Lundi, 27 juin 2022
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    Flee, un «visage humain» plutôt qu’une étiquette pour les réfugié·es

    Périple d’un jeune gai afghan fuyant les troubles de son pays natal pour le Danemark, le film arrive sous les projecteurs de la cérémonie américaine alors que des millions d’Ukrainiens sont aujourd’hui sur les routes de l’exode, avec une porte européenne beaucoup plus ouverte que pour d’autres migrants.


    Le documentaire animé danois Flee rend «un visage humain» aux migrant·es et rappelle qu’être réfugié·e «n’est pas une identité», explique son réalisateur dans un entretien.

    «J’espère vraiment que l’on peut donner de la nuance et de la perspective (…) et montrer qu’être réfugié n’est pas une identité, c’est une circonstance de la vie», explique Jonas Poher Rasmussen.

    En 2015, «nous avions des réfugiés syriens sur les autoroutes ici au Danemark, et dans toute l’Europe. Et j’ai ressenti davantage le besoin de donner un visage humain à ces gens», disait-il lors d’une rencontre à la veille de l’invasion russe de l’Ukraine.

    Le documentaire s’articule autour d’une conversation entre le réalisateur de 40 ans et son ami d’enfance – rebaptisé «Amin» dans le film – venu il y a 25 ans, alors qu’il était adolescent, s’installer seul dans un petit village à la campagne non loin de Copenhague.


    «C’est un film né d’une amitié», insiste M. Poher Rasmussen. Au départ, «je n’ai pas pensé à faire un film politique».

    Sa perspective a cependant évolué lors du long – presque 10 ans – processus de conception et de réalisation.

    Alliant 2D classique et fusain aux images d’archives, Flee offre une réflexion sur les affres de la fuite autant que sur la quête d’une place dans le monde, un thème universel.

    «Je pense que les gens peuvent vraiment s’identifier à l’universalité de l’histoire», estime le réalisateur. «La plupart des gens, à un moment donné de leur vie, cherchent cet endroit où ils peuvent être, honnêtement, qui ils sont».

    Le film a aussi évidemment trouvé un autre écho d’actualité avec le retour au pouvoir des talibans à Kaboul l’été dernier.

    Dans les années 80 et 90, enfant revêtant les robes de sa sœur puis adolescent fantasmant sur la musculature de Jean-Claude Van Damme, «Amin» ne pouvait exprimer librement son homosexualité, une contrainte qui a culminé avec la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan en 1994.

    «C’est vraiment l’histoire de quelqu’un qui a dû se fuir lui-même toute sa vie», note Jonas Poher Rasmussen.

    Le film retrace «la recherche d’un endroit dans le monde où vous pouvez être qui vous êtes, avec tout ce que cela implique, avec votre sexualité, votre passé, et tout le reste».

    Arrivé au Danemark vers 1996, son ami n’osait ensuite pas raconter sa vie et s’est bâti une armure qui l’empêchait de s’ouvrir aux autres.

    Désormais marié et propriétaire d’une maison au Danemark, «Amin» est ravi que son anonymat renforcé par le recours à l’animation lui permettre de vivre incognito sans que tout un chacun connaisse les traumatismes de sa jeunesse et les atermoiements de sa vie d’adulte, selon son ami cinéaste.

    Candidat officiel du Danemark dans la catégorie meilleur film étranger, le film, primé aux festivals de Sundance et d’Annecy, est aussi nominé pour l’Oscar du meilleur film animé et du meilleur documentaire.

    Un paradoxe pour un Danemark connu pour sa politique d’accueil ultra-restrictive mais qui a lui aussi changé de pied avec les Ukrainiens.

    Jonas Poher Rasmussen reconnaît avoir été surpris par le succès de son film – son huitième – lui qui n’avait jamais réellement percé à l’étranger contrairement à ses confrères danois Lars von Trier ou Thomas Vinterberg.

    «Au début, nous pensions que notre critère de réussite serait une télévision nationale, ici (au Danemark). Et puis, le projet a grandi, grandi, et tout à coup, nous voilà avec trois nominations aux Oscars», s’émerveille-t-il.

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