Mardi, 21 septembre 2021
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    Un numéro spécial de la revue Circuit

    Spécialisée dans la musique de notre temps, et publiée trois fois l’an, la revue Circuit, Musiques contemporaines aborde ce second trimestre 2021 la question «Quelle norme? Parole queer et création musicale», un numéro spécial sur la composition musicale selon les LGBTQ+.

    Cela fait presque quatre ans que je planche sur ce projet», explique Éric Champagne qui en a dirigé la rédaction et la collecte des articles avec Martine Rhéaume. «La thèse de Martine sur le compositeur Claude Vivier m’avait beaucoup impressionné, mais l’article pour des raisons diverses n’avait pas pu être publié», déplore Éric Champagne. Rappelons que le compositeur québécois Claude Vivier (1948-1983) était gai et ne s’en cachait pas, à tout le moins dans son entourage immédiat. Il fut malheureusement assassiné à Paris par son amant d’un soir.

    «Claude était ouvertement gai pour ses proches, tel qu’on peut imaginer l’être ouvertement dans les années 70 et 80, note Éric Champagne, mais la construction du mythe Vivier éclaircit ses questions, dans ses écrits et dans une part importante de sa création inachevée… qui aurait pu être mais qui n’a pas eu lieu», commente le compositeur.

    «J’ai voulu construire quelque chose autour de cet article qui permettrait d’aborder l’écriture musicale des compositeur.es LGBTQ pour approfondir l’œil critique, énoncé dans les années 90, des Queer’nd gender Studies sur la musique contemporaine.»

    Parlons-nous d’un langage musical ou d’une approche de l’aspect social de l’homosexualité? Quels outils utilisent les compositeur.es, passé.es et actuel.es, pour notifier, traiter voire exprimer leur différence? «L’histoire de la musique a de nombreux exemples de créateurs LGBTQ, assumés ou pas, comme par exemple, le compositeur Roger Matton et le poète Félix-Antoine Savard dans la période de l’après-guerre, ou Serge Garant qui fut même un personnage du roman de Jean Basile, Me déshabiller n’a jamais été une tâche facile», étaye le compositeur québécois.

    «Dans les années 90, le compositeur hongrois György Ligeti a même avancé que Vivier avait choisi une « esthétique homosexuelle ». Il ne s’agit pas en l’occurrence de la définir comme « gaie », mais comme une esthétique « choisie »», explique Éric Champagne.

    Selon ses propos, beaucoup de compositeur.es ont utilisé ce type d’éléments « choisis » dans leurs œuvres induisant ainsi une forme de prise de parole, une forme d’engagement. De nos jours où cette parole est plus entendue, parfois prise en compte par des allié.es des LGBTQ, «on voit les premières avenues d’une appropriation de la musique dans une philosophie du discours. Les compositeur.es ont recours au langage parlé ou chanté pour évoquer cette différence: l’opéra, le lied, la poésie mise en musique, etc.».

    Éric Champagne avait même un projet de colloque sur ces questions. La pandémie a eu raison de cette belle idée, mais ce n’est que partie remise. «La revue Circuit s’est intéressée à notre démarche, poursuit-il, et ça a pris le temps qu’il fallait pour aboutir à cette édition thématique.»

    Ponctuée d’œuvres du peintre Mathieu Laca, l’ouvrage évoque les liens ténus entre la musique et les autres formes d’arts où se sont illustrés nombre de LGBTQ: Verlaine et Rimbaud, Douglas et Wilde, M. Tremblay, F. Bacon, R. Lepage, V. Woolf, Chopin, W. Whithman, Pasolini, Warhol, V. Sackville-West, F. Kalho, J. Bélanger, et lui-même, Mathieu Laca, comme un clin d’œil sur la couverture de la publication.

    Pour la création LGBTQ, la musique contemporaine est-elle un bon médium s’il n’est pas appuyé ou couplé à d’autres formes de création? Ce numéro spécial de Circuit tente de répondre à cette vaste question…


    À propos des auteur.es
    Éric Champagne est un compositeur réputé et reconnu (Opus 2020). Il a composé, entre autres, un monumental Te Deum pour solistes, chœur et orchestre, présenté à Carnegie Hall (juin 2017) et collabore régulièrement avec l’Orchestre Métropolitain (OM) et la Chapelle Historique du Bon-Pasteur.

    Martine Rhéaume est titulaire d’un doctorat en musicologie pour une thèse sur Claude Vivier (UdeM, 2013). Diplômée en communication marketing (HEC, 2016), elle collabore avec l’OM et Tourisme Montréal depuis 2017.


    INFOS | CIRCUIT, musiques contemporaines
    Quelle norme? Parole queer et création musicale
    Volume 31, Numéro 1 (2021) – 18$
    Numéro dirigé par Éric Champagne et Martine Rhéaume, disponible en librairie chez L’Euguélionne, Port de tête, Square et Zone Libre à Montréal; et chez Jac & Gil, Charbourg, La Liberté, Pantoute et Un coin du monde à Québec; ou via érudit.org.fr

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