Directeur général de la Fondation Émergence
La Fondation devra-t-elle se battre pour défendre des droits acquis depuis des années ?
Laurent Breault : En Occident, on observe un ressac après tant d’avancées au cours des dernières années. On reconnaît la famille choisie dans les plans gouvernementaux, on interdit les thérapies de conversion, on reconnaît le genre neutre, même si ce n’est pas encore appliqué partout, etc. Il y a eu de belles avancées depuis que j’ai commencé à la Fondation en 2014. À mes débuts, on ne parlait pas de la diversité sexuelle et de genre chez les aîné·e·s. Aujourd’hui, il y a des documentaires et des articles sur le sujet. Cela dit, il y a un écart entre les avancées législatives et l’évolution des mentalités. Au cours des dernières années, on a beaucoup travaillé sur l’aspect légal, mais on n’a pas suffisamment soutenu les organismes en défense des droits, qui, eux, s’assurent que les lois soient bien comprises par la population. Ne serait-ce que pour bien expliquer la non-binarité : en réalité, on n’a pas vraiment eu l’occasion, collectivement, d’en parler pour que ce soit clair pour tout le monde. La Fondation va travailler davantage pour expliquer nos réalités.
Diriger une organisation à vocation sociale, est-ce que ça implique une fatigue du militant ?
Laurent Breault : Je ne suis pas du genre à me plaindre. Je suis honoré de pouvoir assurer la direction générale d’un OBNL. Néanmoins, il y a le poids de la responsabilité de recevoir des fonds publics et de faire avancer sa cause, alors que les fonds ne sont pas très substantiels.
Il faut être créatif, polyvalent et alerte tous les jours, car on ne sait jamais comment la journée va commencer ni se terminer : surtout qu’actuellement, il y a une crise presque chaque semaine. En un mois seulement, il y a eu la tuerie de masse par une personne trans, un livre musulman homophobe et l’histoire du salon de coiffure avec la personne non binaire. C’est assez épuisant. Le moral de l’équipe est plus fragile. Moi, je n’ai pas le droit d’être démoralisé.
J’essaie de foncer et d’agir, mais le contexte est si compliqué qu’on est pris dans le dilemme suivant : faut-il crier plus fort au risque de jeter de l’huile sur le feu ou adopter une posture plus défensive le temps que la vague de ressac passe ? J’aurais tendance à adopter la défensive pour se repositionner et se structurer, sans oublier de soutenir la recherche pour s’éloigner de l’opinion, des réactions et des insultes. Il faut revenir aux données et aux statistiques.

