Samedi, 2 juillet 2022
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    Virus indétectable, risque de contamination quasi nul ?

    Ce n’est pas si simple que cela. Mais des études suisses tendent à le confirmer. Des scientifiques suisses ont semé la controverse lors d’une allocution, le 1er décembre dernier, Journée mondiale du sida. Une enquête menée sur plusieurs années auprès de couples sérodiscordants, majoritairement hétérosexuels, montre que le partenaire séropositif, avec une charge virale indétectable depuis au moins six mois et s’il n’a pas contracté d’ITS (infection transmise sexuellement), n’infectera pas son ou sa partenaire, et ce, même si on a laissé tombé le condom car le risque d’infection, même si présent, devient très faible. Ce sont là les conclusions auxquelles sont arrivés les scientifiques de la Commission fédérale suisse pour les problèmes liés au Sida (CFS). 

    Bien sûr, ces propos ont fait réagir, surtout la France voisine, alors que l’organisme français de surveillance et de recherche, le Conseil national du Sida (CNS), a décidé de créer un comité spécial pour faire la lumière sur de telles conclusions tout en avisant que’«il apparaît prématuré à ce jour d’établir sur les données existantes des recommandations individuelles, qui doivent continuer à promouvoir les méthodes de prévention éprouvées, notamment l’usage du préservatif».


    Tout a commencé lorsque, après les propos du Dr Bernard Hirschel, un article signé par quatre scientifiques, dont le Dr Hirschel, dans un bulletin des médecins suisses, avec à sa tête, le Dr Pietro Vernazza, président de la CFS, venait confirmer que des études suisses démontraient que l’indétectabilité de la charge virale diminue considérablement le risque de contamination d’un ou d’une partenaire. Que le risque était en effet présent, mais qu’il était «parmi les risques normaux de la vie tels que, par exemple, un déplacement en avion», de noter le Dr Vernazza.

    Des conditions précises
    Le rapport des médecins suisses se base essentiellement sur deux études. D’abord, on a suivi, pendant 14 ans, 393 couples hétérosexuels sérodiscordants (soit un partenaire séropositif et un séronégatif), et aucun des partenaires n’avait été contaminé par une personne suivant un traitement de trithérapie (ou antirétroviral) alors que, parmi les couples sans aucun traitement, le taux de transmission était de 8,6 %. Au cours d’une autre étude longitudinale portant sur 93 couples sérodiscordants, 41 partenaires avaient commencé un traitement antirétroviral, mais six personnes avaient été infectées: «ces six partenaires étaient tous liés à une personne ne suivant pas de traitement et dont la charge virale dans le sang atteignait au moins 1000 copies/ml», peut-on lire dans le bulletin.


    Oui, on peut donc avoir des rapports sexuels avec son conjoint régulier sans l’usage d’un condom, mais pour cela on doit auparavant respecter des règles strictes, car on a observé que les personnes séropositives qui ne transmettaient pas le virus à leur partenaire suivaient plusieurs règles. Bien sûr, il faut être fidèle au traitement et être suivi par un médecin. Ensuite, la charge virale doit être indétectable depuis au moins six mois. La personne séropositive doit être atteinte d’aucune ITS qui risquerait d’influencer le virus du VIH. Si le partenaire séropositif a des rapports sexuels à l’extérieur du couple, il doit porter un condom afin d’éviter une ITS. «Enfin, la décision de renoncer ou non à toute mesure de protection incombe au partenaire séronégatif», de poursuivre les médecins de la Commission.


    Pour ce qui est des personnes qui ne vivent pas en couple stable et qui ne sont pas séropositives, on continue de recommander l’usage du préservatif puisqu’on ne peut vérifier effectivement le statut sérologique d’un ou plusieurs partenaires occasionnels.


    «La prévention du sida devient plus simple, mais aussi plus complexe», de dire le Dr Vernazza. Car, plus que jamais, le message de prévention n’est plus unique et simple, portez un condom en tout temps, mais comme le souligne plusieurs, dont le Dr Réjean Thomas, en entrevue sur les ondes de la radio de Radio-Canada, le 1er février dernier, il y a toute la question de négociation de la prise de risque, mais aussi qu’il est important de se faire dépister et de se faire traiter, un traitement qui mène au succès pourvu qu’on y soit fidèle ou «compliant», comme on dit dans le jargon. Il y a donc, de plus en plus, une multiplicité de messages concernant la prévention et qui doivent nécessairement s’adapter à divers types de clientèles.

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