Jeudi, 8 Décembre 2022
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    Mathieu, Laurie et Julien, le trio le plus queer de l’histoire de Star Académie

    Baiser doux entre amoureux devant la caméra. Plaisir évident à porter des talons, du vernis, des épaulettes, des froufrous et du maquillage. Duos chansonniers avec certaines des plus grandes icônes queers de la chanson (Angèle, Mika, Eddy de Pretto, Ariane Moffatt, Pierre Lapointe, Yannick Nézet-Séguin). Pendant 13 semaines, Julien Charbonneau, Laurie Deschênes et Mathieu Rheault ont offert la plus grande représentation LGBTQ+ de l’histoire de Star Académie.

    Julien Charbonneau / Crédit photo : Julien Faugere 

    Est-ce que je me trompe ou vous aviez une complicité supplémentaire parce que vous êtes gais et lesbienne ?
    Mathieu : Tellement !

    LAURIE : Ça aide à tisser des liens. Certaines discussions étaient plus faciles à avoir entre nous parce qu’on fait partie de la communauté. On se tenait beaucoup ensemble et on espérait que l’un.e de nous se rende loin.

    Mathieu : En tant que minorité, c’est un réflexe naturel de se serrer les coudes et d’identifier les gens qui partagent un vécu et des valeurs similaires. Ça a joué dans la balance qu’on soit trois. Si j’avais été la seule représentation queer dans un groupe de personnes hétéros et cisgenres, peut-être que ça m’aurait intimidé et que je me serais étouffé un peu.

    Julien : Toute notre vie, on a appris à être plus discret.ète.s dans un milieu hétéronormatif. Si je n’avais pas eu Mathieu à mes côtés, je ne pense pas que j’aurais pu m’assumer autant. Il a été un roc pour moi.


    Êtes-vous conscient.e.s de l’impact que vous avez eu en étant ouvertement LGBTQ+ à Star Académie ?
    Mathieu : Durant le processus de sélection, je me disais que j’allais peut-être me faire couper à cause de mon orientation sexuelle. Mais si on me choisissait, je ne me voyais pas me censurer. C’est une chance d’être sur le plus gros show de TVA en étant moi-même, de potentiellement inspirer les gens ou de les pousser à changer leurs mentalités.

    Julien : J’allais à Star Ac pour faire de la musique, point. Puis, j’ai pris conscience que ça pouvait avoir un impact. À ma sortie, j’ai lu plein de témoignages, autant de garçons de 12 ans que d’hommes qui ont l’âge de mon père, qui se disaient heureux de me voir complètement assumé. Ça m’a ému.

    LAURIE : Étant donné qu’on voit peu de femmes lesbiennes dans les médias, je me suis rendu compte de l’influence que je pourrais avoir au fil des émissions. J’allais à Star Ac sans me cacher. Je me suis exposée avec ma blonde consciemment. J’ai d’ailleurs reçu plusieurs messages de jeunes filles et de familles dont les enfants prenaient conscience que c’est normal d’avoir deux mamans.

    Laurie Deschênes / Crédit photo : Julien Faugere 


    Parler ou montrer ouvertement ses amours homosexuelles, c’est une étape importante. Cela dit, la majorité veut souvent — inconsciemment — qu’on ne prenne pas trop de place, qu’on ne soit pas trop coloré.e.s ni trop différent.e.s. Pourtant, vous n’avez pas hésité à jouer avec les codes de genres dans vos looks.
    Julien : J’ai porté ce que j’apprécie esthétiquement avec mes vêtements ou mes cheveux. Je ne me suis pas demandé si les gens allaient trouver ça laid ou me juger. J’ai juste porté ce que j’aime : des talons et des morceaux un peu foufous. Je trouve que Star Ac est le meilleur terrain de jeu au monde pour expérimenter ça. On avait des stylistes et accès à beaucoup de ressources. Je me suis abandonné là-dedans à 1000 %.

    LAURIE : Moi aussi, je suis allée à fond ! Dans la vie, je suis une personne extravagante. Pour moi, c’est aussi normal de porter des choses super féminines que d’autres qui font plus garçonnes. Je ne me mets aucune barrière avec ça.

