Anatole et Alexy partagent une relation marquée par la tendresse et la routine depuis bientôt huit ans et rien ne semble pouvoir entacher celle-ci jusqu’au moment où le premier disparaît mystérieusement.
Au-delà de l’énigme entourant la disparition de son conjoint, Alexy se trouve plongé dans une crise existentielle, puisque Anatole constituait la pierre angulaire à travers laquelle il définissait son identité. Cette absence brutale ne se limite donc pas à la douleur de perdre un proche, mais contraint également Alexy à redéfinir sa propre existence et à se réapproprier son individualité. Bien qu’Anatole soit physiquement absent, sa présence continue de marquer son conjoint: son départ, qu’il soit volontaire ou non, s’impose avec intensité et fait émerger des zones d’ombre et de silences qui prennent une signification nouvelle.
À travers le geste répétitif d’ouvrir une bière, un rituel banal qui permet à Alexy de préserver un semblant de normalité, et l’étrange histoire des iguanes d’Abitibi, le roman dessine un itinéraire unique et puissant, progressant de la fusion à l’autonomie, de la dépendance à la redécouverte de soi.
Difficile par ailleurs de ne pas voir, dans cette omniprésence du liquide ombré, une métaphore de la “mise en bière” : non plus seulement comme le geste de déposer le corps de l’être aimé dans un cercueil, mais bien plutôt les souvenirs magnifiés de celui-ci, afin de lui faire ses adieux et de s’en détacher.
De bières et de fleurs / Victor Bégin. Montréal : Têtes premières, 2025. 261 p. 304 p.

