Jeudi, 1 Décembre 2022
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    Coco Belliveau, rire pour un monde meilleur

    Coco ne fait pas que parler avec un charmant accent acadien. Elle vous fera rire. Parfois jaune, mais toujours pour un monde meilleur. Diplômée de l’École nationale de l’humour à 25 ans, elle sera nommée, en 2021, au Gala Les Olivier dans la catégorie numéro de l’année. À l’approche de la Journée de visibilité lesbienne, pour laquelle Coco Belliveau est cette année la porte-parole, succédant à Ève Salvail et Safia Nolin, nous avons discuté avec la jeune femme de 30 ans sur l’humour, le coming out et le rap battle. Entrevue sur des sujets qui font rire pour le meilleur (et pour éviter le pire).
     

    Qu’est-ce qui t’a amenée à prêter ta voix à titre de porte-parole de la Journée de visibilité lesbienne ?
    Coco Belliveau : En tant que femme de la diversité sexuelle, c’est important pour moi cette visibilité, car j’ai découvert le tout sur le tard. J’ai pas eu beaucoup d’exemples. Jeune, à mon école, je n’étais pas au courant d’autres filles qui passaient au travers de la même chose que moi.

    Il n’y avait pas beaucoup de soutien. Ma petite sœur est bisexuelle et elle a fait un club à son école pour accueillir les jeunes de la diversité sexuelle et je trouve ça super cool ! Moi aussi j’ai le goût de m’impliquer, de pouvoir faire une différence, de montrer des exemples positifs aux gens et que ce soit plus visible, car ce n’est pas assez présent.

    Sur le plan de la visibilité, où nous reste-t-il du travail à faire selon toi ?
    Coco Belliveau : J’ai vraiment l’impression qu’il faut chercher pour trouver et c’est vraiment ce qui me dérange. Ça reste ça le gros problème, ça doit être mis de l’avant. Juste la télé, ça serait le fun d’avoir des exemples positifs. Que le coming out ne soit pas la grosse affaire, le défi de ta vie. Ce serait agréable de voir que c’est présent dans la culture en général, sans que ce soit souligné.

    J’ai fait mon coming out sur scène, pendant un numéro. Jamais je ne ferais ça un à un, je serais ben trop gênée…

    Comment ton coming out s’est-il déroulé ?
    Coco Belliveau : J’ai fait mon coming out sur scène, pendant un numéro. Jamais je ne ferais ça un à un, je serais ben trop gênée… mais j’avais aucun problème à le partager avec des inconnus ! Quand j’ai commencé à écrire mon spectacle, je sortais avec une fille et j’ai beaucoup réfléchi là-dessus. Après mon spectacle, ma mère est venue me voir en me disant : « C’est vrai tout ce que tu dis ? » Et je lui ai répondu que « je disais toujours la vérité en spectacle ! »

    Tu n’avais pas préalablement fait ton coming out à ta mère ?
    Coco Belliveau : Pas officiellement. Mais un jour je portais un long pan d’oreille et ma sœur a dit devant ma mère « ça a l’air vraiment gai ». Mon père a répondu que ce n’était pas une mauvaise chose. Ensuite ma mère était venue me voir en me disant : « Tu sais, on va t’aimer, peu importe ». Je n’ai pas vraiment répondu sur le moment, car j’étais encore un peu mêlée là-dessus et la conversation ne s’est pas rouverte par la suite. Tout ça à cause de mon pan d’oreille… Je le trouvais super beau, mon pan d’oreille…

    Tu es pansexuelle et dis ne pas vouloir d’enfants. On vient d’éliminer 90 % des sujets des humoristes hétéros.
    Coco Belliveau : Je me considère pansexuelle et j’ai une joke où j’explique ça dans mon spectacle. Je tombe en amour avec la personnalité d’une personne, mais il faut vraiment que tu aies une belle personnalité si tu as également un pénis. Pas que je ne suis pas fan des hommes, mais il y a vraiment une grosse disparité derrière la socialisation des hommes, qui fait que j’ai plus de difficultés. Faudrait vraiment que tu aies fait un gros travail ; déjà il faut que tu consultes sinon je ne peux pas te parler ! (Rires.)

    Qu’est-ce qui t’a amenée à te diriger vers l’humour ?
    Coco Belliveau : J’ai passé par le théâtre avant et j’avais toujours envie de dire autre chose, de changer les répliques… Quand je me suis inscrite à l’École de l’humour, je ne pensais pas que mon rêve était de faire de l’humour, mais j’avais définitivement envie d’apprendre les outils. J’ai découvert que je pouvais m’exprimer à fond. Je n’avais pas eu accès à ça vraiment dans ma vie, de pouvoir juste librement parler de ma personne, des affaires qui me dérangeaient et que ce soit drôle pis le fun et pas gênant pantoute.

