Mercredi, 19 janvier 2022
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    «Pour moi, c’était quelque chose qui ne touchait pas les jeunes»

    On estime que les personnes âgées de moins de 25 ans représentent près de 15% des diagnostics de séropositivité au VIH depuis une décennie. Choc de la découverte, effets secondaires du traitement, sérophobie… Deux jeunes hommes ayant contracté le VIH au cours des dernières années se racontent.

    « Je ne m’attendais pas à ce résultat. Pour moi, le VIH ou le sida (je ne comprenais pas la différence à ce moment-là), c’était quelque chose qui ne touchait que les plus de 40 ans. Je croyais que le virus ne pouvait pas m’atteindre» explique Nicola, qui avait 24 ans quand il a appris qu’il était séropositif, en 2016, lors d’un dépistage.

    On estime qu’au Québec et dans le reste du Canada, les personnes âgées de moins de 25 ans représentent environ 13 à 15% des découvertes de séropositivité.

    Aujourd’hui, Nicola a 29 ans. Cinq ans après, le jeune homme se souvient du «choc» engendré par le test revenu positif. «Après l’annonce du médecin, j’ai réalisé que ma vie allait changer et je me suis mis à pleurer. Je savais que je n’allais pas mourir demain. En revanche, j’étais terrifié par l’impact du virus sur ma vie sociale et sentimentale. Je me suis dit : “C’est fini, plus aucun gars ne voudra de moi”», se remémore-t-il.

    Max, lui, a vu «[sa] vie défiler» au moment de l’annonce en 2015. «J’avais 23 ans et j’ai pensé : “Ce n’est pas possible, je suis beaucoup trop jeune.” Je venais d’arriver à Montréal après des études à l’étranger; ç’a été mon “cadeau de bienvenue”», ironise-t-il. Puis il ajoute : «Le médecin avait beau me dire qu’avec les traitements, j’aurais une vie presque normale, j’étais incapable de m’enlever de la tête qu’il ne me restait plus longtemps à vivre et que je devrais profiter de mes derniers mois. Une amie avec qui je venais d’emménager m’a beaucoup aidé pendant les premiers mois. Je lui suis très reconnaissant d’avoir été là. On a beaucoup parlé et elle a su me mettre des coups de pied au cul quand il le fallait pour me ressaisir. Et la vie a continué malgré tout, sans trop changer. Rapidement, je suis devenu indétectable grâce au traitement et je n’ai jamais eu d’effets secondaires. Ça m’a remis sur les rails.»

    Max

    Les mois, parfois les années, qui suivent la découverte de la séropositivité sont souvent très difficiles à vivre sur le plan psychologique, considèrent à la fois Nicola et Max, qui sont restés bons amis après avoir été en couple il y a deux ans. D’autant plus à un âge souvent synonyme d’insouciance et de légèreté. «J’ai vécu cette annonce dans la honte et le secret. J’ai encore honte de ne pas avoir fait suffisamment attention», explique Nicola.

    «Si je n’ai pas le sentiment d’être un danger pour les autres — comme je suis indétectable —, je m’en veux encore d’avoir été insouciant», confie pour sa part Max, qui est passé par une période dépressive dans les premiers mois et qui a même fait une tentative de suicide. «Certains jours, c’était vraiment dur de sortir du lit et de ne pas passer la journée à fixer le mur.»

    Si aucun des deux n‘est encore à l’aise d’en parler ouvertement en public, les personnes qui leur sont proches ont été mises au courant.

    «J’ai hésité pendant plus d’un an avant de l’annoncer à ma mère. Et je sais que ça lui a fait mal de l’apprendre, mais je suis content de l’avoir fait. C’est un poids de moins et je me sens plus à l’aise de lui parler de ma vie sentimentale et de ma santé», confie Max. «Mes meilleurs amis le savent aussi, mais je ne ressens pas le besoin de le dire à tout le monde.»

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