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    Un appel aux partis politiques, pour demeurer une société ouverte et accueillante

    Il y a des chiffres qu’on aimerait pouvoir considérer comme des accidents de parcours. Celui-ci n’en est pas un : selon Statistique Canada, le nombre de crimes haineux fondés sur l’orientation sexuelle a quadruplé entre 2018 et 2023. Pendant ce temps, l’homophobie et la transphobie semblent retrouver une forme de légitimité dans certains discours, sur les réseaux sociaux et jusque dans nos écoles. À quelques semaines des élections québécoises, ces constats devraient interpeller tous les partis politiques. Pas seulement ceux qui se présentent traditionnellement comme les alliés des communautés LGBTQ+. Tous.

    Les avancées juridiques peuvent donner l’impression que l’essentiel du travail est accompli. Les réalités sociales nous rappellent aujourd’hui le contraire. L’homophobie n’a évidemment pas disparu avec
    l’adoption du mariage entre personnes de même sexe, pas plus que la transphobie n’est devenue marginale parce que nos lois reconnaissent certains droits aux personnes trans et non binaires.

    Même des personnalités politiques en font publiquement l’expérience. Charles Milliard et Éric Duhaime ont récemment dénoncé les insultes homophobes qu’ils disent recevoir quotidiennement.
    Peu importe nos sympathies politiques, cela devrait nous préoccuper. L’homophobie ne devient pas acceptable parce qu’elle vise un adversaire politique. De son côté, Manon Massé a récemment sonné l’alarme devant la remontée de l’homophobie et de la transphobie. En mai dernier, l’ancienne co-porte-parole de Québec solidaire appelait notamment les allié·es des communautés LGBTQ+ à « se lever » et à prendre davantage leur place dans la lutte contre la haine. Trois voix politiques très différentes, donc, mais un constat qui devrait transcender les lignes partisanes : quelque chose se détériore au Québec. Pour Olivier Ferlatte, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, nous assistons à un important recul social. Parmi les facteurs qui peuvent l’expliquer, il souligne notamment l’instrumentalisation des enjeux de diversité par certains partis populistes de droite à des fins électorales, mais aussi le rôle des réseaux sociaux dans la propagation de la désinformation et la normalisation des discours haineux.

    Ce qui se passe chez les jeunes est tout aussi inquiétant. En février, le professeur Francis Dupuis-Déri, de l’UQAM, publiait une étude constatant une progression de l’homophobie et de la transphobie dans les classes du primaire et du secondaire, particulièrement chez les garçons, avec des manifestations de plus en plus décomplexées.

    Les observations du GRIS-Montréal vont dans le même sens. Selon une étude publiée par l’organisme, la proportion d’élèves du secondaire affirmant être mal à l’aise de voir deux hommes se témoigner de l’affection en public est passée de 25 % en 2021-2022 à 42 % en 2023-2024. En deux ans.
    Voilà qui devrait faire réfléchir tous ceux et celles qui croyaient que chaque nouvelle génération serait
    automatiquement plus ouverte que la précédente. Le progrès social n’est pas une ligne droite. Surtout, il n’est jamais irréversible. C’est dans ce contexte que le Québec se dirige vers les élections du 5 octobre. Cette campagne doit être l’occasion, pour tous les partis politiques, de réaffirmer que les droits des personnes LGBTQ+ sont des droits fondamentaux et non des sujets à instrumentaliser à des fins politiques. Cette distinction est essentielle. Les personnes LGBTQ+ ne sont pas un « enjeu de société » que l’on peut sortir de sa poche lorsqu’un stratège juge avantageux de mobiliser une partie de l’électorat. Nos vies ne sont pas une stratégie de communication.

    Nos familles n’ont pas à être remises en question au gré des débats politiques. Et l’existence des personnes trans et non binaires ne devrait jamais devenir un outil permettant de gagner quelques points dans les sondages.

    Voilà pourquoi, au cours de la prochaine campagne, je souhaite entendre tous les partis à ce sujet. Nous ne voulons plus seulement entendre que le Québec est une société ouverte et accueillante. Nous voulons savoir comment nos élus comptent faire en sorte qu’il le demeure.

    • Que proposent-ils concrètement pour lutter contre l’homophobie et la transphobie?
    • Comment comptent-ils répondre à la progression de l’homophobie et de la transphobie dans les écoles?
    • Que feront-ils pour soutenir les organismes communautaires qui travaillent pour protéger les jeunes LGBTQ+?
    • Quels engagements prendront-ils envers les personnes trans et non binaires?
    • Comment entendent-ils lutter contre les crimes et les discours haineux?
    • Et surtout : leurs réponses seront-elles accompagnées de mesures concrètes, d’échéanciers et de budgets?

    Cette exigence doit s’appliquer à toutes les formations politiques, quelles que soient leurs orientations. L’appui des communautés LGBTQ+ ne devrait jamais être tenu pour acquis, pas plus que la protection des minorités ne devrait être relativisée au gré des débats politiques ou des calculs électoraux. Arborer les couleurs de l’arc-en-ciel pendant la Fierté ne constitue pas un programme politique : ce sont les engagements concrets qui comptent.

    Il faut également reconnaître une réalité : les personnes LGBTQ+ ne votent pas toutes de la même façon. Elles sont de gauche, de droite et du centre. Elles votent en fonction de l’économie, du logement, de la santé, de l’environnement, de l’immigration, de la fiscalité et d’une multitude d’autres préoccupations.

    Mais quelles que soient nos convictions politiques, nous devrions pouvoir nous entendre sur une chose : nos droits fondamentaux ne peuvent dépendre des fluctuations de l’opinion publique. Mon rôle n’est donc pas de vous dire pour qui voter, mais de demander aux partis ce qu’ils comptent faire. C’est à nous toustes de comparer leurs engagements, de poser les questions difficiles, de leur rappeler leurs déclarations et de distinguer les gestes concrets des slogans. À l’approche des élections, j’adresse donc une invitation à toutes les formations politiques québécoises : dites-nous clairement où vous vous situez et, surtout, ce que vous comptez faire.

    Faites-nous parvenir vos réponses par courriel ([email protected]) : nous les publierons sur le site Web et dans les infolettres de Fugues à partir du 15 septembre. Parce qu’au moment où plusieurs indicateurs montrent que l’homophobie et la transphobie regagnent du terrain, le silence politique est lui aussi une prise de position.

    Note : La campagne électorale n’était pas encore déclenchée au moment d’aller sous presse. Le déclenchement des élections est prévu au plus tard le 29 août 2026, en vue du scrutin du 5 octobre.

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