    Photo : Émilie Lapointe

    On va se le dire, on est encore loin de la parité en humour. Pourquoi ? Les femmes ne sont pas drôles ?
    Coco Belliveau : Je pense que les femmes sont plus drôles que les hommes, mais ça c’est mon opinion. Je pense que c’est vraiment l’aspect boysclub et il y a de quoi là-dedans qui dissuade les femmes. Quand tu es dans un safe space avec beaucoup de femmes, pour vrai j’ai eu les plus gros fous rires que j’ai jamais eus de ma vie ! Les femmes sont tellement drôles ! Mais dès que ce safe space est enfreint par la possibilité de jugement, c’est différent. C’est pour ça que le travail des humoristes féminines est tellement important, ça va encourager d’autres femmes à le faire. On le voit déjà plus et c’est très agréable.


    Ton modèle d’humoriste femme ?
    Coco Belliveau : Quand j’étais jeune, j’écoutais Just for Laughs avec mon père et je ne voyais que des hommes, alors je me suis dit que je ne pouvais pas faire ça comme job… En arrivant à Québec, j’ai vu Virginie Fortin et je me suis dit : « Oh my gosh, y faut que je fasse ça ! » Aussi, Kat Levac et Rosalie Vaillancourt. J’ai vraiment l’impression que toutes les femmes que j’ai rencontrées qui sont dans le domaine en ce moment sont vraiment des incroyables inspirations ! Elles sont tellement intelligentes et le fun, toutes les affaires que tu veux être dans la vie et qui sont trop parfaites !

    Parlant de perfection, on sait que les personnalités publiques féminines sont sévèrement jugées, surtout sur leur apparence. Dans ton deuxième spectacle solo Laide, comme dans ton premier spectacle, L’Étrange vie de Coco Belliveau, tu n’hésites pas à faire de l’humour engagé, « politico-féministe », comme tu dis. Est-ce qu’il y a des sujets moins humoristiques ?
    Coco Belliveau : Il y a des sujets qui sont toujours moins aptes à être traités de façon humoristique, mais ça dépend par qui ! Je pourrais parler de pas mal n’importe quoi, mais il y a des combats qui ne m’appartiennent pas. Ce que je vois c’est qu’il y a des gens qui disent des affaires et que ça va être sans conséquence pour eux autres. Je veux utiliser mon privilège pour faire avancer des affaires ; quand je dénonce les agressions sexuelles, ça fait longtemps que je me bats pour la cause. Dans mon numéro, je parle de l’expérience des survivantes. C’est libérateur et ça fait du bien de pouvoir en parler, dans le bon contexte, avec les bonnes personnes, on peut rire de n’importe quoi.

    En parallèle de ta carrière d’humoriste, tu performes dans le monde du battle rap. On ne va pas se le cacher, le monde du rap n’est pas connu pour son ouverture légendaire aux femmes de la diversité sexuelle. Comment ça se passe pour toi ?
    Coco Belliveau : Oui y’a des affaires déplacées qui se sont dites en lien avec mon poids et mon genre. Dans la musique rap, il y a beaucoup de sexisme déjà. Il y en a quelques-uns qui ont tenté de virer [mon orientation] en insulte, mais c’est tellement malhabile. Ils m’insultent, mais c’est moi qui gagne ! Je pense que 50 % du monde est absolument trop cool et un autre 50 % des gens n’est là que pour la violence gratuite.

    Ce qui m’interpellait c’est que je pouvais aller me défouler de façon consensuelle sur un type d’homme spécifique, celui qui se pointe là, pis qui dit : « Les filles, c’pas bon, tu devrais dire que t’es pas bonne, t’es grosse pis t’es laite ». J’avais vraiment envie de leur répondre ! De leur crier dessus. J’ai parlé avec ma psy et elle m’a dit que ça lui semblait une façon productive, consensuelle et artistique d’utiliser ma colère. Bien sûr, ce ne sont pas toutes les personnes qui véhiculent ces valeurs-là, il y a beaucoup de théâtralité aussi. Les gens ne se haïssent pas pour vrai, en général. C’était un contexte pour me vider le cœur ; comme on a beaucoup de difficulté avec la colère féminine en société, ça m’a fait du bien, je me sentais forte !

    Quel conseil donnerais-tu à une jeune femme LGBTQ+ qui veut se lancer en humour
    par exemple ?

    Coco Belliveau : Sois toi-même, exprime-toi sur tes réalités. Tu n’es pas obligée non plus de le dire, tu as le droit de juste exister ! Mais si ça te tente d’écrire là-dessus, il n’y a pas de raison de te censurer !

    INFOS | Retrouvez Coco Belliveau sur scène lors du Festival Dr Mobilo Aquafest, en mai, à Montréal, sans oublier son spectacle Cococratie au Nouveau-Brunswick. Elle prépare actuellement un spectacle intitulé Toxique et lancera en avril un EP rap de cinq chansons. Pour plus d’informations sur les projets de l’humoriste : www.cocobelliveau.com

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