Mardi, 9 août 2022
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    Disséquer le cerveau des anti-IELS et des anti-CELLEUX

    Des fois, je me demande si les personnes qui s’insurgent contre l’usage du pronom « IEL » ont pété un câble quand le mot « courriel » est apparu. D’autres fois, je me dis que les gens qui associent la réflexion sur la place du genre en société à une pensée dogmatique qui va détruire la civilisation sont sûrement des queens de « je te tiens par la barbichette » à force de se retenir de rire après avoir dit de telles âneries.


    Je n’arrive pas à comprendre pourquoi ce monde-là capote autant sur l’écriture inclusive. En fait, s’il n’y avait qu’un seul argument à retenir de ce texte, ce serait le suivant : ÇA. NE. CHANGE. PRESQUE. RIEN. DANS. TA. VIE. Personne ne demande à ceux qui s’identifient comme des hommes d’arrêter. Et personne n’empêche les femmes de se présenter comme des femmes. L’objectif n’est pas de transformer tous les humains en adeptes du pronom « iel ». Je le répète pour tous les Gaston et toutes les Denise au fond de la salle : on ne vous demande pas de transformer votre identité ni de changer les pronoms que vous utilisez pour parler de vous-mêmes. Respires-tu un peu mieux, mon Michel ? Transpires-tu encore en abondance, ma Francine ? Ça se peut que ce soit la ménopause. Si c’est le cas, regarde la websérie de Véro sur TOU.TV au lieu de jeter ton fiel sur celleux qui n’ont rien demandé. Ben oui, j’ai écrit « celleux ». Je parlais pas de toi.

    Avant d’aller plus loin, je tiens à dire que si vous considérez que j’ai fait preuve d’âgisme dans mes dernières phrases, vous avez tout à fait raison. À une nuance près. Je considère qu’il faut être vieux en crisse (dans la tête) pour être aussi récalcitrant au changement, mais surtout vieux par en dedans. Les trentenaires sont tout aussi capables que les baby-boomers de suinter la fermeture. Maintenant qu’on a statué sur la possibilité de s’identifier comme gars et filles, c’est le temps de se tourner vers les autres. Ça, mon Jonathan, ça veut dire décoller ta face de ton nombril pis regarder les humains qui ont un dégoût des carcans de genres, qui prônent la non-binarité et qui demandent que tu leur parles sans marqueurs de genres dans les pronoms, dans les accords d’adjectifs et les monsieur-madame que tu leur sers à tour de bras. Ces humains ne représentent pas la majorité, mais, GROS SCOOP, ils ont quand même le droit d’exister et de demander de légères adaptations. Ici, ma Cynthia, je t’entends déjà dire : « Ben là, comment veux-tu que je le sache si yé non-binaire ? On saura pus quoi dire ! ».

    Je pense que tu te trompes. D’une part, les personnes non-binaires s’en font généralement moins avec leurs interactions avec les employé.e.s de la boulangerie où elles vont acheter leurs croissants qu’avec leurs proches. Par contre, si une personne non-binaire fait partie de ton entourage, veux-tu ben me dire qu’est-ce que ça te coûte de t’adapter pour qu’elle se sente à l’aise ?

    Ben oui, ça va te demander un effort. Ben oui, ton cerveau devra faire un peu de gymnastique. Mais entre toi pis moi, t’as clairement besoin de le remettre en forme si ces accommodements langagiers te font perdre le nord. Quand tu auras fait assez de pirouettes mentales pour éviter qu’un caillot t’empêche de penser, je t’invite à faire un pas de plus : soit de remettre en question l’usage ultra fréquent des genres dans tes interactions. Pourquoi saluer une personne inconnue en mettant de l’avant le genre auquel tu crois qu’elle appartient ?

    Te verrais-tu au magasin être interpellé.e en fonction de la couleur de tes cheveux, de ton poids, de ton linge, de ta couleur de peau ou de tes piercings ? Non ? Ben voilà. C’est aussi peu pertinent d’enchaîner les mesdames et messieurs en tout temps. By the way, ce n’est pas parce que quelque chose existe depuis toujours que ça doit automatiquement continuer. Si t’es pas encore prêt.e à réévaluer tes interactions globales, commence par une étape intermédiaire : te demander si la personne à qui tu t’adresses s’associe potentiellement à la non-binarité. Par exemple, à titre d’animateur d’un cabaret littéraire LGBTQ+ (Accents Queers), je sais que le public sera en partie composé de personnes qui ne s’identifient pas aux genres masculin ou féminin. Donc, plutôt que de les oublier dans mes allocutions, j’ai choisi d’effacer les marqueurs de genre dans mes propos. Est-ce que j’ai pris trois minutes de plus pour y penser en préparant mon animation?

    Certainement. Est-ce que j’ai peur de me tromper des fois ? Assurément. Est-ce que ma vie est rendue laide à cause de ça ? Aucunement. De toute évidence, j’aurais pu te rappeler que le français est une langue qui évolue. Ou te relire la définition du mot « empathie ». Mais je me dis que si deux ou trois modifications langagières suffisent pour te faire perdre ton sang-froid, la vie va s’occuper de toi. Tsé, avec les changements climatiques que tu laisses aller pour ne pas perdre ton confort, tu vas probablement faire partie de CELLEUX qui ne sauront pas s’adapter et qui vont disparaître en premier.

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