Par-delà les annonces budgétaires, ce sont des interventions concrètes qui prennent forme aux quatre coins du Québec. Avec un financement de 2 924 383 $ réparti sur trois ans, le gouvernement du Québec soutient, cette année, 21 projets communautaires visant à lutter contre l’homophobie et la transphobie.
Ces initiatives, portées par des organismes présents dans 11 des 17 régions du Québec — et parfois à l’échelle nationale — témoignent que le travail de terrain est bien ancré et qu’une mobilisation réelle s’organise pour répondre à une montée préoccupante des discours haineux et de la désinformation.
« Je me réjouis de la très grande qualité des projets sélectionnés à la suite de cet appel, particulièrement ceux qui rejoignent les jeunes», a déclaré la ministre Caroline Proulx.
«La diversité et la richesse des propositions soumises témoignent de l’engagement incroyable de nos organismes communautaires sur le terrain, dont les actions concrètes contribuent à rendre le Québec plus inclusif, sécuritaire et bienveillant pour les personnes LGBTQ+. Je salue leur sens de l’initiative et leur assure mon appui renouvelé dans le cadre de la lutte que nous menons collectivement contre l’homophobie et la transphobie. »
Intervenir tôt : le pari des milieux jeunesse
Dans plusieurs régions, la priorité est claire : agir auprès des jeunes. D’ailleurs, près de la moitié des projets financés visent directement les milieux jeunesse — écoles, maisons de jeunes ou centres de protection de la jeunesse. En Abitibi-Témiscamingue, la Coalition d’aide à la diversité sexuelle et de genre déploie le projet PRISME (139 726 $) auprès des 12 à 17 ans. L’approche est à la fois pédagogique et préventive. « Ça vise à renforcer la sensibilisation, l’inclusion et le soutien envers les jeunes […] On va vraiment se concentrer sur les écoles secondaires et les maisons de jeunes », explique sa directrice générale, Julie Fortier.
Sur le terrain, cela se traduit par des ateliers, des outils éducatifs et une tournée régionale. L’objectif : créer des espaces sécuritaires et donner aux jeunes les moyens de comprendre — et de défendre — leurs droits. Mais le contexte est plus difficile qu’il ne l’était il y a quelques années. « Les gens qui vivent de la discrimination sont vraiment sur la scène […] Réussir à faire une journée normale sans entendre parler de discrimination, on ne voit plus ça », constate Mme Fortier, qui évoque une montée de l’intolérance et de la désinformation. « Réussir à faire une journée normale sans entendre parler de discrimination, on ne voit plus ça », constate Mme Fortier, évoquant une montée marquée de l’intolérance.
Occuper l’espace public pour prévenir
Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, l’organisme Diversité 02 (148 350,95 $) mise sur une approche de proximité avec son projet Pas juste un kiosque!. L’idée : intervenir directement dans les festivals et événements populaires — de Jonquière en Musique à Saguenay en Neige — pour créer des espaces sécuritaires et sensibiliser la population. « Depuis deux ou trois ans, on se faisait régulièrement contacter […] pour avoir une façon plus inclusive d’accueillir les communautés LGBTQ+ », explique sa directrice générale, Roxanne Gervais. Les équipes seront aussi présentes dans des contextes plus sensibles, comme la Nuit des sans-abri. L’organisme en profite également pour renforcer la formation de ses intervenant·e·s. « Être capable de bien répondre, bien accueillir les jeunes, mais aussi savoir comment bien réagir », précise Mme Gervais.
Contrer les discours haineux
Dans la Capitale-Nationale, deux projets s’attaquent frontalement à la désinformation. Divergenres (149 626,86 $) mise sur un projet explicitement nommé Pas de désinformation dans ma région!, tandis que l’Alliance Arc-en-ciel de Québec s’appuie sur l’histoire pour déconstruire les discours haineux. Avec Mémoire et fierté (149 840 $), l’organisme entend valoriser l’histoire 2SLGBTQ+ locale pour mieux outiller la population face aux préjugés. Même objectif en Estrie, où GRIS Estrie (150 000 $) déploie Générations en dialogue, un projet axé sur la sensibilisation des jeunes et la promotion de milieux inclusifs.
Créer des milieux sécuritaires
Dans le Bas-Saint-Laurent, La Sphère de l’emploi (144 559,83 $) propose le projet Garde-Robe, qui vise à rendre les milieux de travail plus inclusifs. En Chaudière-Appalaches, GRIS Chaudière-Appalaches (147 192 $) mène Prisonniers du labyrinthe, un projet de sensibilisation destiné à déconstruire les préjugés. D’autres initiatives misent sur des approches spécifiques : TRANS Mauricie/Centre-du-Québec (85 025 $) développe un outil décisionnel pour les chirurgies d’affirmation de genre; Télé-Cœur (21 000 $) propose une chronique de sensibilisation médiatique.
Agir à l’échelle du Québec
Plusieurs projets ont une portée nationale et visent des changements structurels. Le Regroupement des maisons des jeunes du Québec (150 000 $), par exemple, travaille à mieux intégrer les réalités LGBTQ+ dans ses milieux avec le projet Milieu•x. D’autres initiatives ciblent des enjeux précis : l’employabilité des jeunes LGBTQ+ par le Regroupement des carrefours jeunesse-emploi (149 210 $); l’accueil dans les maisons d’hébergement pour femmes violentées par la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (150 000 $); la visibilité des bisexualités par Les 3 sex* (149 952,59 $); ou encore les réalités des enfants trans et non binaires par Enfants transgenres Canada (147 500 $).
La Fondation Émergence (150 000 $), de son côté, souhaite moderniser et amplifier la portée de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie. Espace LGBTQ+ recevra quant à elle 150 000 $ pour son projet Une pérennité inclusive, tandis que le Réseau des lesbiennes du Québec recevra 146 724 $. À Montréal, des projets comme Tisser nos générations (Aînés et retraités de la communauté gaie – 146 215,50 $) ou encore Accepté d’être, savoir accompagner (Compagnons de Montréal – 149 460 $) visent à renforcer les liens intergénérationnels et les pratiques d’accompagnement.
Un financement inscrit dans la durée
Ce soutien s’inscrit dans le Plan d’action gouvernemental 2023-2028, avec l’objectif de renforcer les capacités des organismes tout en sensibilisant la population. Ce chantier a été amorcé depuis plus d’une décennie. Face à la montée des discours haineux et aux reculs observés ailleurs dans le monde, il apparaît plus nécessaire que jamais.
INFOS | https://www.quebec.ca