    Mathieu : Comme c’est naturel chez moi de flirter avec le genre et de défaire les codes, c’était normal de continuer dans cette direction. En plus, on est tombé.e.s sur une équipe de trois personnes vraiment queers et très ouvertes, contrairement à plusieurs personnes problématiques de la communauté LGBTQ+ qui définissent c’est quoi un gars ou qui se disent « masc for masc ». En plus, on avait un producteur gai, Jean-Philippe Dion. Bref, on n’a jamais senti qu’on devait se restreindre.

    Julien : Certaines personnes adoraient mes looks, d’autres les trouvaient ridicules et trouvaient que j’avais des maniérismes. J’étais super à l’aise avec tout ça. On ne s’est jamais forcé.e.s pour être queers à fond. On était juste nous-mêmes. Quand tu es sur ton X, tout va bien. De toute façon, peu importe ce qu’on porte, il y aura toujours quelqu’un qui va juger. Très honnêtement, je m’en torche.


    Qu’est-ce que ça signifie pour vous d’avoir chanté avec toutes ces icônes LGBTQ+ ?
    Julien – C’est une chose de chanter avec un artiste reconnu, mais c’en est une autre de chanter ces propos-là. Avec Eddy de Pretto, Mat et moi, on était tellement remués de pouvoir tenir ce discours-là à travers la musique. Même chose avec Angèle quand j’ai chanté Ma reine. C’était très important pour moi.

    LAURIE : J’étais vraiment contente de rencontrer Ariane Moffatt, sur qui je tripe depuis longtemps. Je trouvais ça gratifiant de partager le message ce ces artistes, qui représentent notre communauté et notre génération.

    Mathieu : À travers les textes d’Eddy, je me revoyais enfant, quand je me faisais dire de correspondre à un cadre. Ça m’a remué de constater où j’en suis maintenant et de voir que j’ai suivi mon feeling. Ça aurait pu vraiment mal virer, mais ça va bien aujourd’hui. Je peux livrer ces textes-là et inspirer les gens à être qui ils sont.

    Mathieu Rheault / Crédit photo : Julien Faugere 


    De quelle façon le manque de représentations LGBTQ+ dans la sphère publique vous a-t-il affecté.e.s plus jeunes ?

    LAURIE : Je n’avais pas beaucoup de représentations, surtout féminines, à part Ariane. Ça a créé un manque dans mon éducation. Quand tu ne vois personne comme toi, tu te demandes si tu es normale. Je me suis beaucoup remise en question et mon coming out a été beaucoup plus difficile que si j’avais vu ça.

    Julien : Je me souviens de ces années-là comme si c’était hier. À la fin du primaire et au début secondaire, lorsque les jeunes vivent leur éveil sexuel, je pensais que j’étais anormal, parce que n’avais pas assez vu que c’était correct l’amour du même sexe. Je me posais des questions qu’un jeune de 12-13-14 ans ne devrait pas se poser. Est-ce que je vais bien dans ma tête ? Est-ce normal ce que je vis ? De nos jours, les jeunes l’ont un peu plus facile à ce sujet, mais la plupart des gens avec qui je parle ont traversé ces questionnements assez lourds. Au secondaire, je me suis forcé à être en couple avec une fille durant trois ans. Je me disais que c’était la route à prendre et que c’était la chose à faire. Avec le recul, je considère que ce sont des moments que je n’aurais pas dû traverser. Si j’avais eu accès à plus de représentations, ça m’aurait sauvé des années de tourments et de questionnements.

    Mathieu : Toute notre jeunesse, on a questionné notre place dans la société et pourquoi on était vu.e.s différemment. Donc, de sentir que je peux faire partie des modèles pour la prochaine génération, ça me touche profondément. J’aurais voulu avoir ce genre de modèles quand j’étais plus jeune.

    INFOS | Pour voir ou revoir la saison complète de Star Académie: www.qub.ca/tvaplus/tva/star-academie

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