Jeudi, 30 juin 2022
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    Le voguing, déchaîne la jeunesse LGBTQ chinoise

    Cuir, perruques et talons hauts. En Chine, les minorités sexuelles se défoulent désormais au rythme du voguing, une danse inspirée des défilés de mode qui auraient été revus et corrigés par des drag queens.

    Pression familiale, sociale et politique: lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres et queers (LGBTQ) peinent à sortir du placard dans un pays qui n’a retiré l’homosexualité du classement des maladies mentales qu’en 2001.

    Leur joie n’en est que plus grande en ce samedi soir à Pékin, lors du plus grand bal de voguing jamais organisé dans l’austère capitale chinoise. Défilant sur la piste au son d’une house music assourdissante, les danseurs maquillés électrisent leur public avec leurs poses lascives et leurs vastes mouvements des bras qui définissent le voguing.

    Déchaînés, des centaines de jeunes Chinois LGBTQ, dont beaucoup venus de loin, hurlent leur enthousiasme, pendant que les juges sélectionnent les meilleurs danseurs. «C’est une fête des marginalisés», observe l’organisateur de la fête, Li Yifan, mieux connu sous le surnom de «Bazi».

    À 27 ans, ce pilier des nuits pékinoises donne aussi des cours de voguing, une danse «à la forte vitalité» qui reflète «l’esprit de résistance des minorités sexuelles».

    De New York à Pékin
    Le voguing a pris son essor auprès du milieu gai new-yorkais dès les années 1970, particulièrement dans les communautés noires et latino. Après un passage par le Japon et la Corée du Sud, le phénomène est arrivé plus récemment dans le monde chinois via Taïwan, Hong Kong puis Shanghai.

    C’est «une sous-culture à l’intérieur d’une sous-culture» mais qui s’apprête à devenir dominante, croit Bazi. «Le voguing s’est épanoui ici depuis deux ans», abonde Huahua, 23 ans, qui se définit comme «queer non-binaire» (personne qui ne se ressent ni homme ni femme). «Les amateurs sont très jeunes mais aussi très enthousiastes et passionnés. Comme des boutures qui prennent racine un peu partout». Huahua, qui a participé au concours avec de longues nattes et une cape noire, s’est mis au voguing en 2016, tombant immédiatement accro de ces élégants mouvements qui évoquent les vieux films d’Hollywood et les défilés de haute couture.

    Histoire tragique
    Pour Huahua, le voguing est comme «une libération, une façon de ressentir le bonheur pour la première fois de ma vie», après une adolescence rendue pénible par sa différence sexuelle. La danse «fait désormais partie de ma vie. Je ne marche pas «normalemen»t mais comme si je défilais comme un mannequin, avec de larges mouvements des bras». En Chine, le voguing est étonnamment populaire auprès des jeunes femmes hétérosexuelles. Ces dernières, «sont opprimées par le patriarcat, tout comme les LGBTQ», dénonce Bazi.

    Mais à mesure que le voguing devient à la mode, il risque de se commercialiser et de perdre le contact avec ses sulfureuses racines, craignent certains. «Le voguing a une histoire tragique», rappelle Huahua. «C’est une danse née dans la souffrance de toute une communauté confrontée au racisme, à l’intolérance et à la dépression», insiste Huahua, ajoutant que bien des pionniers de cette forme artistique sont morts du sida. «Si on veut le populariser, il faut que les gens comprennent l’histoire qui se trouve derrière tout ça».

    À la fois mouvement culturel et style de danse urbaine, le voguing est caractérisé par la pose-mannequin, telle que pratiquée dans le magazine américain Vogue durant les années 1960 et lors des défilés de mode, intégrée avec des mouvements angulaires, linéaires et rigides du corps, des bras et des jambes. Le mouvement touche les hommes et les femmes et prend de l’ampleur lors de la décennie suivante.

    Les danseurs se regroupent en équipes appelées «houses». Ces équipes se retrouvent, et s’affrontent en chorégraphie, lors d’événements, les balls ou balls de voguing. Les «houses» portent le nom de maisons de couture ou marques de luxe. Forme de revendication de la part d’une communauté «non blanche» et également gai, souvent en pleine exclusion familiale et sociale, le voguing reste une parodie de la surmédiatisation de la mode.

    Dans les années 1990, le voguing est connu pour avoir inspiré le titre Vogue de Madonna et la répétition de l’ordre «Strike a pose» («Prenez la pose») ; mais à cette époque, le sida cause de nombreux décès dans les rangs des danseurs, et le mouvement décline. Certains danseurs passent sur le devant de la scène, à l’image de Willi Ninja. Popularisé, le mouvement ne disparait pas totalement et touche alors un public plus large sans revendication sociale particulière.

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