Mercredi, 22 septembre 2021
• • •
    Publicité

    Spectacle d’ouverture, le lundi 9 août 2021

    Jeremy Dutcher affiche ses couleurs et lance les festivités

    Le lundi 9 août, Fierté Montréal lance les festivités avec une soirée d’ouverture animée par la porte-parole du festival, Sandy Duperval. Elle viendra introduire Jeremy Dutcher, tête d’affiche de ce spectacle diffusé en direct du Cabaret du Lion d’Or qui marquera le lancement du festival hybride. Pour souligner la Journée internationale des peuples autochtones, on promet donc une performance exaltante de l’artiste et activiste bispirituel de renom Jeremy Dutcher.

    Chanteur, pianiste, compositeur et musicologue originaire du Nouveau-Brunswick de la Première Nation Wolastoq, Jeremy n’hésite pas à rendre fièrement hommage à ses racines à travers sa musique. Si le ténor allie brillamment le classique et le jazz aux chants traditionnels de sa communauté, son premier opus, Wolastoqiyik Lintuwakonawa (Nos chansons malécites), lancé en 2018, présente des interprétations et des arrangements de chansons traditionnelles, ainsi que des extraits des enregistrements originaux des membres de sa nation. Après des études en musique et an anthropologie à Université Dalhousie, à Halifax, Jeremy œuvre aux archives du Musée canadien de l’histoire, transcrivant minutieusement des chants wolastoq à partir de cylindres de cire de 1907.

    Il y entend alors l’histoire de son peuple, des voix ancestrales chantant des chansons et des histoires oubliées qui avaient été empruntées aux Wolastoqiyik il y a des générations. « Il y avait beaucoup de chansons que je n’avais jamais entendues auparavant, car notre tradition musicale sur la côte Est a été supprimée par la Loi sur les Indiens du gouvernement canadien », explique le musicologue au sujet de sa démarche. Intrigué et inspiré, ce travail donnera ainsi naissance à son premier album, gagnant du prestigieux prix Polaris en 2018 et du Juno du meilleur album autochtone de l’année en 2019.

    D’ailleurs, son remarqué discours d’acceptation, est toujours d’actualité : « M. Trudeau, une relation de nation à nation ne ressemble pas à des pipelines. Une relation de nation à nation ne ressemble pas à l’envoi de polices militarisées en territoire non cédé. Et une relation de nation à nation ne ressemble pas, en 2019, à nos communautés toujours sous avis d’ébullition de l’eau. »

    Sandy Duperval

    Si la reconnaissance de l’industrie fut au rendez-vous pour ce premier opus, Jeremy fait avant tout de la musique du cœur pour véhiculer son histoire et il a sans conteste aidé à sauver la musique de ses ancêtres de l’extinction. « J’effectue ce travail parce qu’il ne reste plus qu’une centaine de personnes qui parlent la langue des Wolastogiyiks. Il est crucial d’utiliser notre langue et de la transmettre à la prochaine génération » appuie Jeremy en écrivant ces mots sur son site web. « Si vous perdez la langue, vous ne perdez pas seulement des mots ; vous perdez toute une façon de voir et d’expérimenter le monde d’un point de vue distinctement indigène. » D’ailleurs, ce processus, d’un point de vue activiste, vise à perturber le récit musical bilingue anglo-centré canadien. « Jusqu’à présent, pourquoi n’y a-t-il pas eu de disques populaires dans ma langue ? », questionne judicieusement l’artiste.

    Si Jeremy Dutcher est activiste par le biais de ses mots et de sa musique, il en est de même dans le monde LGBTQ+ a fait son coming out très tôt à l’âge de 12 ans. «Oui, c’était de l’audace. Il n’y avait aucune garantie d’acceptation que je pouvais ressentir autour de moi», déclarait-il en 2020 en entrevue sur le blogue du Centre Phi. «Mais je savais, et je leur ai juste dit. Il y a un mystère dans cet acte de se projeter et de le faire savoir aux gens. Pour moi, c’est essentiel. Aussi, quand je suis allé aux archives et que j’ai trouvé ces vieilles chansons de wolastoq, quand je me suis assis pour la première fois pour entendre ces sons d’il y a plus de 110 ans, c’était comme si je regardais en arrière. J’ai vu cela comme un moment d’orientation, pour comprendre que j’étais là pour retranscrire au sein de ma communauté tout ce que j’avais vu aux archives.»

    Celui qui s’identifie comme bispirituel fut responsable de la coordination du développement et de la sensibilisation autochtone à Égale Canada. Lors d’un podcast enregistré par l’Université de Toronto, alors qu’il s’établit dans la métropole canadienne, il discute de la reconquête de la langue autochtone, de la connexion avec ses aînés, de la lutte contre l’isolement et de l’indigénisation de l’espace queer. Celui qui prône une manière « moins occidentale » de penser le genre explique que « dans la langue malécite, il n’y a pas de lui ou elle. Tout est neutre sur le plan du genre. (…) J’ai tellement gagné dans ma vie en apprenant sur mon peuple et son identité puis en découvrant ce que cela peut signifier. »

    Ayant élu domicile à Montréal il y a un an, en pleine pandémie, l’artiste n’a pas eu le temps de visiter la ville comme il l’aurait voulu. Certes, le contexte fut propice à la création pour l’artiste, dont le second album paraitra dans les prochains moins… Espérons qu’on aura doit à quelques nouveautés pour la Fierté.


    INFOS | www.fiertemtl.com
    PRÉSENTÉ EN DIRECT SUR la page Facebook de Fierté Montréal


    Pour accéder à l’ensemble des textes sur la programmation de Fierté Montréal Pride, visitez la section FIERTÉ LGBT

    Du même auteur

    SUR LE MÊME SUJET

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Publicité

    Actualités

    Les plus consultés cette semaine

    Publicité