À la suite de la tentative de suicide de sa mère alcoolique, Aurélien est contraint de résider chez Andrea, un oncle qu’il connaît peu, pendant l’été de l’année 1998. Alors qu’il erre sur les plages de Saint-Malo, il fait la rencontre de William, un jeune Anglais qui vient bouleverser un séjour qui s’annonçait particulièrement morose.
Aurélien est immédiatement fasciné par ce jeune homme débonnaire qui semble prendre la vie comme elle se présente, ce qui le rassérène au regard de sa situation familiale. En effet, au-delà d’une mère en dépression chronique, il ne garde de son père que le souvenir d’un homme violent, lui-même alcoolique, qui les a quittés pour fonder une nouvelle famille.
Malgré cette mère absente, pour qui il éprouve des sentiments mitigés, l’attachement d’Aurélien pour cette dernière est indéniable, comme en témoigne l’ouverture de chacun des chapitres qui s’amorce par son évocation : « Ma mère est malade et je viens de déjeuner », « Ma mère est un disque rayé et ma chambre sent le renfermé », etc. Dans la même veine, chaque chapitre porte le titre d’une chanson emblématique de ses états d’âme.
D’abord gauche, la relation des deux ados va se fortifier au détour d’un premier baiser à la suite duquel les rencontres se multiplient : « Ma mère est un mot que j’oublie et avec William, je deviens amnésique ». Pourtant, malgré ses airs téméraires, William conserve une part de secrets qu’il se refuse à évoquer. Qui est-il exactement ? Aurélien hésite à le questionner, de peur d’altérer ce bonheur inespéré.
Dans la même veine, les aprioris qu’Aurélien entretient sur la nature masculine volent peu à peu en éclats au contact de cet oncle, à cent lieues de son père, qui pratique la musculation et est un adepte forcené de foot, tout en se révélant un maniaque des tâches ménagères et en n’hésitant pas à manifester ses émotions.
L’auteur, Julien Dufresne-Lamy, fait preuve d’une grande habileté à rendre les tourments et les espérances propres à l’adolescence. Le récit combine la chronique d’activités courantes mâtinée d’élans poétiques qui ne sombrent jamais dans la grandiloquence :
« il me fallait tous les points de contact, tous les mousquetons. Le souffle coupé, William a plongé sa tête dans ma nuque en râlant. Ses mains se crispaient de plus en plus, mon souffle s’accélérait et, tout à coup, le ciel est devenu un fruit orangé. »
Le roman se dévore d’une traite tant on s’attache aux destins de ses personnages et à ce qui se cache derrière les taches de rousseur du jeune Anglais. Un roman à la fois passionnant et émouvant !
INFOS | Deux mois chez Andrea / Julien Dufresne-Lamy. Paris : Nathan, 2024, 301 p.








