S’il est un récit qui habite encore les mémoires et les cœurs des Québécois, c’est bien celui d’Émilie Bordeleau et d’Ovila Pronovost, couple emblématique de Les Filles de Caleb. Tirée du roman d’Arlette Cousture et adaptée à la télévision dans les années 1990, cette saga passionnelle, incarnée par Marina Orsini et Roy Dupuis, a marqué l’imaginaire collectif, atteignant plus de 3,6 millions de téléspectateurs à son apogée. Aujourd’hui, cette grande histoire d’amour, de douleur, de courage et de résilience renaît sous une forme aussi ambitieuse qu’inattendue : Les Filles de Caleb symphonique.
Cette nouvelle production musicale, portée par le producteur et directeur artistique Nicolas Lemieux, rend hommage à une œuvre qui dépasse les générations. Il ne s’agit pas d’une simple adaptation musicale, mais bien d’une réinvention émotionnelle, sensorielle, qui traduit en musique toute la charge dramatique et symbolique de cette fresque québécoise incontournable.
Une œuvre culte, un projet audacieux
Transformer Les Filles de Caleb en une œuvre symphonique n’était pas un pari sans risques. “On ne s’empare pas d’une œuvre qui a autant frappé l’imaginaire des Québécois avec désinvolture”, souligne Lemieux. C’est dans cet esprit de respect et d’exigence qu’il a confié la création musicale à Blair Thomson, compositeur reconnu, notamment pour Riopelle symphonique. Thomson avait pour mission de transposer la trame narrative et émotionnelle de la série télé dans une partition musicale originale. Un défi de taille, puisqu’il fallait à la fois honorer la mémoire musicale de Richard Grégoire, auteur des inoubliables thèmes de la série télé, tout en apportant une touche contemporaine et personnelle.
Une symphonie du souvenir et de la réinvention
Le résultat est saisissant : une œuvre orchestrale composée de 16 pièces symphoniques, interprétée par l’Orchestre symphonique de Montréal sous la direction de la cheffe Dina Gilbert. Dans cette suite musicale, Blair Thomson parvient à faire revivre les émotions du passé tout en leur donnant un nouvel habillage. Il s’autorise des clins d’œil délicats — notamment les célèbres violons grinçants de Grégoire — qui faisaient vibrer les foyers québécois tous les jeudis à 20 h. Ces motifs musicaux devenus cultes y sont évoqués avec subtilité, comme des fantômes familiers, présents sans jamais s’imposer. Mais l’œuvre ne se contente pas de la nostalgie : elle explore de nouvelles textures, de nouvelles couleurs, pour évoquer le tumulte intérieur d’Émilie, la fougue d’Ovila, la rudesse des hivers du rang, le poids des choix, des sacrifices, des silences.


Un spectacle total et sensoriel
Les Filles de Caleb symphonique est plus qu’un concert. Il s’agit d’un spectacle immersif, construit autour d’une courbe émotionnelle sans relâche. À la musique se greffent des projections visuelles, des performances chorégraphiques, ainsi que la présence sur scène d’interprètes et de danseurs issus de disciplines variées. L’objectif est de créer une expérience où l’auditoire est transporté dans le Québec rural du début du 20e siècle, sans jamais tomber dans la reconstitution. C’est une évocation sensible, contemporaine, qui fait appel aux souvenirs, mais aussi à l’imaginaire. Loin du simple hommage figé, cette production donne à voir — et surtout à entendre — une relecture vivante de ce classique. Elle rend compte de l’universalité de cette histoire d’amour contrarié, mais aussi de la profondeur des enjeux sociaux qu’elle soulève : l’éducation, l’émancipation féminine, la tension entre le devoir et la passion, entre la terre natale et le désir d’ailleurs.
Pourquoi ça résonne encore aujourd’hui
Ce qui rend Les Filles de Caleb si puissant, c’est la véracité des sentiments qu’il met en scène. « Des histoires avec des sentiments vrais, même s’ils font atrocement mal, auront toujours le dessus sur les autres », rappelle Nicolas Lemieux. C’est ce réalisme affectif, brut et universel, qui permet à l’œuvre de traverser le temps et de se réincarner avec autant de justesse. Dans un Québec où l’on cherche de plus en plus à renouer avec ses racines culturelles et identitaires, la résonance de cette œuvre est profonde. Le personnage d’Émilie, femme forte, instruite, résiliente, demeure un symbole de courage et de modernité avant l’heure.
Une invitation à ressentir autrement
Avec Les Filles de Caleb symphonique, le public est convié non seulement à revisiter un monument de notre culture télévisuelle et littéraire, mais aussi à le redécouvrir autrement. À travers la musique, les émotions prennent un autre chemin, celui des cordes, des bois, des percussions et des silences. C’est un retour aux sources, mais aussi une projection vers l’avenir de notre patrimoine narratif. Une célébration de ce que nous sommes, de ce que nous avons été, et de ce que nous voulons transmettre. Les Filles de Caleb symphonique : une œuvre musicale grandiose, à voir et à entendre, pour ressentir à nouveau — ou pour la première fois — toute l’intensité d’une histoire d’amour devenue patrimoine.
INFOS | Les Filles de Caleb symphonique | https://www.lesfillesdecaleb.ca/
Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts de Montréal, avec l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières.
Du 22 au 25 janvier 2026
Grand Théâtre de Québec, avec l’Orchestre symphonique de Québec.
Du 29 avril au 2 mai 2026
Amphithéâtre COGECO de Trois-Rivières, avec l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières.
Du 21 au 23 mai 2026

