Lundi, 18 octobre 2021
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    Je suis en paix avec qui je suis, affirme le patineur Guillaume Cizeron

    Le champion du monde Guillaume Cizeron s’exprimait ainsi à l’occasion de la sortie d’un livre touchant dans lequel il décrit les affres d’une homosexualité longtemps subie, que le patinage artistique l’a aidé à assumer.

    «Ce n’est pas militant», insiste le quadruple champion du monde de danse sur glace, en expliquant la démarche de son premier livre, «Ma plus belle victoire» lors d’une interview à Montréal, où le patineur français résideet s’entraîne depuis 2014 avec sa partenaire, Gabriella Papadakis.

    Il ne prétend pas s’ériger en porte-parole d’une cause, plutôt aider ceux qui souffrent. «C’est vraiment plus pour sensibiliser les gens, pour faire vivre de l’intérieur à quelqu’un qui ne s’est peut-être jamais posé la question de savoir comment c’était de grandir pour quelqu’un qui est homosexuel», dit-il.

    «Je trouve ça intéressant pour moi, de partager et peut-être d’aider certaines personnes à s’accepter ou à regarder peut-être avec un point de vue différent ce qu’elles ont vécu et ce qu’elles vivent en ce moment». Dans ce récit émouvant, il raconte les insultes subies dès l’âge de 6 ans par l’enfant efféminé qu’il était, qui préférait jouer aux Barbies avec ses soeurs plutôt qu’aux petites voitures ou au soccer,

    Il y décrit ses tourments face à ce qu’il pensait d’abord être une «maladie», dont il espérait se débarasser en se tapant la tête contre les murs. Il se souvient de ce jour où son père, cultivé et a priori ouvert, a lâché un «Dégueulasse!» alors que deux hommes s’embrassaient à la télévision.

    Pour autant, il n’est en colère ni contre sa famille, aimante et soudée, ni contre ceux qui l’ont raillé. «Je suis en colère envers les idées, les croyances, les préjugés. Je trouve ça tellement dommage. Parce que j’ai appris à me détester, je ne me détestais pas par nature.»

    «Ce qui m’a fait du mal, c’est qu’à un certain moment mes parents ont validé ces idées qu’un homosexuel, c’est sale. Ils m’auraient juste dit par exemple: ‘Tu sais, dans la vie il y a des hommes qui aiment les hommes et c’est vraiment correct, c’est vraiment normal’ (…), ça aurait planté une petite graine et j’aurais dit ‘Ah ok’. Et peut-être que ça aurait été un petit peu moins dur pour moi.»

    Guillaume Cizeron assume désormais cette homosexualité révélée au grand public l’an dernier dans une lettre ouverte publiée par le quotidien français L’Equipe. Le patineur, qui a fait la couverture de Fugues en février dernier, est l’un des rares sportifs de haut niveau à avoir révélé son orientation sexuelle alors qu’il est encore en activité. «Je pense que ça peut aider qu’il y ait des athlètes connus et en activité (qui témoignent)», «souvent c’est le genre de choses que les gens disent après leur carrière parce que pendant, on a peur que ça affecte pour les sponsors. Il y a beaucoup de peur autour de ça», dit-il. «Pour les hommes homosexuels, il y a certains sports où règne un climat de masculinité un peu toxique qui empêche les homosexuels de se sentir à l’aise, d’être eux-mêmes», regrette-t-il. «Je pense au football, au hockey, au rugby».

    Couverture du FUGUES de février 2021

    Le patinage n’en fait pas partie. «Je n’ai jamais souffert d’homophobie dans le milieu du patinage. J’ai souffert d’essayer de me conformer au rôle d’un homme hétérosexuel parce que je patinais avec une femme.»

    Le patinage a changé sa vie. «Ca m’a vraiment apporté beaucoup de confiance en moi. Ca m’a donné un espace où je ne me sentais pas différent, où je me sentais accepté, même célébré pour mes accomplissements», se souvient-il.

    Sur la glace, il refuse d’être le «poteau» qui met en valeur sa partenaire féminine. Il veut danser, laisser libre cours à sa part «féminine», dit-il. Avec la complicité de Gabriella, il va casser les codes, libérer le rôle de l’homme dans cette magnifique «parade amoureuse» qu’est à ses yeux un programme de danse sur glace.

    «Les gens trouvent souvent beau un homme fort et une femme vunérable. Nous, on essaie vraiment de renverser ces choses-là (…) parce qu’un homme vulnérable c’est beau et une femme forte c’est beau aussi». Sa «plus belle victoire» n’est donc pas sportive. «L’une de mes plus belles victoires, c’est d’être en paix avec qui je suis, ma sexualité, ma personnalité, ma féminité» conclut-il. «Je ne pourrais pas faire ce que je fais si je n’étais pas en paix avec moi-même.»

    Dans 10 mois, il pourrait également monter sur la plus haute marche du podium et rejoindre le cercle très restreint d’athlètes ouvertement gais qui gagnent l’or olympique, tels que le patineur canadien Eric Radford et le plongeur australien Matthew Mitcham.

    Rédaction avec AFP

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