montréal est à l’avant-plan pour avoir recyclé ses installations olympiques, c’est la tendance partout dans le monde maintenant », rappelle Christian Vachon.

    « Ça a coûté cher », résume Marie-Josée Turcotte. « Il vaut mieux que ça serve ! » L’exposition inclut un parcours « à hauteur d’enfant » pour les 6 à 12 ans, avec des défis à compléter, et un volet virtuel pour un public adolescent.

    En parallèle de Montréal 1976 : Une épreuve olympique, le Musée McCord-Stewart présentera, du 15 mai au 7 septembre, Céline en Dior : un moment éblouissant, hommage à une interprète exceptionnelle et à la robe (qui a demandé plus de mille heures de travail) devenue iconique que la chanteuse a porté pour l’occasion. La robe sera mise en valeur dans une scénographie imaginée par Pierre-Étienne Locas, avec des projections murales, rappelant la performance de L’Hymne à l’amour d’Édith Piaf interprétée par la diva québécoise.

    INFOS | Montréal 1976 : Une épreuve olympique au Musée McCord-Stewart,
    jusqu’au 13 septembre. musee-mccord-stewart.ca 

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