L’une des plus importantes célébrations de la Fierté en Californie a sombré dans le chaos cette fin de semaine après l’annulation de dernière minute du Long Beach Pride Festival, quelques heures seulement avant le début des festivités. La décision a rapidement déclenché une guerre publique entre les organisateur·trice·s LGBTQ+ et les autorités municipales, soulevant des questions sur la sécurité, la politique et l’avenir même des événements de la Fierté.
Dans une ville pourtant reconnue comme l’une des plus accueillantes pour les communautés LGBTQ+ aux États-Unis, l’effondrement du festival a provoqué stupeur et colère à travers la Californie du Sud. Ce qui semblait d’abord être un simple conflit administratif s’est rapidement transformé en débat beaucoup plus large : qui contrôle aujourd’hui les espaces communautaires queer et la signification politique de la Fierté?
Une annulation quelques heures avant le début du festival
Vendredi soir, la Ville de Long Beach a annoncé que le festival de trois jours ne pourrait pas avoir lieu, affirmant que les organisateur·trice·s n’avaient pas fourni plusieurs documents essentiels liés à la sécurité et aux opérations. La décision est tombée moins d’une heure avant le début prévu des activités de Teen Pride.
Le défilé officiel de la Fierté, financé et organisé directement par la ville, n’a pas été affecté et il a eu lieu comme prévu dimanche 17 mai.
Depuis des décennies, le Long Beach Pride figure parmi les événements LGBTQ+ les plus emblématiques des États-Unis, attirant chaque année des centaines de milliers de personnes et générant des retombées importantes pour les commerces, artistes et organismes communautaires queer.
Les organisateur·trice·s dénoncent un abandon politique
Dans un message publié vendredi soir, la présidente de Long Beach Pride, Tonya Martin — connue sous le surnom de « Lez Prez » — a vivement critiqué la décision de la ville, accusant les autorités d’abandonner les communautés LGBTQ+ dans un contexte politique déjà hostile.
« Long Beach Pride est profondément déçue par la décision de la Ville d’annuler le festival, une institution communautaire bâtie par des bénévoles, portée par l’amour et enracinée dans la conviction que chaque personne mérite de vivre ouvertement, en sécurité et dans la dignité », a-t-elle écrit sur Instagram.
Martin a également souligné que cette décision survient alors que les personnes LGBTQ+ font face à une recrudescence d’attaques politiques partout aux États-Unis. « À un moment où notre communauté est ciblée et fragilisée, Long Beach devrait en faire davantage pour nous protéger et nous soutenir », a-t-elle affirmé.
Elle a aussi remis en question l’image progressiste de la ville. « L’inclusion ne se démontre pas lorsque tout est facile. Elle se démontre lorsque les leaders choisissent de soutenir les communautés vulnérables lorsqu’elles en ont le plus besoin. »
La Ville réplique publiquement
Samedi, la Ville de Long Beach a publié une réponse détaillée et particulièrement ferme. Les autorités municipales affirment que les organisateur·trice·s n’ont pas remis à temps plusieurs documents obligatoires, notamment : des plans de sécurité; des plans électriques approuvés; des plans structurels pour les scènes et installations; ainsi que des plans détaillés du site du festival.
Selon la Ville, les demandes complètes pour un événement de cette ampleur doivent normalement être déposées au moins 65 jours à l’avance.
Les responsables municipaux affirment également avoir tenté de sauver une partie des festivités en proposant des lieux alternatifs, comme le Terrace Theater et le parc Bixby, même si certaines activités — notamment les ventes d’alcool et les zones clôturées — auraient dû être annulées en raison des délais trop serrés.
Le maire Rex Richardson aurait même proposé de recueillir jusqu’à 50 000 $ US afin de financer une programmation de remplacement, offre qui aurait été refusée par Long Beach Pride.
Une fracture plus large autour de la Fierté
La Ville de Long Beach a ensuite annoncé un événement de remplacement gratuit au parc Bixby, intitulé avec ironie : « Canceled? Never Heard of Her! » (« Annulé? Jamais entendu parler »). Au programme : DJ, spectacles de drags, musique live et performances d’artistes locaux, dont Delta Work. « La fin de semaine de la Fierté continue. L’esprit de la Fierté continue », a déclaré le maire Richardson.
Cependant, plusieurs observateur·trice·s notent que les communications de la Ville ne faisaient pratiquement aucune mention de réconciliation avec les organisateur·trice·s historiques du festival.
Une réalité qui touche aussi les Fiertés canadiennes
Cette crise survient alors que de nombreux événements de la Fierté à travers l’Amérique du Nord font face à : une hausse importante des coûts de sécurité; une baisse des commandites; une pression politique croissante, la volonté d’une partie de la communauté d’intégrer des enjeux géo-politiques non-relié directement aux droitset réalités LGBTQ+; et une multiplication des attaques anti-LGBTQ+.
Au Canada et au Québec aussi, plusieurs organismes communautaires ont exprimé leurs inquiétudes face au climat politique actuel et à la fragilité financière de certains événements LGBTQ+.
« La Fierté est plus qu’un festival »
Le député démocrate Robert Garcia, ancien maire de Long Beach et l’un des rares élus ouvertement gais au Congrès américain, a tenté d’adopter un ton plus rassembleur.
Dans une déclaration publique, il a qualifié l’annulation de « déchirante » et rendu hommage aux bénévoles et militant·e·s ayant construit Long Beach Pride au fil des décennies. « La Fierté est plus qu’un festival », a-t-il rappelé. « C’est un défilé, des marches militantes, des manifestations et d’innombrables rassemblements communautaires. »
Avant d’ajouter : « Nous devons poursuivre le combat et garder la Fierté vivante. »

