Alors que la France a placé la fragilisation du système d’aide publique au développement au cœur de sa présidence du G7, un nouvel appel à la vigilance résonne des deux côtés de l’Atlantique. Le groupe Pride 7 (P7), réseau d’engagement du G7 consacré aux droits des personnes LGBTQI+, exhorte les pays membres à adopter une position claire et concertée face à l’extension sans précédent du « Global Gag Rule » par les États-Unis.
Pour Pride 7, cette décision marque un tournant inquiétant. L’élargissement spectaculaire de cette politique — qualifiée de « draconienne » — représenterait la plus récente tentative de l’administration Trump d’instrumentaliser l’aide internationale afin d’imposer, à l’échelle mondiale, un agenda idéologique conservateur, au détriment des droits humains.
Une politique aux effets bien connus
Mieux connue sous le nom de « politique de Mexico », le Global Gag Rule existe depuis 1984. Abrogée par des présidents démocrates puis rétablie par des présidents républicains, cette mesure interdisait jusqu’ici aux organisations étrangères recevant des fonds américains en santé reproductive de fournir — même avec leurs propres ressources — des informations, des services ou des références liés à l’avortement.
Sous la première administration Trump, la règle avait déjà été étendue à l’ensemble de l’aide mondiale en santé. Les conséquences avaient été largement documentées : diminution de l’accès à la contraception, entraves aux soins post-avortement, affaiblissement des services de santé maternelle, impacts accrus sur les femmes et les personnes LGBTQI+ dans les contextes les plus précaires.
Aujourd’hui, la nouvelle mouture va encore plus loin. Selon Pride 7, la politique s’appliquera désormais à toute l’aide étrangère américaine non militaire. Elle toucherait non seulement des ONG, mais aussi des gouvernements étrangers et des organisations multilatérales, y compris certaines agences des Nations Unies. Plus préoccupant encore, les restrictions viseraient également les activités reconnaissant la dignité et les droits humains des personnes trans, non binaires et intersexes, ainsi que les programmes promouvant la diversité, l’équité et l’inclusion (DEI) dans l’aide internationale.
« Une arme politique »
Pour Michaël Arnaud, directeur général d’Égides et membre de Pride 7, il ne s’agit pas d’un simple ajustement administratif.
« L’extension de la Global Gag Rule n’est pas seulement une restriction budgétaire — c’est une arme politique. Elle alimente la stigmatisation des personnes trans, favorise le retour des soi-disant “thérapies de conversion” et réduit au silence des organisations qui fournissent des soins vitaux fondés sur des données probantes », affirme-t-il.
Il estime que la mesure ouvre la porte à une exportation assumée de l’agenda anti-DEI américain. « En s’attaquant à la liberté d’expression et à l’autonomie des organismes, cette politique pave la voie à l’adoption, sans contrepoids, de législations anti-droits. C’est une attaque directe contre la dignité humaine. »
Au-delà des enjeux symboliques, Pride 7 s’inquiète d’un impact financier massif. Les États-Unis avaient déjà retranché des milliards de dollars en aide internationale au cours de l’année 2025. L’extension du Global Gag Rule viendrait ainsi créer un double choc : idéologique et budgétaire.
Les organisations de première ligne — notamment celles œuvrant en santé maternelle, en prévention des violences fondées sur le genre et en santé sexuelle et reproductive des adolescent·es — pourraient se retrouver brutalement privées de ressources essentielles. Dans plusieurs pays du Sud global, ces services constituent souvent la seule porte d’entrée vers des soins sécuritaires.
« Ce déficit sera extrêmement difficile à combler sans un effort concerté de la communauté internationale », prévient Pride 7.
Un test pour la présidence française du G7
Dans ce contexte, le G7 est appelé à jouer un rôle déterminant. Pride 7 presse particulièrement la présidence française de faire preuve de leadership en condamnant publiquement l’extension de la politique américaine et en reconnaissant ses effets sur la santé publique, l’égalité de genre et les droits des personnes LGBTQI+ — en particulier des personnes trans, non binaires et intersexes.
L’organisation demande également aux États membres de protéger l’autonomie des mécanismes internationaux et multilatéraux, de rejeter toute forme de censure imposée par des pressions politiques ou financières, et de réaffirmer que la réforme de l’aide internationale ne saurait se faire au prix d’un recul des droits humains.
Enfin, Pride 7 appelle à la mobilisation de ressources financières additionnelles et prévisibles afin de combler le manque à gagner laissé par le retrait américain. L’aide internationale, rappelle le groupe, doit demeurer un outil de solidarité fondé sur les droits humains — et non un levier de coercition politique.
Une solidarité à l’épreuve
Au moment où les mouvements anti-droits gagnent du terrain dans plusieurs régions du monde, l’extension du Global Gag Rule agit comme un révélateur : celui d’un système d’aide internationale vulnérable aux cycles politiques nationaux et aux agendas idéologiques.
Pour les communautés LGBTQI+, les femmes et les autres populations marginalisées, les décisions prises à Washington ne relèvent pas d’un débat abstrait. Elles se traduisent concrètement par des cliniques qui ferment, des services qui disparaissent et des voix qui se taisent.
Reste à voir si le G7 choisira de répondre à l’appel — et de faire de la solidarité internationale un engagement réel, plutôt qu’un principe à géométrie variable.

